Les voiliers et la vie sur les voiliers durant la traversée de l’Atlantique
Dimensions des voiliers
Voiliers : Il y en a évidemment de diverses catégories. Un navire de 200 tonneaux mesure approximativement 90 pieds d’un château à l’autre; sa largeur moyenne, au centre, est de 20 pieds. Le sommet du château arrière, est à environ 40 pieds de l’eau.
Des documents que nous avons obtenus précisent que le Santa Maria de Christophe Colomb mesurait 93 pieds ; l’Émerillon de Jacques Cartier, 60 pieds.
Des navires mieux adaptés à la mer océane
Depuis le début du 15e siècle, les moyens de transport ont subi des transformations considérables. Les conditions de voyage en haute mer exigeaient des vaisseaux de type spécial. L’ancienne marine à rames pouvait convenir à la Méditerranée, mais il ne pouvait être question d’entreprendre de longues courses sur l’océan avec les vaisseaux longs, étroits, sensibles à la houle qu’actionnaient les rameurs. De plus, la propulsion par 200 à 300 rameurs posait des problèmes d’espace et de frais d’entretien que les armateurs ne pouvaient assumer.
Comment envisager un voyage de 2 ou 3 mois en mer dans des conditions aussi onéreuses ? A moins de construire des navires disproportionnés, une fois qu’on avait pourvu au logement, à la nourriture et à l’entretien de la force motrice humaine, il ne restait plus d’espace utile pour les voyageurs et pour les marchandises.
*
Il fallait trouver autre chose, en partant des voiliers lourdauds utilisés pour le commerce. Pans ses chantiers maritimes de Sagres, Henri le Navigateur avait groupé les meilleurs experts en navigation. Au retour des expéditions annuelles envoyées vers le sud le long des côtes africaines, les observations fournies étaient étudiées avec soin.
Des modifications étaient apportées à la forme et à l’équipement des voiliers. Lentement, les Portugais sont arrivés à construire des vaisseaux adaptés aux conditions de la haute mer. On a adopté et perfectionné une coque arrondie, ventrue, qui roule et glisse dans les vagues.
Cette forme élargie donne plus de logement intérieur pour les barriques d’eau et pour les réserves de vivres, qu’il faut prévoir pour des courses de 5 à 6 semaines sans ravitaillement. La manœuvre des voiles reste assurée par des équipages peu nombreux mais expérimentés. Le vent a l’avantage d’être une force motrice qui ne coûte rien. Contre elle, il y a l’incertitude, les caprices des brises, les sautes brusques du vent; on est à perfectionner des jeux de voilures qui permettent de naviguer, même par vent contraire, en courant des bordées.
Il reste encore des progrès à réaliser. Pourtant dans les circonstances actuelles, nous pouvons dire que la marine à voile est à la page et qu’elle permet d’entreprendre dans des conditions convenables de sécurité et de rapidité, des expéditions lointaines vers tous les points de notre univers agrandi.
Au service des voyageurs
Avec la tournure que prennent les voyages, les armateurs ont dû assurer des aménagements spéciaux. Il n’est plus question d’accommoder simplement les hommes d’équipage, dont la vie se passe presque complètement sur le pont, où ils dorment tout habillés, prêts à répondre aux appels de manœuvre…
À l’intention des diverses catégories de voyageurs, on a cloisonné l’entrepont, en trois salles.
Les HOMMES SEULS sont logés à l’avant. Les GENS MARIES, au centre, et les FEMMES SEULES, à l’arrière. L’entrepont, situé entre le pont supérieur et les soutes de la cale, n’a souvent que cinq pieds de hauteur. On le voit éclairé et aéré par les sabords qu’on tient ouverts quand la température le permet. Par gros temps, il faut tout fermer : les écoutilles qui donnent accès au pont, balayé par les coups de mer, et les sabords, qui laisseraient entrer des paquets d’eau salée. Alors c’est l’obscurité complète. Par crainte d’incendie, on ne permet en effet qu’une lumière, celle qui éclaire le compas.
L’équipement est strictement limité. Les voyageurs ont droit à un coffre de bois de dimensions restreintes. Ces restrictions lient même le capitaine et les officiers à qui le règlement accorde un seul coffre de « cinq palmes sur trois. » Les marins doivent se contenter d’un coffre par deux hommes ou par trois hommes, selon leur grade.
*
Pas de chaises, ni de meubles. Le lit est un mince matelas qu’on roule durant le jour et qu’on enferme dans un sac de toile, lequel sac servira de linceul si le propriétaire du matelas meurt en cours de route ! On a au moins prévu l’essentiel pour le grand voyage…
Seuls, le capitaine, les pilotes et les maîtres mangent assis à table, dans les salles aménagées dans les châteaux(I). Les matelots et les voyageurs mangent à plate terre, accroupis sur leurs talons ou sur leurs genoux. La nourriture est servie dans un plat commun en bois, posé sur une pièce de drap qui protège le pont des souillures.
Il n’y a pas de poêle à bord. On a prévu une sorte de plateau revêtu de briques, protégé de trois côtés par un paravent. Cette « cuisine » rudimentaire ne peut-être utilisée que par beau temps, car elle est fixée sur le pont extérieur.
*
Il n’y a pas de cabines, sauf pour les officiers supérieurs. On prévoit installer, le long des cloisons du château arrière, des lits provisoires superposés et isolés par des rideaux. Seuls les passagers de marque auront droit à ce supplément de confort.
Ce sont les sabliers qui contrôlent le temps; quand l’homme de garde les tourne trop vite ou trop tard, l’horaire se mêle …. Il faut attendre le temps clair pour corriger approximativement par la position des astres.
En somme, les conditions d’ensemble sont satisfaisantes. Elles permettent un voyage relativement agréable, à condition que la température reste normale. Par beau temps, les voyageurs se reposent. Ils s’amusent alors sur le pont : promenade au grand air, jeux, rondes, chants, débats oratoires…
Tout de même, nous ne conseillons pas la traversée aux personnes de santé délicate, de goûts trop raffinés… Il y a vraiment trop d’imprévus au tableau !
NB: Pour ceux qui l’ignorent, les châteaux sont des constructions qui s’élèvent aux bouts du pont extérieur. Celui de l’arrière s’appelle château de poupe. L’autre château de proue.
Pour en apprendre plus :
