La victoire de Carillon

La victoire de Carillon : une leçon de courage

Un des meilleurs souvenirs que les Français conservent de la guerre qui vient de se terminer est sans contredit l’exploit glorieux de 1758.

Maintenant que la paix est revenue, que les miliciens canadiens sont de retour dans leurs foyers, nous avons pu recueillir tous les détails de ce combat. Nous nous permettons d’en donner un récit synthétique à nos lecteurs.

La puissance des troupes anglo-américaines engagées dans la marche sur les postes français du lac Champlain jeta la consternation en Nouvelle-France. Dirigée par le général Abercromby, une armée de 7,000 soldats réguliers et de 20,000 miliciens américains remontait l’Hudson et se présentait, au début de juillet, à la tête nord du lac George.

Montcalm avait prévu que c’était sur la frontière du lac Champlain qu’il fallait prévenir le plus fort de l’attaque de 1757. Installé à Carillon, il y attendit l’armée d’Abercromby. Plutôt que de se servir du fort luimême, dont les dimensions ne lui auraient pas permis de faire manoeuvrer ses troupes, Montcalm préféra fortifier une hauteur, à l’est du fort, vers le centre de la péninsule.

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Les vétérans de Carillon s’expliquent mal d’ailleurs le choix de Montcalm. La hauteur où il rangea ses troupes pouvait facilement résister à une attaque de front, même violente. Elle pouvait cependant être assez facilement contournée. Le général français aurait pu aussi laisser une partie de ses forces au poste du portage situé légèrement au sud-ouest de ses positions. Le poste pouvait se défendre assez bien et bloquer l’avance d’Abercromby. Montcalm jugea peut-être plus prudent de se tenir près des murailles de Carillon dont les canons pouvaient prévenir un débarquement.

C’est le 8 juillet qu’eut lieu l’attaque des retranchements par l’armée anglaise. Abercromby s’y présenta avec tous ses réguliers et la moitié de ses miliciens. Ceux-ci ne prirent d’ailleurs qu’une part bien infime dans la bataille. Montcalm, derrière ses murs de troncs d’arbre, lui opposait 3,500 hommes.

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Le général français, faisant travailler ses soldats nuit et jour, était parvenu à édifier un rempart capable de résister aux attaques.

Il avait fait joncher tout le terrain face à celui-ci d’arbres aux branches aiguisées pour briser l’élan et l’ordre de marche des régiments qui devaient donner l’assaut.

Massée derrière ce rempart, l’armée française attendait l’attaquant de pied ferme. Montcalm commandait lui-même le centre. Il avait confié l’aile droite à Lévis et l’aile gauche à Bourlamaque.

Quand les premiers soldats anglais se présentèrent vers 10 heures, les Français étaient encore occupés à fortifier le retranchement et à augmenter l’étendue de l’abatis.

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À midi l’assaut commence. En ordre magnifique, les réguliers anglais mènent la charge. Leurs rangs se brisent dans l’abatis. Ils n’en continuent pas moins, au pas de course. Ils on’ l’ordre d’enlever les positions à la baïonnette. L’armée française a reçu la consigne d’attendre l’ordre de tirer; les
retranchements restent muets.

Les premiers rangs de l’assaillant touchent le rempart’ quand l’ordre de feu est lancé. La puissante décharge décime les soldats anglais enchevêtrés dans l’abatis. Malgré leur bravoure, les attaquants doivent reculer. Abercromby ordonne de reprendre l’attaque, il tente un débarquement à l’arrière du front, il fait lancer deux colonnes contre la droite des Français. Les montagnards écossais multiplient les actes de bravoure. Mais rien n’y fait. Les lignes françaises demeurent inébranlables.

Tête nue, en chemise, Montcalm domine la mêlée. Lévis soutient magnifiquement ses positions contre les puissantes poussées de l’ennemi sur ses retranchements. L’attaque se brise finalement. Cela se passe quand les miliciens canadiens conduits par leurs officiers font une sortie. Ils chargent alors le flanc gauche des Ecossais pour soulager Lévis.

La bataille a duré sept heures. Les assaillants laissent 500 morts sur le terrain et s’en retournent avec 1,115 blessés. Les Français n’ont eu que 106 tués et 266 blessés.

Il faut entendre les vétérans raconter l’héroïque défense de Carillon pour en comprendre tout le sens. On entend, dans leur voix, vibrer les échos de cette journée épique !

Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.

À compléter la lecture :

Victoire de Carillon
Victoire de Carillon. Gravure de l’époque.

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