Histoire du Québec

Valeur des cantons de l'Abitibi-Témiscamingue

Quelques-uns des cantons de la région administrative de l’Abitibi-Témiscamingue

Canton de Goupil

Le canton de Goupil est situé au nord-ouest de Rapides-des-Joachims. Il est baigné au nord-est par une grande étendue lacustre nommée lac Malouin et par le lac aux Sangsues au sud du premier. Arrosé par la rivière Fildegrand qui débouche dans la rivière Dumoine, le territoire, dont l’altitude varie entre 290 et 470 m, est parfois marécageux, notamment de part et d’autre de la rivière dans sa moitié nord. C’est en l’honneur de René Goupil (1608-1642), chirurgien originaire du diocèse d’Angers et frère jésuite, que cette division géographique a été nommée en 1945. Arrivé à Québec en 1640, il exerce d’abord son ministère à la mission Saint-Joseph de Sillery jusqu’en 1642. août de la même année, il quitte Québec avec son compagnon le père Isaac Jogues et une quarantaine de personnes, pour aller en Huronie. Au cours du voyage, il est capturé et amené à Ossernenon (Auriesville, N.Y.) où il sera tué par un Iroquois qui l’avait surpris en train de tracer le signe de la croix sur un enfant. René Goupil a été canonisé par le pape Pie XI le 29 juin 1930. Ce canton est noté sur la carte générale du Québec, en 1946.

Canton de Mazérac

Inhabité et quelque peu boisé, ce canton se situe immédiatement au nord du réservoir Decelles et se rattache maintenant à la vaste MRC de Vallée-de-l’Or. Le nom choisi évoque un officier du régiment de Béarn de l’armée de Montcalm qui séjourna en Nouvelle-France entre 1755 et 1760. Lieutenant en 1734 et capitaine en 1744, Mazérac ou Mazerac, originaire du Languedoc, fut blessé à Québec, en 1760, lors d’une escarmouche survenue peu avant l’embarquement des troupes qui retournaient en France. Proclamé en 1920.

Canton de Fournière

Proclamé en 1920, ce canton abitibien est occupé dans sa partie nord par les établissements miniers et la ville de Malartic. À l’est, le lac Fournière, nappe d’eau de 25 km carrés, est alimenté par la rivière du même nom et se déverse dans le lac Lemoine, hors des limites cantonales, par la rivière Piché. Le terrain, plat et marécageux, passe insensiblement de 300 m, près de la nappe d’eau, à 396 m au sud-ouest de Malartic. Les lacs et rivières qui s’y trouvent appartiennent au réseau hydrographique de l’Harricana. Le toponyme, orthographié incorrectement au moment de son attribution, évoque Joseph Fournerie de Vezon (1730-1760), lieutenant de marine d’origine lorraine. Arrivé à Québec en 1757, il fut employé dans l’artillerie sous les ordres de Desandrouins. On lui doit une courte relation intitulée Événements de la guerre en Canada du 13 septembre 1759 jusqu’au 14 juillet 1760, renfermant plusieurs détails sur les travaux de l’hiver et la bataille de Sainte-Foy. Fournerie de Vezon, qui avait épousé Marie-Louise Rhéaume à Montréal au début de 1760, y décède à la fin d’août de la même année.

Canton La Pause

Proclamé en 1916, arrosé au sud-est par les lacs Chassignole et La Pause, ce canton abitibien se situe à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Malartic. Choisi en 1906, ce toponyme évoque Jean-Guillaume Plantavit de Lapause de Margon (1721-1804), habituellement connu sous le nom de chevalier de La Pause. Enrôlé jeune dans le régiment de Guyenne et promu capitaine en 1751, il accompagne les troupes du baron de Dieskau en Nouvelle-France en 1755. Détaché successivement au fort Carillon, à l’île aux Noix, à Montréal et à Niagara, le chevalier participera notamment à la campagne de Lévis dans la région de Québec au printemps de 1760. Passé en France après la capitulation de Montréal, il y poursuivra sa carrière militaire. La Pause est l’auteur d’un journal et de plusieurs mémoires qui relatent avec beaucoup de précision les péripéties de la guerre de Sept Ans. Le chevalier était originaire de Pézenas, située dans la région viticole de l’Hérault, où se trouve la fameuse inscription dite du Chien d’Or, dont la réplique québécoise est à l’origine d’une légende très connue.

Canton de Gendreau

Proclamé en 1890, borné à l’ouest par la rivière des Outaouais, ce canton est arrosé notamment par le lac Beauchêne et par la baie des Anglais qui baigne la municipalité de Kipawa. Son relief s’élève à environ 400 m d’altitude alors que la rivière des Outaouais près de laquelle est implantée la ville de Témiscaming coule à 182 m. Ce canton est identifié par le nom de Pierre-Edmond Gendreau (1840-1918), prêtre qui a d’abord exercé son ministère comme vicaire et curé dans plusieurs paroisses, de 1862 à 1880. En 1880, il entre dans la communauté des Oblats où il accomplira des tâches diverses, entre autres celles de professeur à l’Université d’Ottawa (1882-1891), fondateur de la paroisse du Sacré Coeur à Ottawa (1889-1891) et président fondateur de la Société de colonisation et du chemin de fer du Témiscamingue, en novembre 1884. Fait remarquable pour un membre du clergé, le gouvernement canadien lui a confié trois missions spéciales : la première concernant le rapatriement des Canadiens français émigrés aux États-Unis et les deux suivantes, à propos du traitement des Indiens de l’OUest canadien et des réserves du Yukon.

Canton de Granet

C’est à une trentaine de kilomètres au sud-est de Val-d’Or qu’est situé ce canton baigné notamment par le lac Granet et un bras du Grand lac Victoria, nommé successivement Baie Kawastaguta et Passe Mink. Ces deux étendues d’eau couvrent à peu près le tiers du territoire dont le reste est généralement plat, variant entre 320 et 410 m d’altitude. On a attribué à cette unité géographique, parcourue par deux routes secondaires, le nom d’Alexis Granet, enseigne de la seconde compagnie ordinaire du régiment de la Sarre, blessé à la bataille de Sainte-Foy, le 28 avril 1760. Quatre jours plus tard, le 2 mai 1760, il remplaçait feu le sieur Daiguiser à la lieutenance de la compagnie de Remigny. Le nom du canton a paru sur une carte de la région de l’Abitibi en 1911. Comme il s’inscrit dans un territoire où plusieurs officiers de l’armée de Montcalm sont honorés et qu’il est signalé dans « Noms géographiques de la province de Québec » en 1921, il semble que c’est à ce personnages que le nom fait référence, bien que la Commission de géographie ait avancé en 1926 que le canton a été nommé en mémoire de Dominique Granet (1810-1866), vicaire général de Québec et supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice à Montréal. Proclamé en 1920.

Canton de Guay

Situé à une trentaine de kilomètres au sud-est de Ville-Marie, ce canton, limité à l’est par le lac Ostaboningue, est baigné par de nombreuses nappes d’eau à une altitude variant autour de 300 m. Il doit son nom au notaire André-Elzéar Guay, ancien régistrateur de Matane dont l’épouse, Joséphine Verreault, fut la dernière seigneuresse de Matane. Pionnier du Témiscamingue où son nom figure de façon pertinente, il y fit un voyage avec le père oblat Edmond Gendreau en 1885. Il occupa la fonction de secrétaire de la première section de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1886, et deux ans plus tard, les documents révèlent qu’il était installé dans le canton de Duhamel sur le lac Témiscamingue. Il fut le premier maire de Ville-Marie (1897-1904) et, en tant qu’agent des terres, responsable de l’attribution des lots au Témiscamingue à la fin du XIXe siècle. Le premier rapport de la Commission de géographie, « Nomenclature des noms géographiques de la province de Québec », signale ce toponyme comme une nouvelle dénomination en 1916 et l’attribue faussement à J. – E. Guay, en raison de la première initiale, erronée. L’allusion de monseigneur Camille Roy au notaire Albert Guay, dans la préface d’une brochure sur le Témiscamingue publiée en 1929, concerne donc le fils d’André-Elzéar, qui était lui aussi agent des terres à Ville-Marie, à cette époque. Albert, né à Ville-Marie en 1887, avait fait ses deux années de philosophie au Petit Séminaire de Québec, de 1907 à 1909. Proclamé en 1920.

Canton de Hallé

Canton inhabité qui se retrouve dans la MRC de Témiscamingue à environ 75 km au nord-est de Ville-Marie. Son territoire est dominé par les lacs des Fourches, au Lapin, Winneway, en plus d’être arrosé par les rivières Marécageuse et Winneway. Ce nom, adopté en 1955, évoque Jean-Baptiste Hallé, 1874-1939) qui, après son ordination en 1897, poursuit des études doctorales en théologie à Rome jusqu’en 1900. À son retour au Québec, il devient professeur de philosophie au collège de Lévis puis, en 1905, directeur des élèves. Ainsi en 1919, il est nommé préfet puis, en 1921, vicaire apostolique de l’Ontario-Nord, avec résidence à Hearst, ville où se sont retrouvés de nombreux Franco-Québécois.

Canton de Hurault

Ce canton de l’Abitibi, situé au nord-est de la ville d’Amos, est arrosé par les rivières Laflamme et Castagnier. Son nom rappelle le sieur Hurault de l’Hôpital, officier du régiment de Béarn, décédé au fort Carillon en 1757. Lieutenant (1725), puis capitaine (1729), il avait reçu le commandement de Béarn, en 1755, avec le grande de lieutenant colonel. Proclamé en 1916.

Canton de Krieghoff

Ce canton, couvert de lacs et de rivières, est situé à une centaine de kilomètres à l’ouest de Chibougamau, dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue. On a choisi pour le désigner en 1947 le nom du peintre Cornelius David Krieghoff (1815-1872), d’origine néerlandaise mais qui après des études à Rotterdam et à Düsseldorf, prit la direction de l’Amérique en 1837. Ayant rencontré à New York, Louise Gauthier, dit Saint-Germain, il s’installe avec elle à Montréal en 1840 et y travaille quelque temps comme musicien et peintre. En 1853, il vient s’établir à Québec, où, avec l’encouragement de la bourgeoisie locale, il connaître une dizaine d’années de succès et de relative prospérité.

Paysages, scènes de la vie des habitants, réjouissances populaires sont les thèmes favoris de Krieghoff, habile coloriste et excellent dessinateur. Après quelques années passées à Paris et à Munich entre 1863 et 1867, le peintre revient s’installer à Québec, mais il n’y retrouve pas ses anciens protecteurs, presque tous rentrés à Londres. Il mourra subitement à Chicago chez sa fille qu’il était allé visiter. On a répertorié environ 2 000 habitants de ce peintre toujours’ très en demande. Une petite maison qu’il a habitée le long de la Grande Allée, à Québec, a été classée monument historique.

Canton de Laas

Proclamé en 1916, voisin à la foi du lieu-dit de Village-Langlois et de la ville de Lebel-sur-Quévillon, en Abitibi, à l’ouest de la rivière Bell, ce canton porte le nom du capitaine de Laas de Gestède, du régiment de la Reine, plusieurs fois blessé pendant la guerre de Sept-Ans. Lévis, commandant en second sous Montcalm, dit de cet officier qu’il s’est comporté avec intelligence et courage à la tête d’un corps de milice qu’il commandait le 28 avril 1760, lors de la bataille de Sainte-Foy.

Canton de Lecompte

Le canton abitibien de Lecompte est situé à 55 km au nord-est de Senneterre dans la MRC de Vallée-de-l’Or. Le réseau hydrographique comprend un lac et une rivière Lecompte ainsi que le lac Crochet et une multitude de petits plans d’eau et de ruisseaux. Désigné en 1934, ce canton, tout comme ses voisins, évoque l’un des compagnons de Dollard Des Ormeaux qui trouva la mort en mai 1660, lors d’un engagement contre les Iroquois, survenu au Long-Sault, sur la rivière des Outaouais. Les documents de l’époque attribuent à Jean Lecompte le métier de bêcheur et bûcheron, le déclarent âgé de 26 ans et originaire de la paroisse de Chamiré-en-Charnie, dans la province française du Maine. Avec son frère Michel, il s’était engagé, en 1653, pour une première période de cinq ans en vue de contribuer à l’implantation de Ville-Marie (Montréal). Le nom du canton de Lecompte paraît dans « Noms géographiques de la province de Québec » de 1921.

Canton de Reclus

Ce canton est distant de 15 km de la ville de Témiscaming. Sa limite nord constitue une ligne brisée qui se faufile au travers des lacs Hunter et Sunnyside, alors que sa limite ouest en fait autant au travers des lacs Kipawa et Green. C’est le curé Labelle qui, lors de deux voyages en France, en 1885 et en 1890, s’occupa de fonder la Société de colonisation dont Onésime Reclus (1837-1916) accepta la présidence. Reclus préconisait une forte immigration française au Canada. En 1886, on avait atteint le nombre de 64 actionnaires, tous recrutés parmi les personnalités françaises de l’époque. Reclus lui-même acheta des terres au bord de l’Outaouais. La Société de colonisation prit une mauvaise tournure à la mort du curé Labelle. Le gouvernement vendit des lots à d’autres personnes et à d’autres fins. L’aventure de la grande immigration française avait vécu. Onésime Reclus était le frère du célèbre Élisée Reclus, auteur de la monumentale « Géographie universelle », qui, après la Commune, fut banni de France et dut poursuivre sa carrière à l’étranger, en Suisse et à Bruxelles, notamment. Onésime a publié « La terre à vol d’oiseau » (1885), où il parle longuement du Canada. Proclamé en 1966.

Canton de Rochebaucourt

Territoire au relief plat qui atteint 320 m d’altitude, à une quarantaine de kilomètres d’Amos, ce canton est principalement arrosé par la rivière Laflamme, affluent de la rivière Bell, et vers laquelle se dirigent les ruisseaux Rochebaucourt et Tourville. Dans la moitié ouest on trouve quelques rangs habités où la population est davantage concentrée dans les municipalités de Champneuf et de Rochebaucourt. Le nom de cet aide de camp du général Montcalm n’a guère laissé plus de traces que son nom de famille. Proclame en 1916.

Canton de Ponteleroy

Proclamé en 1920, tracé au nord du lac Témiscamingue, ce canton est limité à l’ouest par la frontière Québec-Ontario. La municipalité de Notre-Dame-du-Nord s’étend à environ 30 km au sud de ce territoire qui contient notamment comme plans d’eau le lac Opasatica. La désignation, qui remonte au tout début du XXe siècle puisque James White la mentionne en 1911, évoque Niclas Sarrebource de Ponteleroy (1717-1802), officier et ingénieur militaire français envoyé à Louisbourg, île Royale (île du Cap-Breton), en 1755, pour y servir sous le commandement de Louis Franquet, qui avait demandé des officiers du génie d’expérience pour l’aider à la reconstruction des fortifications. En 1757, il est nommé au poste d’ingénieur en chef de la Nouvelle-France. Il participe par la suite aux importantes batailles de Carillon, des Plaines d’Abraham et de Sainte-Foy. À ce dernier endroit il commande le détachement de génie, renforcé de trois officiers dont Desandrouins, nom qui identifie le canton voisin de Témiscamingue. Rentré en France en 1760, la carrière militaire de Ponteleroy se poursuit jusqu’en 1785 alors qu’il obtient le grade de maréchal de camp.

Voir aussi :

Cantons de l'Abitibi-Témiscamingue. Photo de Megan Jorgensen.
Cantons de l’Abitibi-Témiscamingue. Photo de Megan Jorgensen.