La vacance du siège épiscopal après la Conquête : Sujet d’inquiétude
Le sujet d’inquiétude le plus grave pour les catholiques est la vacance du siège épiscopal. La mort de Mgr de Pontbriand, survenue le 8 juin 1760, a laissé l’Église canadienne sans chef. La première mesure adoptée par les autorités religieuses a été l’envoi d’une députation auprès de George III.
Obtiendra-t-on de l’antipapiste Angleterre la permission de faire nommer par Rome un successeur à Mgr de Pontbriand ?
Le Boréal* a reçu copie de l’Adresse que les délégués remettront à Son Excellente Majesté le Roi. On a démontré que, sans évêque, l’Église canadienne ne pourra survivre. Par habileté diplomatique les signataires précisent : … “un Évêque qui serait à la vérité titulaire de Québec suffirait pour tranquiliser vos nouveaux sujets. Quoiqu’il n’eût pas cet appareil, cet éclat extérieur qui accompagne cette dignité dans les États catholiques. On ne demande de l’Épiscopat que ce qui est absolument et indispensablement nécessaire.”
On propose un évêque avec une pleine, libre et entière juridiction purement ecclésiastique sur le clergé et sur les peuples catholiques du diocèse. Tout cela donc suivant les canons et les usages ci-devant observés. Vivant simplement parmi les prêtres de ses séminaires, où il trouverait son entretien et sa subsistance. Comme l’un d’entre eux, lorsqu’il lui plairait d’y demeurer”…
“Nous sommes, de Votre Majesté, les plus humbles et les plus fidèles sujets.”
Les chanoines et Chapitres de Québec capitulairement assemblés le 13 septembre 1763
Victoire diplomatique du chanoine Lacorne
Une nouvelle sensationnelle court les milieux diplomatiques de Londres. Le Roi vient d’accorder au Chapitre de Québec la permission de se choisir publiquement un évêque catholique.
Même sous cette formule de compromis, l’autorisation royale apparaît comme un geste inattendu. Cache-t-elle des subtilités qui sauvegarderont la politique antipapiste de Londres ?
Pour l’heure, on se réjouit, dans les milieux catholiques, de cette victoire dont le mérite revient surtout au doyen du Chapitre de Québec, l’abbé Joseph-Marie de Lacorne. On sait que cet abbé canadien vit en France depuis 13 ans, à titre de chargé d’affaires du Chapitre de la cathédrale de Québec. Dès la signature du traité de paix il s’est rendu à Londres pour surveiller les intérêts de l’Église canadienne. La nomination d’un évêque reconnu par Rome lui a paru le point capital et il a concentré ses efforts sur cet objectif.
Les ambassadeurs des pays catholiques lui ont prêté leur concours, mais l’homme qui semble lui avoir accordé l’appui le plus utile est le célèbre et énigmatique chevalier d’Eon.
Arrivé en Angleterre vers le 25 février, l’abbé de Lacorne a vu ses efforts couronnés de succès le 13 juin, alors que le chevalier d’Eon pouvait annoncer cette grande victoire au duc de Choiseul, ministre des Affaires étrangères de France.
Cette bonne nouvelle dissipera une partie des inquiétudes qui pèsent sur la population canadienne.
Futur évêque de Québec : M. l’abbé de Montgolfier
Le 15 septembre dernier, le Chapitre a tenu une séance secrète au cours de laquelle, se prévalant de l’autorisation royale, les cinq chanoines présents ont élu à l’unanimité le sulpicien Montgolfier pour occuper le siège épiscopal de Québec.
Cette décision n’a pas été révélée au public ni aux autorités civiles. Seuls les initiés ont pu tirer des déductions d’après l’ordre des signatures sur un document daté du 28 septembre. Pour la première fois, le nom de Montgolfier avait priorité sur celui du Vicaire Général Briand. On sait que ce dernier est bien vu de Murray. Alors que notre gouverneur est ouvertement hostile à l’abbé de Montgolfier et au chanoine Lacorne. Plusieurs considéraient celui-ci en fait comme un candidat sérieux depuis la réussite de ses démarches à Londres.
Le choix du Chapitre semble devoir obtenir l’approbation de Londres et de Rome. Pourtant le dernier mot n’est pas dit. Depuis que le général Murray est devenu gouverneur général du Canada, il pourra faire valoir ses points de vue avec plus de force.
Burton censure le clergé
Trois-Rivières. Le gouverneur Ralph Burton ne semble pas priser les remarques que les membres du clergé peuvent faire sur la moralité des soldats anglais. Le père Félix Berey, récollet en charge de la mission abénaquise de Saint-François-du-Lae, a été chassé du gouvernement des Trois-Rivières pour avoir osé présenter une requête au gouverneur. Dans cette requête, le missionnaire exposait la situation de son village « totalement dérangé par la boisson et le voisinage de la garnison anglaise. »
*Source du texte : Boréal Express.
