Trudeau à Chéticamp

Trudeau aux francophones : Il serait criminel de perdre la langue de vos ancêtres

Chéticamp. Nouvelle-Écosse. – Le Premier ministre Trudeau a poursuivi hier sa tournée de la côte est, dans la région de Cap Breton, en participant à un festival acadien à Cheticamp avant de se rendre à une fête écossaise à quel que 40 milles de distance.

II n’v a, somme toute, rien la que de très normal: d’ascendance canadienne-française par son père, M. Pierre Elliott Trudeau est de sang écossais du côté maternel. Lui et son épouse Margaret ont longé la région de Cap Breton samedi à bord de la vedette côtière Sir William Alexander, après avoir passé une partie de la journée à Lunenburg, où ils ont assisté à une foire de pêcheurs.

Ayant quitté Lunenburg par un beau coucher de soleil, le navire devait s’enfoncer aussitôt après dans la brume et rester toute la nuit hors de vue de la côte. Le beau temps devait pourtant revenir à l’aube, et les Trudeau parurent prendre plaisir a la croisière en arpentant le pont.

Un hélicoptère du ministère des Transports devait prendre le couple à son bord hier à~ onze heures du matin pour les emmener assister à la messe à l’église catholique Stella Maris de Inverness. Outre les Trudeau, l’appareil, d’une capacité de cinq sièges, transportait à part le pilote un agent de la Gendarmerie royale.

La population alertée

En dépit du fait que ce déplacement fut en principe confidentiel, la population de la ville fut rapidement alertée
par les mesures de sécurité prises aux abords de l’église.

Après le service, le premier ministre et sa femme reprirent l’air en direction du chalet d’été de M. Allan MacEachen, président du Conseil privé, pour le repas de midi.

Le couple devait regagner l’Alexander dans le milieu de l’après-midi. Le navire étant escorté en fait à son départ d’une flotille de bateaux de pêche. Ainsi que d’embarcations de plaisance.

Défilé motorisé

M. Trudeau avait auparavant participé à un défilé motorisé dans la rue principale de la ville assis à l’avant d’une Ford T modèle 1927 accompagnée de voitures de pompiers qui l’accompagnèrent jusqu’au Centre acadien, M. Trudeau serrant au passage nombre de mains dans la foule. Dans une brève allocution prononcée en anglais et en français, le premier ministre a souligné l’importance pour l’avenir du Canada que soient sauvegardées par les différents groupes ethniques les traditions héritées des aïeux.

S’adressant tout particulièrement aux enfants présents, M. Trudeau devait les exhorter à conserver par tous les moyens la langue de leurs ancêtres, qu’il s’agisse du français, de l’italien, du japonais ou de toute autre langue. Notant qu’il est particulièrement important au 20ême siècle de disposer d’une langue seconde, M. Trudeau a déclaré : “Il serait malheureux—voire criminel—de perdre la langue de vos ancêtres. Et je m’adresse ici spécialement aux francophones ».

Sur les quelque 2,500 habitants que compte ce village de pécheurs, environ 1,500 s’étaient massés au port l’arrivée de M. Trudeau—en grande majorité des francophones.

Le premier ministre profila de son passage dans la localité pour couronner Mlle Sharon Poirier, de Chéticamp. Elle est la reine du festival de la ville.

Les pêcheurs

À Lunenburg, par ailleurs, M. Trudeau déclara que sa visite de samedi en ce vieux port de la Nouvelle-Écosse pourrait l’aider à acquérir une meilleure compréhension des problèmes de l’industrie de la pèche. S’adressant à une foule de près de 8,090 personnes dans l’amphithéâtre ensoleillé de la ville, le premier ministre devait évoquer la mer en termes romantiques comme une chose “que nous aimons tous ».

Ce qui n‘empêcha pas une délégation de pécheurs de homards de protester auprès de M. Trudeau contre la décision gouvernementale d’instituer une saison de pèche annuelle à 50 milles au large des côtes. Cela aurait pour effet, selon eux, d’épuiser les réserves des pêcheurs côtiers durant leur, saison de six mois. Le premier ministre leur demanda de tenter l’expérience pour une année. Après quoi la formule serait alors changée advenant de mauvais résultats.

Au nombre des cadeaux reçus par M. et Mme Trudeau, on comptait, outre le suroit de pécheur traditionnel, des accessoires pour nouveau-né.

Chéticamp dans les années 1960. Image libre de droits.
Chéticamp dans les années 1960. Image libre de droits.

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