Histoire du Québec

Tremblements de terre

Tremblements de terre en Nouvelle-France

L’année 1663, que devaient marquer de profonds changements politiques dans l’administration générale du pays, commença par un formidable bouleversement du sol. Dans l’après-midi du 5 février, il se produisit un violent tremblement de terre, qui jeta dans la consternation blancs et sauvages du Canada, depuis les côtes de Gaspé jusqu’aux territoires des Grands Lacs.

À des intervalles rapprochés, les secousses sismiques se répétèrent jusque dans la nuit avancée. Les chocs perturbateurs se renouvelèrent dans la suite à différents jours jusqu’au mois d’août, avec plus ou moins de violence, causant à plusieurs endroits des bouleversements géologiques considérables. La crédulité populaire fit voir dans ces événements insolites, mais naturels, des choses merveilleuses. On peut en juger par le récit très imagé que le père Lalemant fit de ce violent soubresaut des forces cosmiques. Nous le reproduisons à titre de curiosité d’une époque éloignée: “Le ciel et la terre nous ont parlé bien des fois depuis un an : c’était un langage aimable et inconnu, qui nous jetait en même temps dans la crainte et l’admiration. Le ciel a commencé par de beaux phénomènes. Dès l’automne dernier, nous avons vu des serpents embrasés, qui s’élançaient les uns dans les autres en forme de caducées, et volaient par le milieu des airs, portés sur des ailes de feu.

Nous avons vu sur Québec un grand globe de flammes, qui faisait un assez beau jour pendant la nuit, si les étincelles, qu’il dardait de toutes parts, n’eussent mêlé de frayeur le plaisir qu’on prenait à le voir. Ce même météore parut sur Montréal, mais il semblait sortir du sein de la lune, avec un bruit qui égalait celui des canons ou des tonnerres et, s’étant promené en l’air, fut se perdre enfin derrière la montagne dont cette île porte le nom. (Relations des Jésuites de 1663).

On s’imagine ce que les bonnes gens du temps durent éprouver de stupeur à la vue de phénomènes aussi étranges. Les contes fantaisistes, qu’on se plut alors à répandre dans la naïve population, semblent annoncer les dramatiques légendes de loups-garous, de feux-follets et de chasse-galeries du siècle dernier.

Les gens de Québec, dit Faillon, se jetèrent à toutes sortes de dévotions pour conjurer le péril menaçant. À Montréal, on conserva plus de calme.

Il ne paraît pas que la population ait souffert de grands dommages de cette perturbation du sol. Les effets s’en firent davantage sentir dans les régions élevées du plateau laurentien.

Paysage aquatique dans la région du Nord-du-Québec. Photo d’Anatoly Vorobyov.