Terre-Neuve : la plus vieille colonie d’Amérique du Nord
L’Ile de Terre-Neuve est certainement la première terre américaine que les Européens aient connue, visitée et colonisée. Des traditions fortement enracinées chez les marins qui fréquentent l’île soutiennent que les Vikings y établirent une colonie vers l’an 1000. Une chose certaine, c’est que les pêcheurs bretons, normands et basques, venaient s’approvisionner à même les bancs de morues qui pullulent autour de l’île bien longtemps avant que les grands explorateurs viennent pour la première fois reconnaître les côtes de l’Amérique du Nord.
Il semble bien que le premier des grands explorateurs à débarquer à Terre-Neuve ait été le génois Cabot en 1497. Quatre ans plus tard, le portugais Gaspard Cortereal répétait le geste de Cabot. Vers 1502, Robert Thorne y débarquait au nom de l’Angleterre.
La France vint ensuite. C’est, en 1505, que Bergeron de Vlonfleur vient y faire un voyage officiel de reconnaissance. L’Espagne sera la dernière en liste, alors que Velasco y débarque, en 1506.
En 1534, lors de son premier voyage, Jacques Cartier aborde à Terre-Neuve. Des flottes de vingt-cinq à cinquante navires de pêche y viennent chaque année de France. Des groupes aussi importants de pêcheurs anglais, espagnols ou portugais fréquentent l’île.
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Au 17ème siècle, la France et l’Angleterre s’efforcent de s’installer d’une façon définitive sur le territoire de l’île. Les Anglais choisissent le littoral est. En 1610, John Juy se fait concéder le littoral situé au sud du Cap Bonavista jusqu’à la baie Plaisance. En 1615, Richard Whitbourne mène une expédition au Port Saint-Jean. Plusieurs expéditions anglaises suivent pendant tout le 17ème siècle et peuplent, petit à petit, le littoral est.
Les Français préfèrent le littoral sud et ouest. Dès 1578, le Marquis de La Roche est nommé vice-roi à Terre-Neuve. Champlain dresse un plan de colonisation en 1603. Les morutiers français continuent à fréquenter constamment les bancs de Terre-Neuve et à utiliser les côtes pour sécher la morue. C’est ainsi qu’en 1628, cent douze navires de pêche viennent à Terre-Neuve du seul port de Saint-Malo. Ce n’est, cependant, qu’en 1650 qu’une colonie française s’établira définitivement sur l’île. C’est le Rochelais Nicolas Gargot qui en est chargé. Il choisira la belle rade de Plaisance dont le premier gouverneur sera, en 1655, le Sieur de Karéon. Tout au long du 17ème siècle, les matelots et les colons français et anglais seront en hostilité perpétuelle.
Le port de Plaisance eut à soutenir plusieurs attaques venant de la mer. Les plus importantes eurent lieu en 1689 et 1691. Plaisance résiste héroïquement à tous les sièges. En 1697, d’Iberville y débarqua pour en faire le pivot d’une série d’attaques qui le mèneront à la conquête de tous les postes anglais importants. Depuis ce temps, aux dires du Sieur de Monic, gouverneur intérimaire de l’île, la situation y est relativement calme.
Campagne d’Iberville à Terre-Neuve
Pendant quatre mois de campagne, Iberville, à la tête de cent vingt-cinq Canadiens, a parcouru le littoral de l’île comme un véritable incendie. Tous les postes de la côte de la presqu’île d’Avalon détruits ou pillés : Saint-Jean, Renews, Fermeuse, Aquafortef Ferryland, Bay Bulls, Petty Harbour, Quidi Vidi, Torbay, Cape St. Francis. Aussi Portugal Cove, Port Grave, Brigus, Bay de Verde, Old Perlican, New Perlican et Hearts Content. On a conquis ainsi quinze cent milles carrés de territoire.
Les pêcheries anglaises de l’île sont restés entièrement désorganisées. Une étude sérieuse de la campagne menée par notre reporter (G.F.) nous livre les chiffres suivants : 1838 hommes capturés et 200 tués, 371 chaloupes brûlées ou remises à des pêcheurs français, 193,300 morues enlevées dans les divers entrepôts… En somme, une guerre terrible où il fait bon de se savoir du même clan que Pierre Le Moyne. On ne se souvient pas d’une campagne aussi glorieuse et extraordinaire.
Plaisance – capitale française de Terre-Neuve
Il arrive souvent que les navires venant de France s’arrêtent quelques jours à l’entrée du golfe dans la magnifique rade de Plaisance, au sud de Terre-Neuve. Forcé par le mauvais temps, notre navire dut y jeter l’ancre pendant une semaine. Ceci nous permit de visiter ce coin perdu des colonies françaises d’Amérique.
La baie de Plaisance, sur la côte sud, apparaît comme une de ces immenses ouvertures qui déchirent les côtes de l’île. La rive orientale de cette baie offre une rade naturelle extraordinaire dont un simple goulet permet l’entrée. Les Français ont installé au fond de cette rade un petit village fortifié qui fait pompeusement office de capitale.
L’entrée de la rade est protégée par un fortin, le fort Saint-Louis. Autour de ce dispositif, on trouve neuf petits établissements de pêcheurs, tous groupés sous l’administration de Plaisance.
La population totale de cet ensemble ne dépasse guère 600 habitants. La capitale elle-même n’a que 300 habitants. Il faut dire cependant que cette organisation minuscule commande des pêcheries prodigieuses. Aussi les morutiers de France aiment-ils venir s’abriter en rade de Plaisance et utiliser les immenses grèves pour le séchage de la morue qu’ils ont prise au large. Comme le port sert aussi parfois d’abri aux transatlantiques qui entrent dans le fleuve, il n’est pas rare de compter dans ce havre 40 ou 50 navires de haute mer. Le spectacle de cette flotte imposante en face de la petite capitale est fort impressionnant.
Perdue dans les grandes solitudes de Terre-Neuve, au fond d’un des plus beaux ports naturels du monde, fréquentée par de rudes loups de mer, Plaisance est réellement un site à visiter.
Saint-Jean – capitale anglaise de Terre-Neuve
Nous avons déjà eu l’occasion de visiter Saint-Jean de Terre-Neuve et le souvenir que nous en gardons est impérissable. Peu de villes sont aussi bien situées. Au fond de la baie de Saint-Jean, un étroit passage se déploie entre deux falaises de cinq cents pieds de hauteur. Le voilier y circule pendant trois quarts de mille environ pour déboucher ensuite sur une large rade qui s’étend au sud-ouest sur une profondeur d’un mille. C’est là qu’est situé le port de Saint-Jean.
Pratiquement imprenable par mer, grâce aux deux falaises qui protègent son entrée, Saint-Jean, au moment où nous l’avons visité, était également très bien défendu du
côté de la terre.
Le port est en effet protégé par trois forts munis de palissades, de redoutes, de batteries et de canons. On dit que Monsieur d’Iberville a rasé ces fortifications, en 1686.
Lors de notre visite, la ville et les forts comprenaient deux mille habitants. À côté de cet établissement solide, riche, bien défendu, et bien muni, la capitale française qu’est Plaisance fait mine d’une pauvre petite soeurd sans aucun moyen.
Si Sait-Jean s’est relevé de ses ruines, — et on dit que cela est déjà fait, — il redeviendra facilement une capitale florissante qui fera l’envie des colons français de l’île.
Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.
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