Sociétés nationales et autres

Sociétés nationales et autres d’après Camille Bertrand (texte publié en 1942 dans son récit « Histoire de Montréal »)

À la veille des troubles politiques, soit en 1834, le directeur de la «Minerve», Ludger Duvernay, jetait les bases de la « Société St-Jean-Baptiste ». Malgré l’atmosphère de révolte qui montait de partout, les promoteurs n’avaient pas pour but, comme les Fils de la liberté, de grouper les Canadiens pour la résistance par les armes à la politique du gouvernement. Elle ambitionnait surtout d’unir les Français du Canada sur le terrain économique, dans un esprit de collaboration commune, d’entente mutuelle, d’aide réciproque, afin de mieux réaliser leur idéal de vie nationale.

À travers des fortunes diverses, on peut dire qu’elle n’a pas dévié de la voie marquée par ses fondateurs.

Depuis cent ans, son œuvre se poursuit dans le même sens: l’éducation du patriotisme de la race. Ses moyens, toujours les mêmes, consistent en réunions mensuelles, séances d’études, conférences et manifestations publiques, où l’on exalte toujours la même formule du patriotisme racial.

Beaucoup de nos hommes publics sont passés à sa direction, aucun n’a laissé les traces d’une action saillante, ni aucun vestige d’une impulsion nouvelle, sauf peut-être, Olivar Asselin, qui tenta un mouvement de la pensée française, sans l’appuyer sur quelque organisme de fond.

L’apathie des uns, l’opposition des autres l’obligèrent à se retirer, n’ayant été compris de personne.

En 1835, il est assez curieux de voir s’établir à Montréal une société d’Allemands. On y comptait des Anglais et des Canadiens, mariés à des Allemandes. Parmi les 81 premiers membres, il y avait des protestants, des catholiques et même des juifs. C’était une sorte de club social, une société de bienfaisance, de confraternel entr’aide dont l’existence par la suite est assez peu connue.

À l’exemple des Canadiens, les Anglais ont leur Société St-George, les Ecossais, la St. Andrew Society, et les Irlandais, leur Société St-Patrice. Toutes ces organisations sont d’un caractère franchement national et donc exclusif.

Les Juifs, dont l’importance numérique est connue et l’influence économique est prédominante dans plusieurs domaines, ne manquent pas non plus d’organisations so ciales de jeunesse et de mutuelle assistance.

Tout le monde connaît l’« Institut du baron Hearst », où se prépare la jeune élite des Hébreux canadiens. Ce que l’on connaît moins peut-être c’est leur formidable organisation financière qui les fait solidaires les uns des autres. Nous avons nos prêteurs d’argent: banquiers, courtiers, financiers, qui ont pignon sur rue et aussi les autres qui opèrent dans les coulisses. Les Juifs ont aussi les leurs, mais de caractère un peu différent. Sa religion défend à un Juif de prêter quoi que ce soit à un autre Juif et d’en exiger intérêt ou rémunération. Alors dira-t-on, un Juif ne prête pas a un compatriote ? La loi religieuse et sociale y pourvoit. Tout appel de fonds est soumis à un comité de contrôle et le prêteur désigné par lui doit se soumettre à sa décision. D’autre part le manque par l’emprunteur d’honorer sa signature peut entraîner son exclusion de la congrégation à laquelle il appartient.

C’est la dégradation religieuse, civile et sociale qui s’en
suit.

Enfin les deux plus grandes associations de jeunesse sont aujourd’hui la « Young Men Christian Association » (Y.M.C.A.) et l’Association catholique de la Jeunesse Canadienne (A.C.J.C.).

La Y.M.C.A. recrute ses milliers de membres dans tous les milieux et par eux exerce en retour son influence également partout. Ses ramifications par tout le pays lui permettent d’être utile à ses membres, jeunes gens et jeunes filles, partout où ils se trouvent; car il faut dire que la société en est une d’aide mutuelle, en plus d’être un milieu d’études et d’amusements.

L’A.C.J.C. a été fondée en 1904, sous le patronage de Mgr Paul Bruchési. Son mot d’ordre est piété, étude, action. Des milliers de jeunes gens font partie de ses cercles d’études, où les questions d’actualité et les problèmes nationaux sont étudiés. Plusieurs congrès généraux ont été tenus, où les jeunes ont discuté colonisation, agriculture, industrie, commerce, etc.

En ces dernières années l’Association s’est divisée en sections, où l’on a groupé les jeunes gens en diverses catégories, telles la Jeunesse ouvrière catholique, la Jeunesse étudiante catholique et autres. Le siège social de l’A.C.J.C. occupe l’immeuble de la Palestre nationale, où se trouve son principal centre d’études et d’amusements pour la jeunesse canadienne.

Pour compléter la lecture :

Rue de la commune
Rue de la commune au cœur du Vieux-Montréal, en face du Vieux-Port. Photographie : Histoire-du-Québec.ca.

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