Histoire des sociétés de tempérance au Québec au XIXe siècle
Tirant ses origines des milieux ecclésiastiques et faisant suite à la prédiction fort importante de Monseigneur Charles de Forbin-Janson au début des années 1840, le mouvement de tempérance devient très tôt une association pieuse à laquelle sont rattachées des obligations d’ordre religieux : promesses solennelles, prières, exposition dans la demeure familiale de la croix noire, symbole de la tempérance.
C’est d’ailleurs à Édouard Quertier, curé de Saint-Denis entre 1841 et 1856, que l’on doit, depuis 1842, cette croix noire. Des prêtres liés de près à la Côte-du-Sud vont contribuer à l’établissement de sociétés de tempérance dans la majorité des paroisses du diocèse de Québec.
Parmi ceux-ci, on distingue l’abbé Charles Chiniquy. Deux ans après son départ de la cure de Kamouraska en 1848. Curé de Saint-Louis de Kamouraska de 1842 à 1846, Charles Chiniquy s’est surtout fait connaître par sa prédication sur la tempérance.
Ce curé entreprend une « marche triomphale », qui, en 18 mois, amène 200 000 adhérents au mouvement. Les associés sont fort nombreux. En effet, les curés dans leurs rapports annuels à l’évêque en font régulièrement mention.
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En plus de Chiniquy et Quertier, Alexis Mailloux, grand vicaire du diocèse de Québec, David-Henri Têtu, curé de Saint-Roch-des-Aulnais et Michel Dufresne, curé de Saint-Gervais, ne sont probablement pas étrangères à cette adhésion générale de la population de la Côte-du-Sud ou mouvement.
Même si le clergé se charge de relancer périodiquement le mouvement, surtout à l’occasion de retraites, celui-ci ne connaît plus, à partir des années 1860, l’engouement des deux décennies précédentes.
Dans son rapport annuel de 1874, le curé de Sainte-Louise ne souligne=t-il pas que « la tempérance a été établie, mais elle est bien maltraitée ».
De plus, les sermons et les exhortations du curé en chaire, tout comme les pressions qu’il exerce sur les conseillers municipaux indiquent bien que l’enthousiasme des premières années se dissipe peu à peu, En 1900, des centaines de sociétés de tempérance s’établissent tout de même dans la province. Prés de 80% des paroisses et missions s’en dotent. Mais l’adhésion au mouvement ne signifie pas nécessairement le respect des règles dont la principale est l’abstinence de boissons alcooliques.
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Entre 1850 et 1930, le clergé renforce donc constamment ses positions. Les paroisses, toujours aussi rurales, catholiques et françaises, acceptent en général l’encadrement religieux que leur imposent l’Église, l’évêque du diocèse de Québec et les curés. Cependant, cet encadrement ne se fait pas sans quelques réticences.
Les rappels constants de l’évêque, ses menaces de sanctions divines ou de retrait du curé résidant, ses refus d’ériger de nouvelles paroisses ou d’acquiescer aux nombreuses requêtes des paroissiens laissent entrevoir une certaine insoumission de la population. De son côté, le curé n’hésite pas à exhorter, à condamner les égarements de ses ouailles.
Dans les anciennes paroisses du littoral du Québec, on le considère comme l’un des notables important, instigateur d’associations et d’institutions de toutes sortes. Dans l’arrière-pays, sa présence semble indispensable au développement de la colonisation bien. Bien plus, elle en garantit le succès.
Source du texte : Histoire de la Côte-du-Sud. Sous la direction de Alain Laberge. Martine Côte, Diane Saint-Pierre, Jacques Saint-Pierre, Yves Hebert. 1993. Extrait.
