Histoire du Québec

Situation financière au Canada en 1930

La situation générale dans le Canada. L’économie résiste à la crise économique mondiale

Nous entrons dans la période normale d’expansion des affaires – Un coup d’oei sur le Bulletin Commercial de la Banque de Montréal, dont nous avons emprunté des extraits, fera clairement juger de la situation

L’expansion des affaires

Nous voici maintenant à la période normale d’expansion des affaires, avec la reprise de la navigation et des travaux agricoles. Il y à actuellement, et il y à eu pendant les mois d’hiver, un fort volume d’affaires, égal à celui d’il y à trois ans ou plus dans presque toutes les branches, mais moins développé que celui de 1929, et c’est la comparaison peu favorable avec cette année-là qui a fait naître une certaine somme de méfiance et de doute dans les milieux commerciaux. Nous entrons dans la période d’épreuve : une récolte abondante des divers produits infusera une vie nouvelle à toutes les branches des affaires, tandis qu’une récolte pauvre prolongera ou même intensifiera, l’inactivité relative de ces derniers temps

Les énormes stocks de blé immobilisés en Canada depuis la dernière récolte diminueront peu à peu avec la reprise de la navigation sur les rivières et les lacs. La saison du tourisme s’approche, et l’on sait que le tourisme et devenu un facteur important d’enrichissement pour l’économie canadienne.

On compte que le Ministre des Finances présentera son budget le jeudi 1er mai, et de toute façon pas plus tard que le 6 mai. Ce budget est attendu avec un intérêt plus qu’ordinaire, mais le mouvement uniforme des affaires ne paraît pas voir été influencé par l’attente.

L’INDUSTRIE MINIÈRE

La saison minière a établit de nouveaux records, en dépit du fait qu’il a fallu retarder l’exécution de certains projets de développement.

Les chargements de minerai pour le premier trimestre de l’année excèdent ceux de toutes les périodes précédentes : la production de l’or dans l’Ontario a été plus forte; celle du cuivre, du nickel, du zinc et du plomb est plus considérable. Pour l’année terminée le 31 mars, la valeur des exportations s’est accrue par rapport à l’année précédente de $10,733 000 dans le cas du cuivre, et été de $1,154,000 dans le cas du nickel. Un facteur défavorable est la baisse du prix du cuivre à 14 cents, de 18 cents qu’il avait été pendant un an. L’annonce de la réorganisation financière de la British Empire Steel Corporation Ltd. et de ses filiales promet d’avoir une influence favorable sur les affaires en retirant l’entreprise des mains du Séquestre, et en donnant plus de champ à la direction des importantes industries du charbon et de l’acier, qui constituent de beaucoup le marché le plus considérable pour la main-d’œuvre en Nouvelle-Écosse.

LE COMMERCE EXTERIEUR

La tendance du commerce extérieur en mars à été la même que les mois précédents, importations et exportations diminuant de $21,114,000 et de $25.166.000 respectivement. L’étiage du commerce extérieur s’atteint normalement pendant les mois d’hiver, et malgré un relèvement notable le mois dernier, l’ensemble du commerce extérieur fait piètre figure par rapport au mois de mars des trois dernières années. Avec mars, l’année fiscale prend fin. Pour les douze mois, les importations ont été de $1,249,423.000, ou $16.216.000 de moins que l’année précédente; mais comme dans les huit premiers mois il y avait eu une augmentation considérable, la perte nette ne révèle pas la réaction profonde des quatre derniers mois. Les exportations de produits canadiens ont été pour l’année fiscale de $1,120.260.000 ou $243.449,000 de moins qu’en 1928-29, soit 18 p. 100. Quatre produits agricoles rendent compte de cette diminution; blé $212.771.000, farines $19.660,000, fromage $7.000.000 et viandes $4.150.00 Le déficit apparent de la balance commerciale en 1929-30 à été de $120,163.000, à rapprocher d’une balance favorable de $98.069.000 en 1928-29, de $119.251.000 en 1927-28 et de $221.265.000 en 1926-27.
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Ce renversement de la balance commerciale provient surtout de la récolte de blé déficitaire, du manque de correspondance des marchés étrangers, de la baisse des prix et de l’arrêt des exportations.

LA BAISSE DES PRIX

Le nombre indice des prix du Bureau fédéral de Statistique pour le mois de mars est de 91.9, au lieu de 94 en février, et de 100 pour la moyenne de 1926. C’est le niveau le plus bas depuis 1916, et presque tous les produits ont contribué à la baisse de l’indice. Les produits agricoles, dans l’ensemble, ont subi la plus forte dépréciation, tombant en mars à 91.11, de 97.6 qu’ils étaient le mois précédent. Certaines denrées essentielles, comme le sucre, sont descendues au dessous des prix d’avant-guerre; ce recul des prix ne favorise pas les affaires.

LE TRAFIC FERROVIAIRE

Le trafic ferroviaire n’a pas encore augmenté, la comparaison avec l’an dernier accusant une diminution d’environ 8 p. 100. La production des autos est supérieure à celle d’il y a deux ans, mais n’atteint que la moitié de celle de 1929. Les fabriques de papier journal ont produit à 68.4 p. 100 de leur capacité en mars, situation plutôt peu satisfaisante en soi et qui l’est encore moins si on fait la comparaison avec le coefficient de 80.3 pour les usines américaines. La production canadienne en mars a été de 207 485 tonnes, 10,682 tonnes de moins que l’an dernier.

De vastes travaux du génie sont en voie d’achèvement, en particulier dans le domaine de l’industrie hydroélectrique, de la construction des routes, de l’extension des chemins de fer et des facilités à la navigation. La construction des logements, des locaux de commerce et des usines est moins active qu’il y a un an, situation à prévoir après l’activité des dernières années.

LE RAPPORT DES BANQUES

Le rapport des banques à charte, au 28 février, ne révèle aucun changement important aux postes principaux, ni d’orientation divergente du cours habituel des choses en période de tranquillité commerciale.

L’augmentation de $2.568,000 dans la circulation des billets correspond à une augmentation similaire le même mois en 1929; quant au chiffre global, fin février, il est de $3,702,000, ou 2% p. 100, au-dessous de l’an dernier à la même date.

Les dépôts à préavis n’ont pas varié, tandis que les prêts courants diminuaient de $21,808.000. Sur le marché des changes étrangers, le dollar américain est descendu au pair le 22 mars, pour la première fois depuis novembre 1928, et s’est maintenu entre le pair et 1/16% de prime. Les câbles sterling ont baissé de 4.86 5/16 16 et le francs français est tombé à 3.91% mais pour remonter à 3.92%. Le Belga, la lire, le franc suisse et le florin ont fait de légères avances au cours du mois. La peseta a perdu huit points, mais le mark allemand et les devises scandinaves sont virtuellement au même niveau. Malgré des signes de réalisations de profits, les avances enregistrées par le marché des obligations de premier ordre au cours du mois précédent se sont, en général, assez bien maintenues, et la concurrence pour les nouvelles émissions des gouvernements et municipalités est encore très vive.

(Rapport financier publié en mai 1930).

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La banque de Montréal. Photo de Histoire du Québec.ca.