Signature du traité de Paris

Signature du traité de Paris. Finie la guerre. Victoire de l’Angleterre

L’Autriche se résigne à signer le Traité d’Hubertsbourg qui consacre la victoire de la Prusse. À Londres. William Pitt dénonce le Traité de Paris qu’il ne trouve pas assez dur pour la France.

Traité de Paris. Le 10 février 1763, la France et l’Angleterre ont signé, à Paris, le traité qui met fin à l’épuisante guerre qui déchire l’Europe depuis sept ans. C’est pour la France, la plus grande défaite de son histoire et c’est surtout l’effondrement de son empire colonial :

  • Le Canada, tous les territoires situés sur la rive gauche du Mississipi, une partie des Antilles, tous les postes français des Indes (sauf cinq comptoirs commerciaux) et, enfin, tous les établissements du Sénégal, deviennent possessions anglaises.
  • En contrepartie, l’Angleterre restitue à la France : Belle-Isle, la Guadeloupe, la Martinique, Marie-Galante, Sainte-Lucie, cinq comptoirs des Indes et Saint-Pierre et Miquelon ainsi que le droit de pêche à Terre-Neuve.

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Quant à l’Autriche, abandonnée par la Russie et par la France, elle s’est aussi résignée à négocier avec la Prusse, son principal adversaire. Le traité signé à Hubertsbourg stipule que la Silésie demeure territoire prussien. C’est là encore une victoire incontestable de l’union anglo-prussienne et c’est surtout une cinglante défaite pour l’impératrice Marie-Thérèse qui avait justement déclaré la guerre pour tenter de reprendre cette province.

Prochain retour de Pitt ? Grave crise politique à Londres

Londres (DNC) — Grande émotion ces jours derniers au Parlement de Londres : l’ancien premier ministre, William Pitt, est revenu devant l’assemblée pour attaquer violemment la politique étrangère de son successeur et dénoncer avec rage les termes du Traité de Paris. Soutenu par des infirmiers, les jambes enveloppées de flanelle, l’ancien chef politique a prononcé pendant trois heures un violent réquisitoire contre ce qu’il appelle la mollesse de son pays envers la France.

Selon Pitt, Londres n’a pas assez profité de sa victoire militaire et s’est montrée trop tendre en rendant à la France certaines colonies. À son avis, l’Angleterre aurait mieux fait de poursuivre la guerre pour ruiner définitivement la France et l’Espagne et s’assurer le monopole mondial du commerce.

Prédisant la domination prochaine de la famille de Brandebourg sur toute l’Europe, Pitt a attaqué férocement la maison royale de Bourbon. On sait maintenant que, si le discours de Pitt fut pathétique et grandiose, il n’en fut pas moins inutile, puisque le traité est signé sans qu’on ait tenu compte de ses protestations.

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Mais William Pitt est à même de constater à quel point il demeure l’idole d’un peuple qu’il a dirigé et mené à la victoire. De telles manifestations de sympathie envers un homme chassé par le roi mettent bien en relief la gravité du problème politique actuel en Angleterre.

Un parlementaire, Wilkes, membre de l’opposition de Sa Majesté a pour sa part critiqué dans une publication qu’il dirige, le « North Britain », le dernier discours du trône. Arrêté sur ordre du roi, Wilkes allègue que son statut de député lui assure l’impunité et que son arrestation porte atteinte à la liberté d’opinion.

Si la crise actuelle ne se résorbe pas rapidement, le roi pourrait bien un jour découvrir brutalement ce qu’il en coûte de violer les libertés traditionnelles de l’Angleterre. De toute façon, la crise politique actuelle est loin d’être réglée et plusieurs observateurs avancent que seul Pitt pourrait revenir prendre en main la situation et rétablir le calme. On peut douter cependant qu’un tel retour s’effectue, car alors ce serait pour le roi un défaite personnelle qui le mènerait directement à l’abdication.

Un nouvel échiquier européen

Les traités de Paris et d’Hubertsbourg qu’on vient de signer permettent de mesurer les résultats immédiats de la guerre en révélant les transformations territoriales. Ils confirment ce que tout le monde savait déjà, que l’Angleterre et la Prusse sont les grands vainqueurs et ils précisent le prix de la défaite pour la France et l’Autriche. Ce genre de document ne saurait cependant rendre compte des conséquences à long terme du conflit qui s’achève, mais il permet à l’observateur de formuler certaines hypothèses dont les prochaines années détermineront la valeur.

Ainsi, on peut déjà prévoir que l’Angleterre deviendra la principale puissance économique européenne, si elle règle rapidement les problèmes politiques internes qui la divisent et, surtout, si elle sait mettre à profit les immenses avantages dont elle dispose maintenant : contrôle des mers, immense empire colonial, démographie en plein essor et industrialisation rapide. Ce développement considérable de la puissance anglaise ne lui permettra pourtant pas de prendre demain la place qu’occupait la France, il y a cinquante ans. Car la guerre n’a pas seulement privé la France de sa puissance au profit de l’Angleterre, elle a aussi transformé l’Europe et modifié d’autant les principes élémentaires de toute hégémonie continentale.

Traité de Paris

Le renversement des alliances en 1756, le brusque revirement de la Russie l’année dernière, de même que le récent coup d’état de Catherine II, l’établissement d’un  » despotisme éclairé  » au Portugal, en Espagne et à des degrés divers dans plusieurs autres pays, les visées annexionistes de la Turquie, de la Russie et des autres états qui s’engageront incessamment dans cette voie, l’autonomisme et le nationalisme croissants de plusieurs petits pays autrefois soumis au Saint-Empire et à diverses autres puissances, voilà autant de signes révélateurs d’une transformation profonde de la vie politique européenne. Et surtout, la spectaculaire apparition de la Prusse au sein des grandes puissances continentales suffirait, à elle seule, à hypothéquer dangereusement les rêves de domination de l’Angleterre.

Jusqu’à maintenant, l’échiquier européen était occupé par deux rois qui disposaient leurs pions au gré de leurs intérêts ou de leur orgueil. Aujourd’hui, le jeu se complique, la partie ne se joue plus à deux mais à trois, quatre et même cinq et l’on peut déjà imaginer les pions d’autrefois s’unissant pour contrecarrer les vues de leurs anciens maîtres. Par leur nombre, leur dynamisme et leur position géographique, les nouvelles puissances ont déplacé vers l’est le centre de gravité de l’Europe; la France et l’Angleterre devront bien en tenir compte.

Paris fête sa défaite

Paris — La signature du Traité de Paris n’a pas provoqué ici la tristesse et la déception qu’on serait en droit d’imaginer. Au contraire. La fin de la guerre a été marquée par des feux
de joie, des fêtes populaires et des manifestations d’enthousiasme qui sont plus souvent le fait des vainqueurs que des vaincus. Cette situation paradoxale s’explique facilement : le peuple français était fatigué d’une guerre à laquelle il ne comprenait pas grand chose et dans son esprit les conséquences de la défaite sont largement compensées par les avantages immédiats d’un retour à la paix. Quelle importance peut bien avoir une vague diminution de prestige international ou la perte de quelques « arpents de neige » dont on n’a jamais très bien compris l’utilité, en regard d’un retour à la liberté, à la prospérité, d’un abaissement prochain des impôts, de la démobilisation militaire, etc….

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Dans les milieux officiels on se sent beaucoup moins satisfait. On digère lentement et difficilement la défaite. Ainsi on commence à s’interroger sur les possibilités d’avenir d’une économie privée de ses principaux réservoirs de matière première. Il apparaît que le duc de Choiseul aurait déjà élaboré un plan de développement économique. Le duc se base donc sur l’utilisation maxima des postes étrangers qui ont survécu au désastre. Il semble bien que la politique extérieure de la France s’orientera pendant une première étape vers une mise en valeur des activités commerciales. On les voit rendues possibles par les comptoirs des Antilles, des Indes, de Madagascar et de la Guyane. A défaut de puissance militaire, la France semble bien résolue à se maintenir au niveau des grands états. Elle le fera en s’appuyant sur une puissance économique qui, seule, lui paraît encore possible.

Résumons les événements en Europe à l’époque

  • 1754 — L’Europe est encore officiellement en paix, mais dans les colonies d’Amérique et des Indes, les Anglais et les Français vivent sur un pied de guerre: au confluent de l’Ohio et de la Monongahéla, un officier français, Jumonville, est abattu par les hommes de George Washington.
  • 1755 — En Europe : sans déclaration de guerre, l’Angleterre attaque la flotte française et capture 300 bâtiments et 7,500 hommes. Aux colonies : l’Acadie est déjà presque complètement aux mains des Anglais qui intensifient les persécutions et les représailles contre la population acadienne.
  • 1756 (janvier) — Traité de Westminster entre l’Angleterre et la Prusse; c’est la première partie d’un renversement complet des anciennes alliances.

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  • (mai) — La France, l’Autriche, la Russie, la Saxe, la Pologne et la Suède s’unissent et achèvent ainsi la transformation des traditionnels réseaux d’alliances.
  • (août) — Début officiel de la guerre européenne : Frédéric de Prusse envahit la Saxe.
  • 1757 — Second traité de Versailles franco-autrichien : La France s’engage à fournir à la coalition 140,000 hommes et 30 millions de livres. Pendant les premiers mois de la guerre, l’Autriche et ses alliés ont l’initiative et font reculer la Prusse et l’Angleterre.
  • 1758 — Les deux blocs ennemis remportent d’importants succès mais la victoire finale reste difficile à prévoir. A la fin de l’année, toutefois, le solde des opérations semble bien favoriser le groupe anglo-prussien. En Europe : l’Angleterre prend le contrôle des mers et s’assure ainsi un immense avantage aux colonies. Aux colonies : prise du fort Duquesne et de Louisbourg par l’Angleterre. Montcalm remporte pour la France une spectaculaire victoire à Carillon. Aux Indes, le succès final demeure difficile à prévoir mais le contrôle des mers par l’Angleterre isole les troupes françaises et leur coupe tout ravitaillement.

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  • 1759 — En Amérique, l’armée anglaise prend Québec alors que Paris est incapable d’envoyer des renforts pour permettre aux Français de sauver ce qui reste de l’empire d’Amérique.
  • 1760 — En Amérique : capitulation de Montréal. La guerre coloniale d’Amérique est pratiquement terminée et elle se solde par une victoire totale de l’Angleterre.
  • 1761 — La France signe avec l’Espagne et les Deux-Siciles un pacte de famille unissant les trois maisons de Bourbon. Devant l’entrée en guerre de l’Espagne, l’Angleterre réplique en occupant la Floride et la Havane, à Cuba. En compensation, Louis XV donne à l’Espagne sa dernière colonie d’Amérique, la Louisiane. Aux Indes, l’armée française dirigée par Lally-Tollendal doit capituler à Pondichéry et permettre ainsi la victoire totale de l’Angleterre sur cet autre empire colonial français.
  • 1762 — Épuisée par une guerre qu’elle ne peut plus gagner, la France entreprend de négocier avec l’Angleterre. En Russie, la tsarine Elisabeth, alliée de l’Autriche, meurt et est remplacée par Pierre III, un partisan de la Prusse.
  • 1763 — L’Autriche maintenant isolée doit accepter de négocier avec ses adversaires : traité de Paris et de Hubertsbourg.
Signature du traité de Paris
Illustration. Vue perspective d’un Feu d’Artifice tiré devant l’Hôtel de Ville pour la Publication de la Paix à Paris. Image créée eb 1763, image du domaine public.

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