Sainte-Monique ou une paroisse disparue

Sainte-Monique, la paroisse morte centenaire. Dernière née, première disparue

Célébrer le centenaire d’une paroisse, c’est un orgueil bien placé, mais c’est aussi l’expression exaltante d’un désir de vivre. Sainte-Monique-des-Deux-Montagnes, malheureusement, ne peut pas célébrer son centenaire de cette façon, elle n’a pas d’avenir pratiquement pus que présent. Seul son passé existe, mais on ne vit pas avec le passé. Il y aura peut-être un jour une autre paroisse Sainte-Monique dans le voisinage de l’aéroport, mais Sainte-Monique ne sera jamais pus Sainte Monique (Hector Biron, curé Stanislas Leroux, maire Sainte-Monique, mai 1970).

Au moment où les 1248 habitants de Sainte-Monique, répartis dans les 290 familles du village et de la campagne, s’apprêtaient à célébrer dans la joie le centenaire de leur paroisse, ils ont plutôt appris qu’ils étaient appelés à quitter les lieux, et même à disparaître.

Ils étaient forcés par le gouvernement fédéral de céder leurs terres et toutes leurs propriétés pour permettre la construction du nouvel aéroport international de Montréal. Une centaie de familles reçurent l’ordre l’ordre de quitter avant le 30 juin 1970. Pour toutes ces familles se fut la consternation. Pour plusierus ce fut le désespoir.

Les rangs se sont vidés, les terres ont été abandonnées, les routes ont été coupées, les familles sont parties, la paroisse s’esr démembrée, le village a considérablement dépéri etfinalement l’église a été fermée en octobre 1999 et a été par la suite transformée en entrepôt et un cadenas fut apposé sur la porte du cimetière.

Trente-cinq ans plus tard, on se rendit compte que les gens de Sainte-Monique avaient été, comme bien d’autres, les victimes innocentes et involontaires d’une terrible escroquerie.

C’est grâce au dévouement et à la clairvoyance du curé Biron que nous ne pourrons oublier Sainte-Monique et ses familles.

En rédigeant l’album souvenir «La paroisse qui meurt centenaire », le curé de Sainte-Monique, l’abbé Hector Biron, laissait à l’histoire un testament collectif qui deviendrait le document indispensable et incontournable ver lequel nous devrions nous tourner pour garder Sainte-Monique en mémoire. C’est ainsi qu’on se rappelle de quelques fragments des cent ans d’histoire de cette paroisse injustement sacrifiée au seuil d’un siècle nouveau.

Un cri du cœur

Quand les autorités religieuses du diocèse ont annoncé la fermeture définitive de la petite église de Sainte-Monique, en octobre 1999, un groupe de paroissiens avait lancé un vibrant cri de désespoir. L’appel des descendants et des héritiers des pionniers fondateurs était rempli d’émotion :

« L’église de Sainte-Monique célébrera sa dernière messe le dimanche 17 octobre prochain (1999). Il s’agit d’une messe qui se veut solennelle. Une messe pour chanter notre tristesse et crier notre espoir. Une messe pour dire aux gens que même si l’église ferme, la communauté, elle, demeure vivante et désire poursuivre sa pastorale. Une messe pour dire aux gens que le cimetière restera toujours là, nos pionniers aussi. Une messe pour se rappeler que Sainte-Monique restera marquée pour l’existence de son église. Une messe pour demander à Dieu de bénir notre paroisse adoptive et de nous aider à passer à travers ce deuil.

Rien de tout cela ne serait arrivé si le nouvel aéroport avaité été conçu avec intelligence. Ne revenons pas sur ce triste dossier. Rappelons-nous simplement quelques moments de l’histoire de Sainte-Monique.

C’est le 10 janvier 1982 que les registres de la paroisse ont pris vie, même si un premier décret d’érection avait été émis par Mgr Bourget le 12 décembre 1870. Le premier acte officiel qu’on y retrouve rappelle le baptême de Marie-Anne Charlbois, qui, chose étrange, était de la paroisse voisine de Sainte-Scholastique. Quelques jours plus tard, le 20 janvier, le curé fondateur Louis-Mélasippe Taillon, âgé de 30 ans seulement, baptisait un premier enfant de Sainte-Monique. Fils de J.B. Gravel et d’Esther Legris, le jeune Zénon Gravel avait pour parrain et marraine Damase paquette et son épouse Caroline Daunais. Le curé Taillon avait un frère, Louis-Olivier, qui fut premier ministre de la province de Québec (1892-1896).

Érigée civilement le 31 janvier 1872, Sainte-Monique était l’une des plus jeunes paroisses du comté. Quelques éminents citoyens y ont fait preuve d’une grande ténacité dans la vie municipale Daniel Duquette fut maire de 1917 à 1937. Le notaire Damase Léonard occupa pendant 50 ans le poste de secrétaire-trésorier, de 1872 à 1922.

La paroisse n’a pas été épargnée par les malheurs. Moins de trente ans après sa fondation, le presbytère était la proie des flammes le 6 janvier 1900. La fête des Rois se transforma en jour de deuil. Nouvellement arrivé dans la paroisse, c’est le curé Joseph-Adélard Lajeunesse qui releva le bâtiment de ses cendres.

Deux autres tragédies enduillèrent la vie des paroissiens : l’incendie de l’église le 2 octobre 1936 et, il faut bien le reconnaître, l’annonce de l’expropriation des terres le 27 mars 1969. À ce propos, c’est aussi à Sainte-Monique, dans le très fertile rang Sainte-Marie, qu’est né celui qui a animé, avec tant de cœur et de sagesse, durant les jours douloureux de l’expropriation, le Centre d’information et d’animation communautaire, M. Jean-Paul Raymond.

(Mirabel en histoires par Gilles Boileau, éditions Septentrion).

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Église de Sainte-Monique. Source de l’image : Site Web de la ville de Mirabel.

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