Histoire du Québec

Responsables de la défaite

Responsabilités des coupables de la défaite de la Nouvelle-France

En Angleterre on se réjouit de la conquête du Canada. Quelques-uns cependant virent dans ces nouvelles acquisitions de territoires un danger pour l’avenir et un inconvénient pour les colonies anciennes, (Extrait d’un articles du “Lloyds Evening Post”, 8 décembre 1762).

L’Angleterre, en effet, ne venait-elle pas de signer les préliminaires de l’Indépendance américaine?

En France, on apprit avec étonnement la capitulation de Montréal. Le ministre fit savoir à M. de Vaudreuil la surprise et le mécontentement du roi en recevant cette nouvelle. Sa Majesté, dit-il, connaissait bien le mauvais état de la colonie par suite du manque de secours; mais après les espérances que le gouverneur avait données, dans ses lettres de juin, de se maintenir encore quelque temps et ses assurances de soutenir l’honneur des armes du roi avant de se rendre, sa Majesté ne s’attendait pas d’apprendre si tôt la reddition de Montréal. Malgré les motifs qui ont pu le déterminer à capituler, le roi n’est pas satisfait des conditions peu honorables auxquelles il s’est soumis, surtout après les représentations qui lui ont été faites par M. de Lévis au nom de tous les corps militaires de la colonie. En lisant le mémoire de ces représentations le roi a reconnu que, malgré le peu d’espérance de succès, le gouverneur était encore en état de tenter une attaque ou une défense, qui aurait pu engager le général anglais à lui accorder une capitulation plus honorable pour les troupes.(Lettre du Président du Conseil de Marine au marquis de Vaudreuil, 5 décembre 1760. — «Rapport concernant les Archives canadiennes,» 1905, vol. I, p. 308).

De Vaudreuil, Bigot et cinquante fonctionnaires et officiers commandants furent mis en accusation pour mauvaise administration ou malversation dans leurs emplois respectifs. Le 10 décembre 1763, une commission royale composée du lieutenant général de police, du lieutenant particulier et des conseillers au châtelet et siège présidial de Paris, prononça jugement en cette affaire. Bigot fut condamné à 1 000 livres d’amendeet 1 500 000 de restitution; Jean-Victor Varin, ci-devant commissaire ordonnateur à Montréal, à 800 000 livres de restitution. (La fortune connue de Varin se chiffrait à 1 320 400 livres. Sa veuve, dame Charlotte Liénard de Beaujeu, prétendit entrer en possession de la moitié de cette somme; ce qui réduisait la restitution à 660 200 livres au lieu de 800 000, dont 500 000 livres avaient déjà été prélevées sur les biens de Varin. Un arrêt de débouté fut rendu en 1774. — Édouard Richard: «Rapport sur les Archives de France,» 1899, p. 185). ) Les deux furent bannis à perpétuité.

Jacques-Michel Bréard, contrôleur de la marine, Joseph Cadet, munitionnaire général, Joachim Pennissault, négociant, François Maurin, tous bannis du royaume pour neuf ans et condamnés à payer chacun 500 000 livres d’amende. Le premier dut restituer 300 000 livres; les trois autres, 6 000 000 chacun. On ignore dans quelle mesure ce jugement fut exécuté.

Parmi les autres accusés, quatorze avaient été fonctionnaires ou commandants dans le district de Montréal. A Jean-Baptiste Martel de Saint-Antoine, ci-devant garde-magasin du roi, il en coûta 6 livres d’amende et 100 000 de restitution; à Jean Corpron, négociant, 6 livres d’aumône et 600 000 de restitution. Nicolas Fayolle fut reconnu innocent et Jean-Pierre La Barthe mis hors de cour. (( La contumace fut déclarée bien et valablement instruite )) contre Dumoulin et Villefranche, gardes-magasins au fort de Chambly; Hautraye, garde-magasin au fort Saint-Jean; Rouville, commandant au fort Chambly; Sacquespée, commandant au fort Saint-Jean. Il fut ordonné plus ample informé avant de prononcer la contumace contre Martel, ordonnateur de la marine, Belleau, garde-magasin à Chambly, Lemoine Despins, négociant, Salvat, commis du munitionnaire, d’Artigny, commandant au poste de Lachine. (« Jugement rendu souverainement par les commissaires du roi,» 10 décembre 1763. — Edouard Richard: « Rapport sur les Archives de France, 1899, p.183).

Dans le cas de M. de Vaudreuil, les commissaires rendirent un verdict de non-lieu. Il est toutefois étonnant que tant de malversations aient pu se produire durant toute son administration, sans qu’il en ait eu connaissance. Averti par le ministre des abus qui se commettaient depuis longtemps/33) il prend quand même la défense de Bigot) au point de se compromettre lui-même. La mémoire de Vaudreuil ne souffre-t-elle pas quelque peu de l’ombre de Bigot et de ses complices? (Lettre de Vaudreuil au Ministre: «tendant à justifier M. Bigot des soupçons que lui attire l’administration des finances de la colonie.» 15 octobre 1759. — Joseph Marmette: «Rapport sur les Archives de France.» 1887 p. CLXXXVIII).

Place d’armes. Photo de Histoire-du-Québec.ca.