Relations commerciales du Canada avec les États-Unis au début du XXe siècle : Le voisin exigeant
À d’autres questions (celle de la Marine et à celle des écoles, par exemple) s’ajoute celle des relations commerciales avec les États-Unis. En 1909, le gouvernement américain avait adopté le tarif Payne-Aldrich en vertu duquel un pays étranger doit accorder aux États-Unis les mêmes réductions douanières qu’il accorde aux autres pays, sous peine de se voir imposer en droit spécial de 25%.
La nouvelle loi doit entrer en vigueur le 31 mars 1910. Une entente intervient « in extremis » entre les deux pays cinq jours avant l’application de la législation. Pourtant, les relations se tendent à la suite de la décision du gouvernement Gouin de la province de Québec d’interdire l’exportation vers les États-Unis du bois de pulpe coupé sur les terres publiques.
*
Au début du mois d’octobre 1910, Laurier reprend les négociations avec le gouvernement voisin pour en arriver à une entente sur la réciprocité commerciale entre les deux pays. Le président William Howard Taft ne venait-il pas de déclarer : « Ces deux pays, se touchant l’un l’autre sur une distance de plus de trois mille milles, ont des intérêts commerciaux en commun. Ils ont donc besoin d’arrangements législatifs et administratifs spéciaux ».
Une entente intervient en janvier 1911. Elle doit être ratifiée par le Parlement du Canada et le Congrès des États-Unis. L’entente proposée, reprend, dans ses grandes lignes, les principaux points de celle intervenue en 1854 : « Réciprocité complète sur les produits naturels de la ferme, comme le blé, les légumes, les animaux de ferme. Un tarif réduit sur les produits agricoles légèrement transformés comme les marinades, les biscuits, etc.
*
Les États-Unis s’engagent aussi à accepter sans frais douaniers le bois de pulpe dès que les provinces lèveront l’embargo sur les exportations de bois coupé sur les terres de la Couronne ».
Le 26 janvier 1911, William Stevens Fielding, ministre fédéral des Finances, soumet à la Chambre des Communes une série de résolutions entérinant l’entente intervenue à Washington. L’opposition des conservateurs et même de certains libéraux est plus forte que prévue. On parle du risque d’un bris de l’union entre le Canada et la Grande-Bretagne. On brandit la menace de l’annexion du Canada aux États-Unis. Ensuite, on démontre que l’industrie canadienne va péricliter. En plus, les ports américains vont devenir les terminus du commerce de la colonie.
Relations commerciales
Clifford Siffon, l’ancien ministre de l’Intérieur et libéral en rupture de banc, lutte contre le projet qu’il considère comme la plus grande menace contre l’unité canadienne :
Elle rapprocherait la Colombie-Britannique de l’Oregon de l’État de Washington et de la Californie. Elle rapprocherait les provinces du Nord-Ouest de leurs voisins du Sud. Cette ententes rapprocherait Le Québec et l’Ontario des États américains limitrophes et les Maritimes, des États de la Nouvelle-Angleterre. À mon avis, ce projet constitue une régression, entraînant la subordination ccommerciale, la destruction de notre idéal national et un abaissement de notre situation enviable en tant que pays de l’avenir au sein de l’Empire.
Laurier, tout au contraire, croit que le projet d’entente va permettre au Canada de se développer plus rapidement. Tout en demeurant en fait une colonie fidèle.
*
« Il pourrait exister un spectacle, plus noble encore que celui d’un continent uni, affirme-t-il le 7 mars. Un spectacle qui étonnerait le monde par sa nouveauté et sa grandeur. Le spectacle de deux peuples vivant côte à côte le long d’une frontière de plus de quatre mille milles. Sans un canon, sans un fusil braqué de part et d’autre. Mais vivant dans l’harmonie, en confiance réciproque et ne connaissant d’autre forme de rivalité qu’une hereuse émulsion dans le domaine du commerce et autres travaux de la paix. S’il en était ainsi, le Canada aura rendu à l’Angleterre, mère de notre pays, voire à tout l’Empire britannique, un service incalculable, quant à la portée actuelle et plus encore quant à ses répercussions.
Les débats s’éternisent. Le 5 mai 1911, Laurier, qui doit se rendre à Londres pour une conférence impériale, suspend les travaux de la Chambre pour une période de deux mois. À son retour, la session reprend, mais tous sentent qu’ils ont abouti à un cul-de-sac. Le premier ministre décide de faire appel au peuple. Le Parlement est donc dessous le 29 juillet et les élections générales sont fixées au 21 septembre 1911.
Extrait de Jacques Lacoursière. Histoire populaire du Québec. 1886 à 1960. Tome 4. Par Jacques Lacoursière. Les Éditions du Septentrion. 1997.
Voir aussi :
