Raid contre Corlar

Le raid contre Corlar – terrible coup de ressac

Le raid contre Corlar. Québec (D’après Monseignat) — Le massacre de Lachine a été brillamment vengé au cours des derniers mois. Personne n’ignore ici que les Anglais furent les instigateurs de la descente des Iroquois. Voulant leur remettre la monnaie, les nôtres ont effectué trois raids contre des villages de la Nouvelle-Angleterre.

Un parti de deux cent dix hommes, sous le commandement du sieur de Sainte-Hélène et du sieur d’Ailleboust de Mantet, partit dans les premiers jours de février de cette année dans l’espérance d’attaquer Orange.

En cours de route, les Sauvages, membres de l’expédition, au nombre de quatre-vingt seize, réussirent à convaincre les Français de la témérité de leur projet.

On marcha pendant une vingtaine de jours, essuyant des peines inconcevables, étant obligés de marcher dans l’eau jusqu’aux genoux et de rompre les glaces avec ses pieds pour trouver quelque chose de solide. À deux lieues de Corlar, le grand Agnier harangua ses hommes les incitant à laver dans le sang les injures reçues par les Anglais.

*

Vers onze heures du soir, le dix-huit février, l’armée arriva en vue de la ville qui était une espèce de carré long où il n’y avait que deux portes. On sépara le groupe en deux et chacun entra par une porte.

Le cri d’attaque se fit à la manière des sauvages et tout le monde le donna en même temps. Le sieur de Mantet se chargea de l’attaque du fort. On y mit le feu et on tua tous ceux qui se défendaient. Pendant ce temps, le saccage de la ville avait commencé. Peu de maisons firent résistance. On passa au fil de l’épée ceux qui avaient l’audace et le courage de résister. Le massacre dura environ deux heures et on occupa le reste de la nuit à poser des corps de garde et à se rafraîchir.

Le sieur de Sainte-Hélène avait donné ordre de sauver la maison du ministre pour le prendre en vie et en savoir des nouvelles. Pourtant, comme on ne le connaissait pas, on la plus épargna que les autres dans la chaleur. Quelqu’un le tua et brûla ses papiers…

*

À la pointe du jour, on passa à l’attaque de la maison du major de la place, le sieur Sander. Ce dernier, après une offre de reddition, mit bas les armes. Pendant ce temps, pour empêcher les Sauvages de prendre de la boisson, on les occupa à brûler les maisons du village. Deux demeures trouvèrent grâce devant les incendiaires: celle de Sander et celle d’une veuve, mère de six enfants, chez laquelle le sieur de Montigny avait été porté, alors qu’il venait d’être blessé. Tout le reste fut consumé.

On laissa la vie à cinquante ou soixante personnes, vieillards, femmes et enfants qui avaient échappé à la première fureur. On épargna aussi une trentaine de Sauvages Iroquois, à qui l’on voulait montrer que c’était aux Anglais, et non à eux, que l’on en voulait.

La perte, tant en maisons, meubles, bestiaux ou grains, monte à plus de quatre cent mille livres. Il y avait dans la ville près de quatre-vingt maisons bien bâties et garnies de toutes choses.

*

Vers le midi, on se remit en marche avec trente prisonniers, du butin et une cinquantaine de chevaux. Le voyage de retour coûta la vie à trente-quatre chevaux qui servirent de nourriture à l’armée.

Le bilan humain de l’expédition assez insignifiant. les Français n’y ont perdu que vingt et un hommes, savoir quatre sauvages et dix-sept Français. De ce nombre seulement un Français et un Sauvage perdirent la vie lors de l’attaque de Corlar. Le voyage de retour fut le plus meurtrier.

Le raid de Corlar a semé une panique considérable dans les environs. On commence maintenant à craindre le Français au même degré que le Sauvage.

Raid contre Corlar
Vues du Québec. Photo de Histoire-du-Quebec.ca.

Voir aussi :

Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.

Laisser un commentaire