Propos de Champlain sur la colonie

La Chambre de Commerce prête l’oreille aux propos de Champlain

Propos de Champlain : Si les autorités avaient donné suite aux demandes de Samuel de Champlain, la prise de Québec par les Kirke en 1629 n’aurait pas eu lieu.

En février 1618, en effet, le fondateur de Québec présentait à la Chambre de Commerce un long mémoire concernant les possibilités de la nouvelle colonie.

Avec un peuplement rationnel et une exploitation bien dirigée, le pays devrait fournir chaque année du matériel pour au delà de cinq millions quatre cent mille livres de revenu. Voilà qui est énorme !

D’après les prévisions de l’explorateur, les pêcheries en seraient la principale source: deux millions de livres. Il y aurait, tout d’abord, la morue sèche ou la morue verte, la sèche pour l’Espagne et la verte ou fraîche, pour la France. Le saumon, l’esturgeon, l’anguille et le hareng rapporteraient, au bas mot, trois cent mille livres.

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Et tout cela sans compter l’huile de baleine, ses barbes et les dents de vache marine (sept cent mille livres).

Un autre item important serait sans doute le bois pour la construction des navires, des maisons et des ameublements. Certaines espèces donnent une gomme dont l’odeur tire à l’encens.

La culture du sol produirait en abondance les blés, le maïs, les fèves, les pois et le chanvre. Certaines racines contiennent un colorant dont la couleur rappelle celle de la cochenille.

Du chanvre on pourrait tisser de la toile, du câble, des cordages et des agrès (onze cent mille livres). Le sous-sol du Nouveau-Monde semble des plus riches en minerais. Le fer y rend à 45%, le plomb à 30%, le cuivre à 18%. Il y a aussi de nombreux dépôts de pierre: marbre, jaspe, albâtre, porphyre.

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Le mémoire de Champlain parlait aussi de la culture de la vigne, de l’élevage des bestiaux et des cuirs qu’on pouvait en tirer.

Les membres de la Chambre de Commerce semblaient avoir écouté la requête de Champlain avec beaucoup d’attention puisqu’ils envoyèrent au roi une supplique en faveur du requérant. Pour réaliser les prévisions, ils jugèrent bon de recommander au roi de bailler à Champlain les fonds nécessaires pour transporter trois cents familles par an en Nouvelle-France. Chacune de ces familles devrait se composer d’au moins trois membres.

Le roi devrait aussi leur fournir des bestiaux et outils nécessaires tant pour le labourage que pour la culture du sol. Il ne faudrait pas, non plus, négliger l’exercice des arts et métiers nécessaires à toute colonie. Un envoi unique de trois cents soldats suffirait à pacifier pour longtemps les tribus hostiles aux Français. Ces sages recommandations n’eurent pas de suite. Champlain n’accuse pas la Chambre de Commerce, mais, ce qui est sûr, ses demandes ne furent jamais comblées.

Si on s’était réellement intéressé à la Nouvelle-France, elle compterait présentement au moins dix mille habitants. Et les Kirke n’auraient jamais été capables de les déloger de Québec…

Voir aussi :

Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.

lettre parlementaire
Terrasse Dufferin sur laquelle on peut voir les ruines du fort Saint-Louis et le monument de Samuel de Champlain. Photo de Megan Jorgensen.

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