Les premières religieuses missionnaires du monde
(Québec) — Pour la première fois, dans l’histoire du monde, six religieuses ont quitté leur cloître pour venir en pays de mission.
La Nouvelle-France a accueilli avec joie ces pionnières de l’évangélisation, le 1er août 1639. Les trois Ursulines et les trois Hospitalières ont supporté assez bien les inconvénients et les dangers d’une navigation de trois mois à bord du Saint-Joseph, frété spécialement par madame de La Peltrie, protectrice des Ursulines.
Nous avons obtenu de la bouche même de la supérieure des Ursulines, quelques détails sur ce premier voyage en mer. Mère de l’Incarnation a accueilli notre reporter avec amabilité. Elle a d’abord rendu hommage à l’armateur du navire qui avait mis à leur disposition la chambre même de l’amiral :
« Nous avions une belle chambre, car encore que Madame notre fondatrice eût frété un navire, néanmoins, pour plus grande sûreté, Messieurs de la Compagnie nous mirent dans l’amiral. Cette chambre était si grande que nous y faisions l’office en chœurs, les Hospitalières d’un côté et nous de l’autre. Nous y couchions et y prenions des repas. Elle fermait comme une salle; il y avait de belles fenêtres qui nous donnaient de l’air. Nous étions onze personnes logées à l’aise. Notre voyage dura trois mois. Notre Seigneur nous fit la grâce d’entendre la sainte Messe et d’y communier tous les jours, excepté treize jours que les tempêtes agitèrent trop violemment le vaisseau ».
*
Malgré ces avantages exceptionnels, la traversée fut très pénible, surtout pour Mère Marie de l’Incarnation: « Quoique nous fussions bien logées et soignées autant qu’il se put, et dans un très beau navire, néanmoins il y a tant à souffrir pour les personnes de notre sexe et condition qu’il le faudrait expérimenter pour le croire. Pour mon particulier, j’y pensai mourir de soif; les eaux douces s’étaient gâtées dès la rade, et mon estomac ne pouvant porter les boissons fortes cela me faisait un mal qui me travaillait beaucoup. Je ne dormis presque point de toute la traversée. J’y pâtissais un mal de tête si extrême que, sans mourir, il ne se pouvait davantage ».
Illustration : Mère Marie de l’Incarnation. Sculpture de Bourgault. Couvent des Ursulines, Québec. Photo de la BANQ.

Voir aussi :
Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.