Histoire du Québec

Plan général de Montréal

Plan général de la ville de Montréal

La ville de Montréal, en 1725, avait pris son essor vers le progrès, la prospérité. Elle était solidement établie dans ses institutions essentielles: maisons de commerce, petites industries domestiques, corporations de métiers, centres d’aboutissement du commerce des échanges de fourrures dans les postes militaires du haut pays, établissements religieux de toutes sortes, fonctionnaires civils de tous rangs et troupes permanentes de
garnison.

Bâtie en bordure du fleuve, elle s’étendait du couvent des Récollets à la citadelle en construction (rues Notre-Dame et Berri), gagnant en profondeur jusqu’au sommet du coteau que longe la rue Notre-Dame. Des murailles en voie d’érection entourent déjà son territoire et lui donnent la forme d’un quadrilatère allongé, percé de plusieurs portes, qui s’ouvrent sur les faubourgs des Récollets, de Saint-Laurent et de Québec.

La basse-ville, construite dans l’axe de la rue Saint-Paul, est surtout commerciale, avec quelques emplacements de résidences privées ou de fonctionnaires et des établissements religieux. À l’extrémité sud-est, c’est d’abord l’Hôpital Général, vaste construction à trois étages, en pierre, qui abrite plusieurs oeuvres de bienfaisance: soin des malades, refuge des invalides, écoles d’enseignement et d’apprentissage; tout cela, il est vrai, à l’état de langueur dépérissante. Sur la pointe, au nord de l’Hôpital, le château de Callières avait remplacé le fort de Ville-Marie, démoli en 1672.

Presque en face, au nord-ouest, se trouve la Place du marché, étalant en permanence les instruments de la haute justice: carcan, pilori, cheval-de-bois, potence. De l’autre côté de la rue Saint-Paul, le château de Maisonneuve, de 70 pieds de façade, fut longtemps habité par les “Messieurs de Montréal”. Il fut détruit par l’incendie en 1852.

La rue Saint-Joseph (S.-Sulpice) qui monte franc-ouest le coteau jusqu’à la Place d’Armes, a vu naître les Machabées de la Nouvelle-France: les Le Moynes de Longueuil, d’Iberville, de Bienville, de Sainte-Hélène, de Maricourt. Le grand négociant du temps Jacques Le Ber, le procureur fiscal Jean Gervaise, Bénigne Basset, le prototype des tabellions, habitèrent aussi sur cette rue.

Reprenant la rue Saint-Paul, à deux cents pieds du château des seigneurs, on voit le troisième Hôtel-Dieu que l’on vient de reconstruire et le lavoir de l’hôpital, du côté du bord de l’eau. S’offrent ensuite aux regards deux rangées de maisons commerciales, de boutiques, de résidences de particuliers et de fonctionnaires jusqu’au château de Vaudreuil, au bas de la Place Jacques-Cartier; puis apparaît le palais de l’intendance, où sont les bureaux de l’administration. La chapelle de Bonsecours de 40 x 75 pieds, flanquée de petites boutiques, en bordure de la rue Saint-Victor, est d’un pittoresque charmant dans ce milieu bruyant des affaires. À quelques pas plus loin sont en effet les magasins du roi, où règne toujours la plus grande activité. C’est le centre du commerce extérieur de la colonie, où coureurs de bois et concessionnaires de congés de traite viennent porter leurs ballots de fourrures, et s’approvisionner de marchandises européennes. Tout cela constitue le vieux Montréal de l’époque. (Voir plan du Vieux Montréal à la fin du volume. — Reproduction d’un plan, collationné à l’original à Paris par M. Ch. Baudouin et conservé aux « Archives du Canada ». Reproduction autorisée par M. Arthur G. Doughty, conservateur des Archives à Ottawa).

La partie nouvelle, qui forme la haute-ville, est toute entière construite sur le sommet du coteau, rue Notre-Dame, parallèlement à l’ancienne. Du nord au sud s’échelonnent les casernes et citadelle, le château de Ramezay, avec ses voûtes massives de l’entresol (1705), la maison et l’église des Jésuites (1692-1721), l’établissement des Soeurs de la Congrégation, la chapelle de Notre-Dame de Pitié (1693), la chapelle des Victoires (1718), l’église paroissiale, le vieux Séminaire (1685), la maison du tribunal et le couvent des Récollets ( 1694), enfin la chapelle Ste-Anne, à l’extrémité sud-est de la
ville.

Villes canadiennes, rue St-Jean-Baptiste
Rue St-Jean-Baptiste. Photo de Megan Jorgensen.