Le Pélican victorieux

Le Pélican victorieux. Récit du combat du Pélican en 1697

Parmi les engagements maritimes de ces dernières années, l’épisode du Pélican demeure toujours le plus célèbre. Employant la tactique d’Horace, Iberville a réussi à vaincre trois navires anglais.

Un récit exact du combat du Pélican en 1697.

Il y a de ces événements extraordinaires dont la légende s’empare aussitôt au point de les rendre à peine croyables. Le combat que Pierre Le Moyne d’Iberville a livré avec le Pélican, il y a quatre ans, à la Baie d’Hudson, est de ceux-là. Notre reporter (G.F.) a voulu comparer le récit fait par le héros lui-même aux depositions de certains de ses adversaires, tels Morriss et Clarke. Pour une fois, la réalité ne cède en rien à la fiction.

Le 5 novembre 1697, à la pointe du jour, Iberville aperçut trois vaisseaux sous le vent. Il se porta à leur rencontre et reconnut bientôt qu’il s’agissait d’adversaires. « Voyant que c’étaient des Anglais, note Iberville, je me préparai à les combattre et tâcher de les mettre hors d’état d’entrer dans la rivière et de secourir le fort Nelson, » qui est, de nouveau, entre les mains de l’ennemi. Les forces ne sont pas égales. Le Pélican n’a que 44 pièces montées; les trois vaisseaux ennemis peuvent en aligner ensemble 114. Peu importe. Il est « d’une nécessité absolue » d’empêcher les nouveaux venus de prêter main forte au fort qu’on veut reprendre et de se placer sous la protection des batteries de la forteresse. Toute tentative d’approche serait alors bloquée.

*

Iberville se prépare rapidement au combat. A neuf heures et demie, quand il vient en contact avec les Anglais, tout le monde est à son poste. Malgré ses dix-sept ans, Bienville commande la batterie du premier pont, et nous savons comment les canonniers se signalèrent dans l’engagement. Les Anglais, de leur côté, ne se tiennent plus de joie. Enfin, ils se croient en mesure d’écraser leur vieil ennemi. Ils l’attendent en formation de combat, le Hampshire en tête, suivi de très près du Dering et du Hudson Bay.

L’engagement commence. Avec impétuosité, le Pélican court tout droit sur le Hampshire qui évite l’abordage de justesse, puis, se tourne successivement contre le Dering et le Hudson Bay qu’il canonne durement. Le Hampshire se ressaisit et multiplie les décharges de mousqueterie et d’artillerie. Le combat ne languit pas un instant. Au bout de trois heures et demie, les ennemis comprennent qu’il ne faut pas espérer de capitulation de la part d’Iberville.

Le seul moyen de le vaincre est de le couler. Celui-ci constate bien qu’il ne peut indéfiniment tenir tête à ses trois adversaires et prend lui aussi le parti de couler son plus puissant ennemi.

Le Pélican

Avant de porter le coup décisif, les deux capitaines rivalisent de fierté dans leurs défis. L’un des témoins anglais, entièrement digne de foi, raconte : « Le capitaine Fletcher, commandant du Hampshire, était un brave; avant de lâcher sa dernière bordée, il appela ledit M. d’Iberville lui demandant d’abaisser pavillon et celui-ci refusant, le capitaine Fletcher prit un verre et but à la santé de son adversaire en disant qu’il dînerait immédiatement avec lui; là dessus ledit capitaine français but aussi un verre à la santé de son adversaire… » Le combat reprit aussitôt avec acharnement. Les adversaires se saluèrent d’abord d’une décharge de petits plombs, qui, rapporte-t-on, blessèrent gravement le capitaine anglais. Le Hampshire lança une bordée destinée à percer la ligne de flottaison du vaisseau français. Les boulets portèrent dans la mâture. Ceux d’Iberville frappèrent plus juste. Après les avoir reçus, le Hampshire fit soudainement demi-tour et sombra.

Dès lors, la victoire était au Pélican. Le Hudson Bay se rendit sans plus de résistance, tandis que le Dering lâcha sa dernière bordée, vira lof pour lof et s’enfuit à toutes voiles. Iberville eut beau se lancer à sa poursuite, son vaisseau était trop avarié pour une telle chasse et il avait à s’occuper du vaisseau capturé.

Iberville terminait ainsi le récit fait à Pontchartrain peu après. « Dieu merci ! dans le combat, écrit-il, je n’ai eu personne de tué, seulement dix-sept blessés, tout l’équipage y a parfaitement bien fait son devoir, surtout les officiers, qui y ont tous fait, chacun dans leur poste, ce que de braves gens expérimentés y pouvaient faire. Ils espèrent, Monseigneur, que vous serez content de leurs actions et que vous voudrez bien vous souvenir d’eux pour leur avancement, et moi pareillement ».

Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.

Pour en apprendre plus :

Illustration : Image tirée de «L’Histoire de l’Amérique septentrionale» par Claude-Charles Bacqueville de la Potherie, 1722. Le naufrage du Pélican dans la baie d’Hudson en 1697.
Illustration : Image tirée de «L’Histoire de l’Amérique septentrionale» par Claude-Charles Bacqueville de la Potherie, 1722. Le naufrage du Pélican dans la baie d’Hudson en 1697.

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