Histoire de la pêche au marsouin dans la Côte-du-Sud
Au début du dix-huitième siècle et pendant un bon moment, on a cru que la pêche au marsouin, pratiquée principalement dans la partie orientale de la Côte-du-Sud, allait devenir un type de pêche commerciale importante. Les produits tirés de ce mammifère marin, soit la peau, mais surtout l’huile provenant de la fonte de la graisse de l’animal, paraissent pouvoir être facilement écoulés, à des prix intéressants, sur les marchés de la colonie et de la métropole.
Ces perspectives amènent les intendants de la Nouvelle-France à accorde un monopole (un privilège) à des entrepreneurs pour la pêche au marsouin dans le fleuve Saint-Laurent. D’abord consenti en 1701, puis en 1705 et 1720, le monopole des entrepreneurs se heurte bientôt à la volonté des habitants de la Rivière-Ouelle, principale zone de pêche, de faire prévaloir leur droit de pêche au-devant de leurs terres.
*
Dans leurs décisions sur cette question, les autorités coloniales reconnaissent effectivement la primauté du droit de pêche des habitants. En affaiblissement ainsi le monopole et en favorisant la décentralisation de la pêche au marsouin, les gouvernements cherchent, d’abord et avant tout, à multiplier les pêches afin d’augmenter le produit de celle-ci. Cette orientation confirmée provisoirement en 1710 puis de manière définitive en 1720, ne donne pas les résultats escomptés.
Une production variable
Depuis ses débuts, en effet, la pêche au marsouin a connu une production assez régulière, les mauvaises années l’emportant sur les bonnes.
Après 1720, la faillite apparaît au grand jour. Dans un premier temps, l’extension de la possibilité de tendre les pêches conjuguée à une période de prix élevée pour les huiles du marsouin entraîne la multiplication du nombre de pêches dans la région même de la Rivière-Ouelle et un peu partout dans l’estuaire du Saint-Laurent, de l’île Verte jusqu’à l’île d’Orléans. Mais cet engouement ne dure pas. On réalise en effet que le marsouin, effrayé par toute cette activité, préfère demeurer au large, loin des installations de pêche. De toute évidence, la pêche au marsouin n’est pas à mes yeux de remplir les espérances qu’on avait placé en elle. C’est pourquoi elle devient une pêche dite « casuelle » après 1730.
À partir de ce moment, il est généralement admis que la nature même de l’animal ne peut garantir un nombre élevé de captures chaque année. Sur les sites naturels de fréquentation, comme à la pointe nord-est de la Rivière-Ouelle, la pêche au marsouin va se poursuivre jusqu’au 20e siècle. Pourtant sans jamais représenter un secteur dominant de l’économie régionale.
*
En effet, après l’échec de la pêche au marsouin, la pêche en général sur la Côte-du-Sud ne conserve plus qu’un rôle d’activité d’appoint pour la population de littoral. Un document de 1772 permet d’apprécier ce phénomène. Parmi les paroisses riveraines, seules Saint-Michel et Cap-Saint-Ignace ne comptent pas de pêches sur la grève. Partout ailleurs, on continue de prendre de l’anguille, du saumon, de l’alose et de petits poissons. Le marsouin, le hareng et la sardine s’ajoutent en aval de La Pocatière.
Au devant de cette seigneurie, il y aurait autant de pêches à petite poisson qu’il y a d’habitants le long de la rivière. Pourtant bien qu’omniprésente, la pêche littorale n’apparaît pas pratiquée de manière continuelle intensive comme en témoignent l’imprécision numérique du document et cette mention relative à Berthier où « chaque habitant tend à sa volonté des pêches à anguilles et autres poissons, mais il y en cela rien de stable.
Source du texte :Histoire de la Côte-du-Sud. Sous la direction de Alain Laberge. Martine Côte, Diane Saint-Pierre, Jacques Saint-Pierre, Yves Hebert. 1993. Extrait.
