Nos lecteurs nous écrivent

Nos lecteurs nous écrivent, lettres de l’an 1953

Quelques lettres fort intéressantes, envoyées par des lecteurs au Petit Journal, une publication hebdomadaire de Montréal, et publiées le 18 octobre 1953. Ces lettres témoignent des mœurs de l’époque :

Un musée intéressant

Il faisait tellement beau, l’un de ces récents samedis, que j’ai poussé une pointe jusqu’à l’île Perrot, en auto, avec toute ma famille. Et j’ai eu l’agréable surprise de visiter le musée historique que l’on vient d’inaugurer dans ce patelin. J’avais lu un reportage à son sujet, dans les journaux, mais visiter à loisir ce musée à été pour moi une révélation. On ne saurait trop féliciter les réalisateurs de ce projet, car ils donnent là un magnifique exemple qui devrait être imité par une foule de nos vieilles paroisses.

Au Canada, on ne se soucie pas assez d’histoire, notamment de petite histoire. Et le temps passe, et nous sommes en train de laisser disparaitre une foule de souvenirs précieux, soit des objets, soit des documents.

Le musée de l’Île Perrot est à ses débuts seulement, et déjà on y peut voir des centaines de spécimens intéressants. Pour l’intérêt des visiteurs, on y expose également l’immense maquette du village canadien, complétée par M. Clarence Gagnon, à l’occasion du tricentenaire de Montreal. On y admire aussi une superbe et immense carte détaillée de l’ile Perrot.

Il faudrait assurément des colonnes pour décrire ici la masse d’objets dignes d’intérêt dans ce musée, mais pour piquer la curiosité populaire, qu’on me permette de signaler, par exemple : un fusil à pierre, don de Son Honneur le maire Camillien Houde, une collection de bénitiers anciens, don du colonel Roger Maillet, une collection d’instruments à fabriquer le beurre, don de M. et Mme J.-H. Gest, la guitare avec laquelle Félix Leclerc a gagné le grand prix du Disque en France, une édition originale de « Maria Chapdelaine », un revolver de Louis Riel. Pour ajouter une note gaie à tout cela, disons qu’on voit aussi au musée les premières chaussures portées par notre artiste Juliette Béliveau, alors qu’elle avait un an!

Mme R.B., Cartierville.

Montréal ne doit pas devenir une province !

Dans une de vos récentes éditions. un groupe d’électeurs disait que Montréal était la vache à lait de la province, Ces mes sieurs donnaient comme raison que la métropole payait à la province le tiers des revenus de celle-ci, tout en ne recevant pas le tiers de secours en retour. Là-dessus, concluaient ces électeurs, Montréal devrait se séparer de le province.

Ah! bien, moi je dis: le Québec donne à Ottawa 30 pour cent de l’ensemble des revenus du Canada… et ce 30 pour cent ne nous revient pas en aide sociale, travaux public, etc. Le tiers des revenus que les Montréalais se font arracher par Québec restent tout au moins dans la province, tandis que les 30 p.c. que nous enlève Ottawa ne demeurent pas entièrement au pays.

Ce groupe d’électeurs sait-il qu’Ottawa a donné en pur don à l’Angleterre 2 milliards, 800 millions de dollars en quelques années et que 30 pc. de cet argent venait du Québec ? Selon votre groupe d’électeurs, on ne doit pas aider les Canadiens français de notre province, sous prétexte qu’ils n’habitent pas Montréal, mais on doit aider l’Angleterre.

Chacun son opinion. Mais tons les Montréalais ne sont pas des traitres. Et jamais ils ne consentiront à séparer leur province en deux. Car, en face d’un gouvernement fédéral qui cherche tou jours à gruger peu à peu nos droits garantis par le constitution, une scission semblable signifierait nous affaiblir et disparaître.

G.G., rue Champagneur, Montréal.

Un qui crie à l’injustice

Vous avez lu comme tout le monde que le gouvernement doit augmenter le salaire de MM. les députés à dix mille dollars par année… pour s’asseoir sur des ronds de cuir. Mais, par ailleurs, les vieillards, les aveugles, on leur refuse une petite augmentation à leur pension. Pensez-vous que $50. par mois serait raisonnable, et même pas suffisant ?

Il y en a tant qui n’ont personne pour les assister, même à la maladie ou à la mort. J’espère que M. Louis Saint-Laurent verra cette lettre avant d’aller se promener un peu partout dans le monde pour aller vanter notre prospérité et notre justice sociale.

Lecteur assidu, Montréal.

Ceux qui meurent faute de soins

Je lisais l’article de votre journal, sur le cas de Mme Nazaire Bédard qui, en dépit d’une lettre d’un médecin présentant son cas comme urgent et critique, dut se rendre dans deux hôpitaux de Québec, attendre debout… et mourut avant de donner naissance à son dixième enfant, lequel fut délivré un quart d’heure après la mort de sa maman.

Ce n’est pas la première fois que les hôpitaux agissent de la sorte. Un est mort à la porte d’un hôpital, faute d’argent. Que fait le ministre Martin dans ces cas-là? Lui qui ose prétendre que tout va bien. Et les remèdes, c’est pour les gens riches. Est-ce pareil partout dans le pays? À Québec. c’est horrible. Et il ne faut pas dire un mot, on est considéré alors comme communiste.

M. Marion, Québec.

Géologue dons Longueuil

Notre voisin de Longueuil, auteur de le lettre « Terre à terre », devrait retourner à l’école primaire, car il semble avoir acquis son éducation et son maigre vocabulaire dans la jungle. Qu’il se presse, car il ne reste plus grande place dans les écoles sur la rive sud !

À tout résumer. voilà de la petitesse d’esprit chrétien. Et je crois qu’il n’a jamais eu de misère à se faire un petit « home ».

Sortez donc de votre léthargie et prenez une pelle où un pic pour travailler, plutôt que de vous servir de la plume pour critiquer les gens. Un type de votre trempe détruit en un seul jour la renommée de votre ville soeur, qui est très exemplaire pourtant, sauf quelques exceptions .. . telles que vous.

Un citoyen de Longueuil Annex.

Le policier mérite davantage

Dans la colonne « Nos Lecteurs » un qui signe « Montréalais » se plaint que nos policiers réclament trop de salaire pour leur travail. Il ne faut pas trop blâmer le policier, car cela est visible qu’il n’a pas carte blanche pour faire son ouvrage. Pourquoi la barbotte fonctionne-t-elle toujours? Pourquoi les prostituées sont-elles libres jusqu’à 5 ou 6 heures du matin ? Pourquoi les clubs sont-ils ouverts jusqu’à 7 heures au lieu de 2 heures tel que la loi les oblige ? Est-ce la faute de la police ou des ordres qu’elle reçoit ? Si le policier était libre de faire son travail comme il doit le faire nous n’aurions pas besoin d’enquêtes. La vie d’un policier est toujours en danger et il mérite un salaire pour vivre.

Je demeure un qui aime la justice, Ch. E. Matte, 1035, St. Viateur W.

Qu’est-ce que le charité ?

Que pouvons-nous appeler charité?

Ma femme eat très malade. J’ai téléphoné à une institution. Mais ces bonnes dames vont aux malades à raison de $5. par jour.

Quel ouvrier qui peut payer ça ? Certes pas moi, pas plus que d’autres ouvriers.

À un autre endroit, on ma répondu qu’elles ne chargeaient rien, mais il ne fallait pas. pour cela, que je retire de salaire! Et je suis toujours vis-à-vis de rien. C’est ça la charité? C’est de l’injustice criante !

Lecteur de la rue Sheppard, Montréal.

Clubs et grills ouverts à l’année

Qui sera donc assez fort dans la province pour faire respecter les lois sur la vente des boissons alcooliques ? Et les ligues du Sacré-Cœur, qui avaient fait grand tapage, il y a quelque temps, ont-elles disparu ?

Car tout le monde se rend compte qu’il est possible d’acheter de la boisson jour et nuit sept jours par semaine. Nul ne peut l’ignorer, car les journaux annoncent des représentations dans les clubs pour les dimanches après-midi et soir tout comme la semaine. Et allez dans n’importe quel club à Montréal et dans le province et vous pourrez vous faire servir de la boisson à 3 heures et plus tard le matin en plus de voir un spectacle o 2 heures et même 3 heures dans la plupart des ces.

Et que dire des « slot machines » qui pullulent partout ?

Roger Collin, St-Jérôme, Québec.

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Dollier de Casson
Rue Saint-Jean au cœur du Vieux-Montréal, ville dont le premier plan a été tracé par Dollier de Casson.

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