La musique en Nouvelle-France et ses particularités
Du XVIIe siècle jusqu’à la Conquête de 1759, la musique en Nouvelle-France était bien plus présente et diversifiée qu’on ne l’imagine souvent.
Loin d’être un désert culturel, la colonie résonnait au rythme des besoins de l’Église, des obligations militaires et d’une joie de vivre populaire que le clergé tentait tant bien que mal de canaliser.
En fait, le paysage sonore de l’époque se divisait en trois grands univers :
La musique religieuse : L’appareil sacré.
À l’époque, l’Église catholique utilise la musique comme un puissant outil d’évangélisation et de ferveur spirituelle.
Le plain-chant et le faux-bourdon sont omniprésents aussi : On chante les messes en latin. Dès les premières décennies, les Jésuites intègrent la musique pour attirer les populations autochtones. Le père Louis André raconte en 1671 avoir composé des cantiques spirituels qu’il jouait à la flûte à bec (« flûte douce »). Cela déplaçait les foules.
L’orgue : La Nouvelle-France importe d’Europe des orgues de salon et des orgues d’église. Notons que dès 1657, l’église Notre-Dame de Québec possède son propre organiste.
La musique militaire : Le rythme de la colonie
La Nouvelle-France étant une colonie de garnison, on voit la vie quotidienne à Québec, Trois-Rivières ou Montréal rythmée par les instruments des soldats.
Les fifres et les tambours : Ils dictent le quotidien, annoncent les ordonnances royales dans les rues et mènent les défilés.
La trompette : Utilisée principalement par la marine pour communiquer entre les navires et donner les ordres.
Musique en Nouvelle-France : La musique profane et populaire
Veillées et chansons de marins. C’est ici que bat le cœur de la culture populaire, portée par les colons venus majoritairement des provinces de l’ouest de la France (Normandie, Poitou, Bretagne, Anjou).
Les chansons à répondre : Pratiquées à table ou lors des corvées, ces chansons permettent à tout le monde de chanter sans avoir besoin de partitions. Un soliste lance le couplet, le groupe répond en chœur.
Les voyageurs et canotiers : Pour rythmer les longues journées de pagaie et garder la cadence sur les rivières lors de la traite des fourrures, les voyageurs adaptent le répertoire traditionnel en véritables chants de travail.
La podorythmie (les pieds) : Faute d’instruments dans les coins plus reculés, le rythme est donné par les pieds. C’est l’ancêtre direct de la « tape de pieds » traditionnelle québécoise, souvent combinée à l’utilisation d’osselets (les os) frappés entre les doigts.
Les instruments de la vie quotidienne
La haute société (les gouverneurs, intendants et riches marchands) possède des instruments nobles importés de France. Quant au peuple, il adopte rapidement des outils plus festifs.
La musique de salon et instruments de musique
Luth (joué par Maisonneuve), épinette, clavecin, viole de gambe, flûte à bec. On joue ces instruments lors des réceptions privées chez l’Intendant.
Le violon est aussi assez populaire. Par exemple, on mentionné le violon dès 1645 lors des mariages à Québec. Il y a la guitare baroque, la guimbarde.
Les instruments sont présents lors des événements communautaires, noces, bals clandestins.
La guimbarde est un petit instrument de métal frotté près des lèvres. Elle était extrêmement populaire. En effet, l’inventaire d’un marchand de Québec en 1697 révélait qu’il en avait près de 600 en stock, très prisées pour la traite avec les Autochtones.
Notons finalement que le clergé voyait d’un très mauvais œil les danses et les fêtes (les fameux « bals »). L’Église les considérait comme des occasions de péché. Pourtant, malgré les menaces d’excommunication et les sermons répétés, les colons ont continué à sortir les violons, jetant les bases de ce qui allait devenir la musique traditionnelle d’Amérique française.
