Histoire du Québec

De Charles Martel à Charlemagne

De Charles Martel à Charlemagne

L’alliance du glaive et de la mitre

Charles Martel arrête les Arabes à Poitiers, Pépin le Bref et Charlemagne sauvent la papauté du danger lombard et sont reconnus roi et Empereur par le Pape.

Charles Martel (715 – 751): Charles Martel succède à son père Pépin de Herstal, en tant que Maire du Palais d’Austrasie, en 715. Sa vie sera une suite interrompue d’opérations armées: d’abord en Austrasie même, puis contre les Neustriens, les Saxons, les Frisons, la Bourgogne, le duc d’Aquitaine, la Provence, les Arabes, les villes du Rhône et du Languedoc, parfois alliées aux Arabes. Mais il suffira que son armée se retire pour que ceux qu’il a soumis remettent en cause leur sujétion. Cela provoquera de nouvelles campagnes, qui seront l’occasion de piller et de revenir chargé de butin et de gloire.

Auréolé de son prestige militaire, et de sa victoire sur les Arabes, Charles Martel fait office de souverain, à la place du roi Thierry IV (721-737). Il organise même le partage du royaume entre ses propres fils Pépin le Bref et Carloman. Mais ceux-ci doivent mater une révolte presque générale qui éclate après la mort de Charles Martel (741). Ils sont amenés à susciter un nouveau et dernier roi mérovingien, Childeric III (743-751).

 Pépin le Bref (751-768)

Mais Pépin le Bref, seul Maire du Palais après le retrait dans un couvent de son frère Carloman, obtient la permission du pape Zaccharie de déposer Childéric, qui sera enfermé dans un monastère (751). La même année, il se fait élire roi des Francs par une assemblée de grands du royaume réunis à Soissons et se fait oindre d’huile sainte par saint Boniface puis par le Pape. Ce geste nouveau devait permettre d’établir de meilleurs relations entre le roi et l’Église après que Charles Martel eut confisqué les revenus du clergé, afin de financer ses campagnes militaires : mais n’était-ce pas pour combattre les ennemies de la chrétienté? Avant lui, d’ailleurs, les rois mérovingiens étaient allés beaucoup plus loin, en confisquant des terres de l’Église pour les distribuer à leurs soldats.

Pépin continue la politique d’unification et d’extension du royaume franc : de 752 à 759, il conquiert le Languedoc; de 760 à 768 il combat en Aquitaine qu’il finit par soumettre à son autorité.

Poitiers (732)

Après la conquête de l’Espagne par les musulmans (Tarik, 511), les troupes d’Abd et Rahman passent en Aquitaine en 732 ou 733 et le Duc Eudes fait appel à Charles Martel (qui convoitait cette région). Il bat les Arabes près de Poitiers, mais les survivants occupent le Languedoc. Charles Martel, après avoir obtenu la soumission d’Eudes, mène une autre expédition sans succès (échec du siège de Narbonne tenue par les Arabes). La bataille de Poitiers a cependant donné un coup d’arrêt à l’expansion musulmane vers le Nord. Elle a pour l’Occident chrétien une importance considérable, bien qu’elle ne représente qu’un épisode de la vie guerrière de Charles Martel.

Charlemagne (771 – 814)

La mort de Pépin le Bref, en 768, provoque une nouvelle difficulté, ses deux fils Charlemagne et Carloman se partageant le royaume. La mort de Carloman et la fuite de ses fils, en 771, permettent à Charlemagne d’occuper les territoire de son frère et de rester seul roi des Francs.

Charlemagne affermit d’abord son pouvoir en Aquitaine, et pour ce faire, contrôle l’autre côté des Pyrénées, avec les difficultés que l’on connaît face aux Arabes et aux Vasques qui tuent son « neveu » Roland à Roncevaux (778). Charlemagne établit son fils Louis en Aquitaine, où il place des hommes sûrs à des postes de responsabilité.

Par ailleurs, il combat victorieusement au Nord et à l’Est les Frisons et les Saxons, « évangélisés » d’une façon pour le moins brutale (les vaincus ayant le choix entre avoir la tête coupée ou adopter le Christianisme, opérations effectués parfois conjointement, après avoir séparé les insoumis des nouveaux convertis). Vers le Sud-Est, la victoire contre les Lombards permet de porter les frontières des territoires contrôlés par les Francs, loin derrière les Alpes.

Quand le Pape sacre Charlemagne Empereur d’Occident, à Rome, le jour de Noël de l’an 800, celui-ci règne sur un vaste territoire limité par le Danemark, la Bavière, l’Italie centrale et l’Espagne pyrénéenne. Les problèmes qui vont alors se poser seront ceux de l’organisation et du maintien de l’unité de ce vaste ensemble.

 L’organisation de l’Empire

L’un des aspects principaux du système de gouvernement mis en œuvre par Charlemagne, et qui devait se retourner par la suite contre l’objectif initial, est l’installation de comtés dans toutes les régions de l’Empire. Mais l’éloignement de la personne du roi leur donne une autonomie qui les pousse à penser d’abord à leur intérêt propre. Aussi Charlemagne imagine-t-il d’avoir recours aux fameux « missi dominici » (messagers du maître), allant en général par deux (un clerc et un laïc), qui sillonnent le royaume pour informer des décisions royales et veiller à leur application. Ils sont porteur de « capitulaires » où sont transcrits les règlements édictés par Charlemagne et qui témoignent de l’ampleur de l’action législative entreprise par l’Empereur.

Un troisième élément de la centralisation du pouvoir est constitué par une assemblée annuelle des grands du royaume, qui se réunit au lieu de résidence du roi, lieu changeant suivant les pérégrinations du souverain. Les avis de ces assemblées conduisent souvent à la rédaction d’un capitulaire. Mais les limites de cette organisation sont vite apparues. Elles sont liées à la nature même d’un système reposant sur la fidélité personnelle à un chef conquérant, et au maintien de la tradition qui fait du roi le propriétaire du royaume, et de ses enfants «légitimes » les héritiers d’une partie de celui-ci.

On peut d’ailleurs se demander si l’idée impériale n’est pas essentiellement une invention de l’Église, cherchant à reconstituer un cadre unificateur pour le monde chrétien. On peut citer à ce propos le rôle d’Alcuin, religieux anglais, qui fut en partie à l’origine du couronnement de l’empereur, comme de la politique plus pacifique de Charlemagne après 800 et du développement des écoles (il dirigea lui-même celles d’Aix-la-Chapelle et de Tours).

En fait Charlemagne lui-même a, de son vivant, préparé la dislocation territoriale, en réservant à chacun de ses trois fils une partie de l’Empire.

Les comtes

Personnes de confiance, grands aristocrates ou guerriers confirmés, Austrasiens pour la plupart, ils sont placés à la tête d’un territoire respectant les solidarités historiques qui le rendent relativement homogène.

Le comte est le représentant du roi, qui vit sur place; il dispose de terres lui appartenant en propre et dont il tire ses revenus, de pouvoirs étendus, en matière de justice et de police.

Révocable par le roi, il doit veiller à faire respecter l’autorité et les décrets royaux et pour cela doit lui-même s’adjoindre le soutien d’un réseau de fidélité parmi les notables locaux.

Charlemagne. Sculpture équestre ancienne. Photo libre de droits.

Charlemagne. Sculpture équestre ancienne. Photo libre de droits.

Le destin de l’Empire

L’éclatement d’un ensemble fragile

Après la mort de Charlemagne, impérial ne résistera pas aux rivalités successorales qui déboucheront sur le partage de 843.

Après la mort des deux fils aînés de Charlemagne en 810 et 811, Louis le Pieux reste seul roi à la mort de l’Empereur en 814. Il affirme, en 817, le principe de l’unité impériale, et désigne son fils Lothaire comme son seul successeur. Cela provoque hostilité et soulèvement, où se mêlent l’avidité des grands en quête d’indépendance, le ressentiment de l’Église, qui réclame de l’Empereur la restitution des terres données en récompense aux alliés fidèles, et surtout les rivalités entre les fils de Louis le Pieux : Lothaire, Charles (le Chauve), Louis (le Germanique), et Pépin. La guerre civile fait rage dès 1830; Lothaire, aidé de Louis le Germanique et Pépin battent Charles le Chauve, révolté; mais Lothaire prend le pouvoir et Louis le Pieux entre en conflit avec son fils : il réussit à l’éloigner, mais de ce fait le projet d’unité impériale est brisé.

Le traité de Verdun

À la mort de Louis le Pieux, en 840, ses trois fils survivants vont à nouveau se déchirer. Lothaire est battu à Fontenoy-en-Puisaye (841) et le Traité de Verdun (843) consacre la division de l’Empire : Charles de Chavue reçoit la partie occidentale, Louis le Germanique le nord-est, et Lothaire la longue bande intermédiaire, allant des Flandres à l’Italie du Nord.

La paix ne va pas revenir pour autant : le fils de Pépin (mort en 838) réclame l’Aquitaine; le partage de la Lotharingie, à la mort de Lothaire en 855, entre ses fils qui meurent sans héritiers, suscite de nouveaux conflits; finalement Charles et Louis se répartissent ces territoires. Les royaumes de France et d’Allemagne, faibles et divisés, étaient nés; mais ils connaîtront durant plus d’un siècle des rois sans pouvoirs réels, à la merci des grands et dont les noms sont bien oubliés (Louis II le Bègue, Louis III, Eudes, Charles le Simple, Robert Ier, Raoul, Louis IV d’Outremer).

L’émiettement territorial

La raison profonde de la décomposition de l’Empire tient à la nature des liens qui unissent le roi et ses sujets, et surtout les plus grands d’entre eux : liens de fidélité personnelle, reposant en fait sur la capacité du premier à enrichir les seconds. Nous avons déjà insisté sur la fonction du roi chef victorieux permettant le pillage et l’expansion territoriale, auxquels Charles Martel, Pépin le Bref et Charlemagne avaient su donner une nouvelle dimension. Or, l’Empire constitué, les conquêtes s’arrêtent (il est difficile d’aller plus loin) et la paix intérieure tend à s’installer. Il faut donc à nouveau acheter la fidélité en distribuant des terres, qui seront la source des revenus permettant aux guerriers de maintenir leur rang et de se procurer les armes, cuirasses et chevaux qui sont les instruments nécessaires et onéreux du noble combattant.

Mais donner des terres aux uns signifie les prendre aux autres dans un monde qui ne s’étend plus. Cela provoque des conflits internes entre ceux qui étaient liés par l’idéal de la conquête. Cela signifie aussi permettre aux plus grands de ne plus avoir besoin de l’ancienne fonction royale. Ils vont maintenant se tourner vers un autre objectif : mettre en valeur leur patrimoine, limiter les droits du souverain mais reproduire à leur profit les liens de fidélité et de soumission personnelle avec les plus petits qu’eux.

En fait, l’aristocratie des grands officiers de la couronne, des anciens grands propriétaires et des chefs militaires ayant reçu des terres, va se fondre dans la classe seigneuriale possédant le sol.

L’épisode impérial et la formation de féodalisme

L’épisode de l’Empire de Charlemagne aura joué un rôle décisif dans la formation de ce qui va devenir la société féodale. Les prérogatives données aux comtes, en tant que représentants de l’Empereur vont bien vite être récupérées par ceux-ci à leurs fins propres; la disparition de l’Empereur et les rivalités entre roi vont permettre aux grands seigneurs locaux de s’approprier les pouvoirs dont ils n’étaient que mandataires : droits de justice, de police, de percevoir les impôts sur la circulation des marchandises, de transmettre à leurs héritiers les territoires qu’ils n’étaient censés qu’administrer.

Les Vikings (ou Normands)

Les successeurs de Charlemagne ont à faire face à un nouveau péril : les invasions des Vikings. Ceux-ci pillent leurs domaines, mais poussent aussi les populations sans défense à rechercher la protection des puissants, souvent en échange de leur liberté.

Si le premier tiers du IXe siècle est marqué par une série d’expéditions courtes et limitées, les choses deviennent plus sérieuses en 843 : une flotte normande remonte la Loire et s’empare de Nantes. La même année, une autre flotte remonte la Garonne jusqu’à Toulouse. En 845, c’est Paris qui est pris, puis Chartres et Beauvais en 858 et 859. De 859 à 862, une flotte considérable double l’Espagne, ravage le Roussillon, remonte le Rhône jusqu’à Valence, pille Nîmes et Arles et la Bretagne sur le chemin du retour.

Si le succès des Vikings s’explique par leur mobilité et leur maîtrise des techniques de navigation, il provient aussi des dissensions entre les rois francs, puis préoccupés de se combattre eux-mêmes que de s’allier durablement contre l’ennemi extérieur. Mais après le temps du pillage, des massacres et destructions, les Vikings finiront par s’intégrer pacifiquement dans le monde franc en raison à la fois du renforcement des moyens de défense des populations locales, du versement des sommes considérables destinées à acheter leur départ ou leur docilité, et de leur fixation sur le continent.

En 911, Charles le Simple reconnaît un état un état de fait en accordant aux Danois de Rollon le droit le droit de s’installer à l’embouchure de la Seine. Rollon, baptisé, devient vassal du roi de France (Traité de Saint-Clair sur Epte). Désormais les derniers pillards seront plus facilement matés.