Manger et boire durant la traversée

Traversée de l’Atlantique : ce qu’on mange et ce qu’on boit à bord

Ceux qui désirent s’embarquer pour les Amériques doivent se plier à un régime alimentaire un peu spécial. Les conditions de conservation des aliments limitent singulièrement le choix des denrées. Rien de périssable ne peut être utilisé sauf dans les premières heures du voyage.

La nourriture de base est le biscuit de marin. Il résiste longtemps à la moisissure et il reste mangeable même lorsqu’il est un peu décomposé et souvent habité par les vers.

On peut établir comme suit les provisions à apporter par un vaisseau transportant une soixantaine de personnes,
équipage et voyageurs compris :

  • 400 barriques d’eau, de vin ou de cidre.
  • 120 barriques de biscuit de marin.
  • 60 barils de lard ou de boeuf salé.

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Pour son périple autour du monde, Magellan avait stocké 21,380 livres de biscuit marin pour 265 hommes d’équipage.
Il faut ajouter à cela une quantité variable de morue et de hareng séché ou salé; du raisin sec, de l’ail, des oignons,
des haricots, des lentilles, du riz, de la farine, de l’huile d’olive, du sel, du poivre, de la moutarde, du vinaigre.

En cours de route, par temps calme, il peut arriver qu’on ajoute au menu un peu de poisson ou quelques oiseaux abattus par chance. Parfois aussi le capitaine loge à bord quelques animaux vivants : porcs, poules, qu’on abattra et mangera selon les besoins.

Si le biscuit de matelot vient à manquer, on peut en fabriquer à bord, en pétrissant de la farine avec de l’eau de mer additionnée d’un quart d’eau douce.

On peut donc affirmer que les voyageurs, s’ils ont bon estomac et ne sont pas trop délicats de bouche, sont assurés
de se rendre à bon port sans risquer de mourir de faim ! C’est déjà quelque chose de rassurant dans les conditions actuelles des traversées.

Ce qu’on boit

De l’eau, évidemment, mais pas de l’eau de mer. Il faut mettre en barrique la quantité d’eau douce à prévoir pour une traversée qui peut durer de un à trois mois.

On a prévu aussi, pour le réconfort de l’équipage, des barriques de vin et de cidre. Ces breuvages se conservent mieux que l’eau.

Les barriques sont mises en perce sous contrôle. Il ne faut pas dépasser les rations prévues, sous peine de disette effroyable.

Des marins ont décrit l’état du breuvage qu’on tire des barriques après quelques semaines de fermentation dans les cales. Dans les deux premières semaines, ça va, mais le liquide se brouille vite.

Il ne faut pas trop regarder ni sentir le breuvage épais et visqueux qui exhale des relents d’oeufs pourris. On ferme les yeux, on pince les narines et on se désaltère, ce qui est l’essentiel. Il ne semble pas que cette eau soit dommageable. Après un mois de fermentation, les débris en décomposition se déposent et l’eau se clarifie.

Une autre fermentation se produira plus tard, après deux ou trois mois. . . puis l’eau se clarifie, devient d’un jaune vif, elle s’est stabilisée et est devenue. . . potable.

Les hommes de la mer ne connaissent pas de pire angoisse que celle de manquer d’eau douce. Ils se sentent heureux d’avoir de l’eau même pourrie, pourvu qu’elle désaltère.

Le vin et le cidre n’apparaissent qu’occasionnellement, quand les officiers et les marins sont à la limite de l’épuisement… ou que les dernières barriques d’eau douce ont été mises en perce.

Du cidre même pour le cochon

La longueur d’une traversée peut bouleverser tous vos calculs. Vous prévoyez des vivres pour deux mois et la traversée en dure trois. Il est facile de prévoir alors au moins une légère disette. Manquer de cidre et boire de l’eau, ça c’est une catastrophe. Mais manquer d’eau et être obligé de boire du cidre, c’est presque une bénédiction. Du moins le principe vaut pour les humains.

Quant aux animaux, il est difficile de connaître leur pensée. Un des participants du troisième voyage de Cartier a pris un vilain plaisir à raconter l’aventure du cidre.

La traversée vers la Nouvelle-France dura plus longtemps que prévu. Comme on prévoyait un établissement en terres nouvelles, on avait apporté toutes sortes s’animaux domestiques, chèvres, porcs et autres. On manqua d’eau pour les abreuver et ces nobles bêtes durent se contenter de cidre.

Notre informateur n’a pas voulu nous donner plus de détails. Et lorsque nous lui avons demandé quelle avait été la réaction des animaux, il s’est contenté d’un bruyant éclat de rire !

Conditions de la traversée. Au XVIIe siècle, les navires qui mènent immigrants à Québec sont habituellement assez petits, pas plus de 50 m
Conditions de la traversée. Au XVIIe siècle, les navires qui mènent immigrants à Québec sont habituellement assez petits, pas plus de 50 m.

Voir aussi :

Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.

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