Histoire du Québec

Littérature en France au XIXe siècle

Vers une nouvelle littérature en France au cours de la seconde moitié du XIXe siècle

La seconde moitié du XIXe siècle est marquée par une diversification de l’inspiration littéraire allant de la description rigoureuse à la pure fiction.

Face aux transformations de la société, certains écrivains se tournent vers l’Histoire, d’autres vers le roman de mœurs, la description d’une région, ou encore vers la fiction pure.

L’intérêt pour l’Histoire

Jules Michelet (1798 – 1874). Il est professeur d’histoire au collège Sainte-Barbe en 1822 et à l’École normale supérieure en 1827. Après un voyage en Italie, il publie une « Histoire romaine » en 1831, puis remplace Guizot à la Sorbonne de 1833 à 1835. À partir de 1833 paraissent les premiers tomes de son « Histoire de France ».

Michelet défend l’idée d’une république populaire et combat l’Église dans son « Histoire de la Révolution française » (1847 – 1853). Déçu par Napoléon III et destitué par lui, il devient plus agressif et partial dans sa condamnation de l’Ancien Régime qui s’exprime dans la suite de son « Histoire de France » (publiée de 1855 à 1867).

Il consacre les dernières années de sa vie à la rédaction d’une « Histoire du XIXe siècle » et meurt très éprouvé par la défaite française et la guerre civile de 1871.

Michelet croit au progrès de l’humanité, dont la révolution de 1789 est pour un moment décisif et que la France doit contribuer à propager.

Ernest Renan (1823 – 1892). Philologue et archéologue, il travaille en particulier sur l’histoire des religions et écrit une « Histoire des origines du christianisme » (1893 – 1881), et une « Histoire du peuple d’Israël » (1887 – 1983). Il publie également de très nombreux ouvrages de philosophie et de morale qui malgré leur dimension critique inspireront les auteurs nationalistes et antisémites des décennies à venir.

Hippolyte Taine (1828 – 1893). Philosophe déterministe, historien et critique littéraire, il collabore à la « Revue des Deux Mondes », publie des « Essaies de critiques et d’Histoire » (1858), et « Les origines de la France contemporaine » (1875 – 1893).

Denis Fustel de Coulanges (1830 – 1889). Professeur à la Sorbonne et directeur de l’École normale, il fait progresser la méthode scientifique en histoire : il considère le passé comme le produit d’enchaînements logiques, et publie entre autres, « La Cité antique (1864, « Histoire des Institutions de l’Ancienne France » (1875 – 1891).

Jean-François Champlain ((1790 – 1832), fait figure de précurseur : passionné d’égyptologie, il étudie les langues orientales et y trouve la clé du déchiffrage des hiéroglyphes (1822). Conservateur du département égyptien du Louvre en 1826, il part pour l’Égypte en 1828 où il peut étudier les inscriptions se trouvant sur les divers monuments.

Le roman des mœurs

Emile Zola (1840 – 1902). Il collabore à divers journaux en tant que critique littéraire et critique d’art. Il rejoint bientôt le courant « réaliste »avec son premier roman important : « Thérèse Raquin » (1867).

Il se consacre alors à la série romanesque des « Rougon-Macquart » se voulant « l’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire ». Cette série comprend 19 volumes, dont « La Fortune des Rougon » (1871), « L’assommoir » (1877), « Nana » (1880, « Au bonheur des dames » (1883), « Germinal » (1885), « La Bête humaine » (1890)… Il s’agit en fait d’un essai de psychologie sociale, où sont décrits des types humains (bourgeois, paysans, ecclésiastiques, ouvriers, cheminots) considérés comme déterminés par leur appartenance à un milieu particulier.

Chef de file des écrivains de l’École naturaliste, Zola veut aussi appliquer en littérature la méthode expérimentale des biologistes comme Claude Bernard; ici l’expérience scientifique est constituée par l’analyse du déterminisme social qui explique le comportement de ses personnages.

En 1898, son évolution vers le socialisme et sa soif de justice l’amènent à défendre Dreyfus dans le célèbre « J’accuse » publié dans l.Aurore. Condamné à un an de prison, Zola part pour l’Angleterre (1898 – 1899) puis écrit une nouvelle série (Les Quatre Evangiles) développant ses idées généreuses.

Il est le premier grand auteur décrivant la misère matérielle et morale de la classe ouvrière et veut faire de son œuvre un instrument de compréhension de la réalité sociale.

Zola a été influencé par l’oeuvre d’Edmond (1822 – 1896) et Jules (1830 – 1870) de Goncourt; indissociables dans leurs écrits, ils travaillent d’abord sur l’histoire du XVIIIe siècle (« Histoire de la société française pendant la Révolution (1854 – 1855), « L’Art français du XVIIIe siècle » (1859), « La femme au XVIIIe siècle » (1862). Puis ils publient une série de romans réalistes, appuyés sur une étude minutieuse des milieux évoqués dans « Renées Mauperin » (1864), ou « Manette Salomon » (1867).

On peut rapprocher de ces deux auteurs les écrits de Jules Renard (1864 – 1910) qui est l’un des fondateurs du « Mercure de France » (1890). Se définissant lui-même comme un « chasseur d’image » il décrit dans des romans et des nouvelles d’un grand réalisme la France de la fin du siècle : « Crime de village » (1888), « Poil de carotte » (1894), « Histoires naturelles » (1896).

Guy de Maupassant (1850 – 1893). Il est l’auteur de près de trois cents nouvelles., décrivant les milieux mondains et paysans, publiées de 1880 à 1891, dont « Boule de Suif (1880), et de quelques romans, dont « Une vie » (1883), « Bel Ami » (1885). Profondément angoissé, il perd la raison en 1891.

La satire et le vaudeville

Auteur des « Gaietés de l’escadron » (1886), de « Messieurs les ronds-de-cuir » (1893), et d’un grand nombre de comédies, Georges Courteline (1858 – 1929) développe le genre nouveau de la satire humoristique de ses contemporains.

Eugène Labiche (1815 – 1888) écrit une centaine de vaudevilles et comédies légères, mélangeant l’humour à la critique de mœurs. Les plus célèbres sont « Embrassons-nous, Folleville » (1850), « Le Voyage de Monsieur Perrichon » (1860), « La Poudre aux yeux » (1861), « La Main leste » (1867).

L’exotisme littéraire

Alphonse Daudet (1840 – 1897). Il annonce des auteurs du XXe siècle comme Giono ou Pagnol. Après avoir écrit quelques poèmes, il se fait surtout connaître par « Le Petit Chose » (1868) et l’évocation de la Provence dans une série de contes (« Les lettres de mon moulin », 1869), et de récits burlesques (« Tartarin de Tarascon », 1872, « Tartarin sur les Alpes », 1885). Il est à l’origine de « L’Arlésienne » de Bizet, écrit encore les «Contes du Lundi » (1873). Mais il laisse aussi des romans réalistes qui décrivent les milieux de l’industrie, de la finance, de la politique, de la religion ou de la littérature (« Le Nabab, 1877, « Sapho », 1884, « L’Immortel », 1888).

Pierre Loti (1850 – 1923). De son vrai nom Julien Viaud, il évoque dans ses romans les divers pays rencontrés à l’occasion de ses nombreux voyages effectués autour du monde en tant qu’officier de marine : La Turquie dans « Aziyadé » (1879), l’Océanie dans « Rarahu » (1880), l’Afrique dans « Le Roman d’un Spahi » (1881), l’Extrême Orient, dans « Madame Chrysanthème » (1887), mais aussi la Bretagne dans « Pêcheur d’Islande » (1886) ou le pays basque avec « Ramuntcho » (1897).

La fiction

On peut l’illustrer avec deux œuvres radicalement différentes : celle d’Anatole France, constituée de romans d’inspiration diverse; celle de Jules Verne, précurseur du roman d’aventure et de science-fiction.

Anatole France (1844 – 1924). D’abord attiré par l’École du Parnasse, publiant des « Poèmes dorés » (1873), il se tourne ensuite vers le roman, avec « Le Crime de Sylvestre Bonnard » (1881), « Thaïs » (1889), « La Tôtisserie de la reine Pédauque » (1892). Puis il vient au roman satirique avec « L’Anneau d’améthyste » (1899) et « M. Bergeret à Paris » (1901), qu’il écrit après s’être engagé auprès d’Émile Zola dans la défense de Dreyfus. Il se rapproche alors de des milieux socialistes, ses idées généreuses apparaissent plus nettement dans ses derniers romans, « L’île des Pingouins » (1908) ou « La Révolte des Anges » (1914).

Jules Verne (1828 – 1905). Il peut être considéré comme le fondateur du roman de science-fiction, avec en particulier « Voyage au centre de la Terre » (1864), « De la Terre à la Lune » (1865), « Vingt mille lieues sous les mers » (1870)… Mais il écrit également diverses pièces de théâtre, et de nombreux romans d’aventure, tels « Les Enfants du Capitaine Grant » (1868), « Le Tour du monde en 80 jours » (1873), « Michel Strogoff » (1876). Tous ces récits où il fait preuve d’une imagination exceptionnelle, et parfois même de sens prophétique, font de lui le maître d’un nouveau genre romanesque.

Charles Péguy (1873 – 1914) occupe une place à part dans l’histoire littéraire du début du siècle. Profondément influencé par le christianisme et les idées socialistes, Charles Péguy défend avec passion le culte de la vérité et de l’authenticité. Il est tué au combat en septembre 1914. Il laisse en particulier « Le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc » (1910), « L’Argent » (1913), ses « Notes sur Bergson » (1914).

Du côté du XXe siècle

Romain Rolland (1866 – 1944), Paul Claudel (1868 – 1955), André Gide (1869 – 1951), Marcel Proust (1871 – 1922), Paul Valéry (1871 – 1945), Jules Romains (1885 – 1972) commencèrent à écrire dès avant 1914; l’essentiel de leur œuvre est cependant postérieur.

Le révolutionnaire et le nationaliste

Tout en défendant des idées révolutionnaires (lui valant plusieurs séjours en prison), Jules Vallès (1832 – 1885) collabore à divers journaux modérés (dont Le Figaro). Il participe activement à la Commune de Paris, crée « Le cri du peuple », puis, condamné à mort, il s’exile à Londres pour ne revenir en France qu’en 1880. Il écrit durant ces années la trilogie autobiographique « L’Enfant », « Le Bachelier » et « L’Insurgé », o il dénonce la misère populaire et l’égoïsme des nantis.

Maurice Barrès (1862 – 1923) d’abord attiré par le groupe du Parnasse, s’affirme comme le représentant littéraire de la droite nationaliste après son engagement dans le camp boulangiste (dont il est député, à Nancy, de 1889 èa 893). Ses idées patriotiques se retrouvent dans « Les Déracinés » (1897), « Du sang, de la volupté et de la mort » (1893 – 1909), « La colline inspirée » (1913).

Un caractère commun à la grande majorité des typographes, c'est l'amour du progrès et des idées nouvelles. (Eugène Boutmy Dictionnaire de l'argot des typographes (1883). Photo de Megan Jorgensen.

Un caractère commun à la grande majorité des typographes, c’est l’amour du progrès et des idées nouvelles. (Eugène Boutmy Dictionnaire de l’argot des typographes (1883). Photo de Megan Jorgensen.