Les Châtiments en Nouvelle-France

LES CHÂTIMENTS AU DÉBUT DE LA COLONIE

Après la mort de Champlain, M. de Châteaufort avait fait afficher à un poteau, devant l’église, le 29 décembre 1635, des défenses, sous certaines peines, de blasphémer, de s’enivrer, et de manquer volontairement d’assister à la sainte messe et au service divin les jours de dimanches et de fêtes. On attacha même un carcan à ce poteau, et on plaça tout auprès un cheval de bois pour y exposer les coupables, afin de contenir les autres dans le devoir par la crainte et l’infamie. Et comme les meilleures lois ne servent de rien si on ne les fait observer, nous voyons que le 6 janvier 1636G on mit sur le cheval de bois un homme convaincu d’ivrognerie et de blasphème.

(Histoire de la colonie française, l’Abbé E.-M. Faillon).

UNE EXÉCUTION CAPITALE D’UN GENRE UNIQUE

En 1663 : « Sur ce qu’il a été remontré par le procureur général du Roi, quand le navire commandé par le capitaine Guillon, il y a quatorze hommes accusés de crime desquels il est besoin d’instruire le procès, le Conseil supérieur pour cet effet a commis le sieur de Villeray de travailler incessamment à l’information et interrogatoire d’iceux, pour ce fait et rapporté au Conseil être ordonné ce que de raison ».

Deux jours après M. de Villeray lit rapport que les prisonniers étaient accusés d’avoir assassiné le commandant au fort de Plaisance, à Terreneuve, son frère et l’aumônier, et plusieurs autres personnes. Ordre fut donné en conséquence de remettre les prisonniers dans les prisons royales pour que procès leur fut fait en bonne et due forme.

Mais Gargot, commandant supérieur du capitaine Guillon était un vieux loup de mer qui n’entendait point badinage avec la justice.

Après avoir averti le gouverneur qu’il détenait les prisonniers à son bord, Gargot se ravisa sur le mode du procès qu’ils devaient subir. Il assembla un conseil de guerre composé des officiers de ses deux vaisseaux et procéda selon les formalités expeditives de la justice maritime.

Un des scélérats, convaincu d’avoir tué l’aumônier de Plaisance, fut condamné à avoir le poing coupé, puis à être pendu et brûlé. L’un de ses complices devait lui servir de bourreau.

Ce n’était point tout de prononcer la sentence, il fallait l’exécuter, et il n’y avait guère moyen de descendre à terre sans être arrêté par les gardes du gouvernement. « Afin de ne pas choquer la juridiction de Québec », Gargot fit dresser un grand radeau au milieu du fleuve Saint-Laurent, et l’exécution fut faite à la vue de toute la capitale, et au grand scandale du gouverneur et des conseillers.

C’est ainsi que Gargot évita les lenteurs du Conseil supérieur et enleva à ce dernier la primeur d’une pendaison.

(L’Ancien Barreau au Canada. J.-Edmond Roy).

PENDU PAR COMPASSION

C’était en 1705. Un soldat avait été condamné à être pendu… Il n’y avait pas d’exécuteur public et l’hiver approchait. « Ce pauvre homme va geler en prison », se disait le geôlier, « et il vaut mieux le pendre tout de suite ». On fit tant et si bien qu’un bourreau compatissant fut trouvé, et le malheureux fut pendu en place publique, afin de le faire échapper aux rigueur du froid.

On ne peut pas être plus humanitaire.

(L’Ancien Barreau au Canada. J.-Edmond Roy).

Les Châtiments en Nouvelle-France
Art de rue. Montréal. Photo d’Histoire-du-Quebec.ca.

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