La destinée de la Corriveau, accusée d’avoir tué son mari

La destinée de la Corriveau, le crime le plus connu de l’histoire du Québec

Sur la Grande Allée, les abords de l’actuel hôtel le Concorde étaient jadis connus sous le nom de « Bout-à-Nepveu ». C’est à cet endroit de la ville de Québec qu’est pendue en 1763 celle que la tradition a appelée « La Corriveau ».

Marie-Josephte Corriveau, de la paroisse Saint-Valier, sur la Côte-du-Sud, a été accusée d’avoir tué son premier mari en lui versant du plomb fondu dans l’oreille pendant son sommeil. Elle aurait brisé la crâne de son second époux en le frappant avec un broc et l’aurait trainé à l’écurie afin de faire croire que les ruades d’un cheval avaient tué l’homme. Tels sont les faits. Mais la légende veut que la Corriveau ait trois ou quatre maris.

Son procès a lieu devant une cour martiale et, le 10 avril 1763, la Corriveau est condamnée pendaison. Son cadavre est placé dans une sinistre cage de fer accroché à un poteau à Saint-Joseph-de-Lévis. La cage sera plus tard acquise par le cirque Barnum qui l’exposera à New York plusieurs années, et elle disparaitra dans un incendie.

La table autour de laquelle les membres de la cour martiale siégeaient est conservée au couvent des Ursulines.

L’ethnologue Luc Lacoursière soulignait que les faits impliquant la Corriveau « se transformèrent en légendes tenaces qui se racontent encore dans tradition orale, et inspirèrent plusieurs contes fantastiques habilement exploités par quelques écrivains ». Mais la cage de la Corriveau a vraiment existé et a été retrouvée vers 1850 dans le cimetière de Lauzon.

Biographie de Marie-Josephte Corriveau

Marie-Josephte Corriveau est née à Saint-Vallier en janvier ou février 1733 au sein d’une famille d’agriculteurs, elle est baptisée le 14 mai 1733. Marie-Josephte épouse à l’âge de 16 ans, le 17 novembre 1749, Charles Bouchard, 23 ans, agriculteur. Le couple a trois enfants, mais Charles est décédé vers la fin d’avril 1760. Marie-Josephte se remarie alors, le 20 juillet 1761, avec un autre cultivateur de Saint-Vallier, nommé Louis Étienne Dodier.

Le matin du 27 janvier 1763, son époux est retrouvé mort dans sa grange, avec des blessures à la tête. Son décès est attribué d’abord à des coups de sabot causés par ses chevaux, mais les rumeurs d’homicide et les soupçons ne tardent pas à se répandre parce que M. Dodier était de son vivant en mauvais termes avec son beau-père et son épouse.

Les autorités lancent une enquête sur la mort de Dodier. À l’issue de cette enquête, s’ouvre à Québec, le 29 mars 1763, le procès de Joseph Corriveau et de sa fille Marie-Josephte, devant un tribunal militaire composé de 12 officiers anglais et présidé par le lieutenant-colonel Roger Morris. Ce procès se conclut, le 9 avril, et condamné à la pendaison, Joseph Corriveau avoue alors n’avoir été que le complice de sa fille. Confrontée aux déclarations de son père lors d’une nouvelle comparution devant la cour martiale, le 15 avril suivant, Marie-Josephte reconnaît avoir tué son époux de deux coups de hachette pendant son sommeil, surtout en raison des mauvais traitements qu’il lui faisait subir. Le tribunal la déclare alors coupable et la condamne à être pendue.

L’exécution eut lieu à Québec, sur les Buttes-à-Nepveu (qui correspond aujourd’hui à la colline parlementaire), le 18 avril7,8. Le corps fut ensuite, conformément à la sentence, exposé « dans les chaînes », c’est-à-dire dans une sorte de cage faite de chaînes et de cercles de fer et suspendu à un gibet dressé à Pointe-Lévy, à l’intersection des chemins de Lauzon et de Bienville (aujourd’hui les rues Saint-Joseph et de l’Entente). Le corps, dans son gibet de fer, est exposé à la vue des passants pendant cinq semaines, au moins jusqu’au 25 mai, date où on procède à l’enterrement du corps de la défunte.

Au Québec, la figure de la Corriveau n’a cessé, depuis, d’inspirer romans, chansons et pièces de théâtre. La tradition orale s’est également perpétuée et est demeurée assez vivace, comme en témoignent les nombreux récits recueillis sur le terrain dans plusieurs régions du Québec.

Reconstruction d’une cage semblable à la celle de la Corriveau, et conservée au musée du Château Ramezay, à Montréal. Photo : © Histoire-du-Quebec.ca.
Reconstruction d’une cage semblable à la celle de la Corriveau, et conservée au musée du Château Ramezay, à Montréal. Photo : © Histoire-du-Quebec.ca.

2 réflexions au sujet de “La destinée de la Corriveau, accusée d’avoir tué son mari”

  1. Bonjour,
    Selon les plus récentes recherches, c’est le père, Joseph, qui a été déclaré coupable, durant le premier procès, du meurtre d’Étienne Dodier. Puis le jour de sa pendaison, le père change de discours et proclame que c’est sa fille, Marie-Josephte, qui a tué son mari, et qu’il n’en était que vaguement complice. Il faut savoir que Marie-Josephte n’a certainement pas tué son premier mari, Charles. Et son second, elle s’en est enfui et s’est réfugiée chez son oncle, un mois avant les faits, pour maltraitances de sa part. Le major britannique James Abercrombie l’a sommé de retourner vivre aux côtés de Dodier, et c’est quelques semaines plus tard qu’il est retrouvé mort. Connu pour ses violences et ses insultes envers Marie-Josephte et son père, des hypothèses sont maintenant évoquées que cette dernière se serait légitimement défendue contre son mari violent. Un lien très direct peut être fait avec les « sorcières » tuées à cette époque qui, très souvent, n’étaient que des femmes indépendantes qui ne supportaient plus les injures et gestes violents de leurs maris.

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