La dernière guerre

La dernière guerre de la Nouvelle-France (1745-1760)

En paix avec ses voisins depuis trente ans le Canada avait pu se développer, prospérer, grandir. Ceci ne veut pas dire que l’empire français d’Amérique était solidement établi.

Non, certes. L’erreur du début n’avait pas été corrigée; et la multitude des petits établissements lointains absorbaient, en les éparpillant sur un territoire trop vaste, une grande partie des forces vives de la colonie française. Les grands centres naturels: Louisbourg, Québec, Montréal — ces deux derniers après plus d’un siècle d’existence — ne comptaient encore que quelques milliers d’habitants. Depuis cent ans, l’arbre français étendait fort loin ses rameaux. Prenait-il racine profonde quelque part?

Guerre de Succession d’Autriche

Étrange destinée des colonies américaines qui doivent se battre parce que l’Autriche est en chicane. La guerre, déclarée en Europe en 1741, prit trois ans à tranverser les mers.

La chute de Louisbourg, en 1745, provoqua en France une forte émotion; et le duc d’Anville fut envoyé avec une flotte nombreuse et 3 000 hommes de troupes pour reprendre la forteresse. Le duc fît naufrage en vue des côtes du Cap-Breton et la majeure partie de ses navires et de ses hommes périrent dans le désastre. Pour coopérer avec l’armée française, Jean-Baptiste de Ramezay, fils de l’ancien gouverneur de Montréal, se rendit en Acadie avec 1 500 hommes des milices canadiennes. Le but de l’expédition par terre était surtout de faire le siège d’Annapolis, autrefois Port-Royal. Le désastre maritime de d’Anville dérangea tous ces plans. L’année suivante une seconde flotte française, commandée par le nouveau gouverneur, le marquis de la Jonquière était prise par l’amiral Anson, (14 mai 1747).

Pendant que les traîtrises de la mer favorisaient si bien l’Angleterre, les quelques troupes françaises en garnison et les milices canadiennes étaient occupées à jeter dans le désarroi et la terreur les colonies voisines.

Montréal — île et environs — comptait alors 4 700 miliciens sur un effectif total de 11 000 pour toute la colonie. Le gouverneur général chargea M. Rigaud de Vaudreuil d’une expédition de secours pour le fort St Fréderic.

Après de grands préparatifs, le départ se fit de Montréal le 3 août 1746. A la tête de 600 ou 700 hommes et de sauvages alliés, de Vaudreuil arriva à St-Fréderic le 13. Partout les Anglais, pris de panique, avaient abandonné les campagnes. De Vaudreuil, de Muy, de Villiers à la tête de détachements pourchassent les Anglais chacun de leur côté. Saratoga est attaqué, le fort de Massachusetts est pris: tout y est abandonné au pillage. On brûle maisons, granges et récoltes. Les sauvages s’attaquent à Corlar, Orange, Deerfield et font de nombreuses déprédations, lèvent plusieurs chevelures (« Journal de campagne de M. Rigaud de Vaudreuil » 20 octobre 1746. Archives de la Marine: a Collection Moreau St-Méry,» vol. Il F, folio 220).

L’année suivante de Vaudreuil avec 780 hommes renouvelle ses exploits dans la Nouvelle-Angleterre; mais apparemment avec moins de succès. Il marche vers Sarrasto mais ne veut pas risquer l’assaut de ce fort trop bien fortifié. ( «Journal de M. Rigaud de Vaudreuil,» 23 juillet 1747. — Archives de la Marine: «Collection Moreau St-Méry,» vol 11. F. folio 268).

Tout ceci avait eu pour résultat d’amener les Iroquois sous les murs de Montréal.

Au début des hostilités, les sauvages de la Nouvelle-Angleterre avaient pris soin de recommander au gouverneur de ne pas ensanglanter leur terre, de ne point renverser les fredoches qui s’étaient élevées dans le chemin entre leur pays et le Canada, parce que cela écraserait leurs cabanes, leur femmes, leurs enfants, et qu’ils ne pourraient s’empêcher de remuer.» (J.-B.-A. Ferland: «Histoire du Canada,» vol. 11, p. 461.262).

Les attaques contre leurs alliés anglais les portèrent à se remuer et le district de Montréal reçut leur visite.

Dans un conseil tenu à Montréal entre le gouverneur, les Iroquois convertis du Saut-Saint-Louis et les sauvages chrétiens du lac des Deux-Montagnes, le 8 mars 1747, on crut prévenir leurs coups en leur déclarant la guerre. Les sauvages prirent quand même les devants; mais apparemment sans beaucoup d’ardeur.

À Châteauguay, les Agniers pillèrent la maison d’un nommé Brindamour, le scalpèrent vivant et tuèrent sa femme sur place. À l’île Perrot, une famille entière fut arrachée de son foyer et amenée captive. À Sainte-Anne du bout de l’Île, les sauvages saccagèrent trois maisons et firent trois femmes prisonnières. Le chevalier de Saint-Luc et M. de Saint-Pierre furent envoyés à la tête d’un détachement de la garnison de Montréal pour capturer les maraudeurs. Ils s’emparèrent de deux canots, montés par des Tsonnontouans et des Onneiouts; mais la plupart échappèrent à la poursuite. Ce fut la fin des hostilités. (J.-B.-A. Ferland: «Histoire du Canada,» vol. 11, p. 486).

Le traité d’Aix-la-Chapelle termina la guerre le 8 octobre 1748. La France recouvra Louisbourg et ses dépendances. À Montréal la paix définitive ne paraît avoir été proclamée qu’en juillet 1749. Elle fut l’occa sion de grandes réjouissances publiques: soldats sous les armes, salves d’artillerie, décharges de mousqueterie, feux d’artifice et illumination de la ville durant toute la nuit. La population entière est dehors et encombre les rues («Voyage de Kalm en Amérique,» p. 48. — Mémoires de la Société Historique de Montréal, 1880).

Dernière Guerre. Photo de Histoire-du-Quebec.ca.
Dernière Guerre. Photo de Histoire-du-Quebec.ca.

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