Instituts et sociétés

Instituts et Sociétés de Montréal au XIXe siècle – Institut canadien

À tous les moyens de se renseigner et de s’instruire à Montréal, dus à l’initiative privée, venaient s’ajouter un nombre d’institutions, où l’enseignement théorique se complétait de la pratique des choses, offrant à tous les avantages et de l’étude et de l’entraînement pour les carrières spécialisées.

L’une des premières de ces institutions d’ordre technique est sans doute le Mechanics Institute, commencé en 1828 pour le bénéfice surtout de la jeunesse anglaise.

Située sur la rue St-Jacques, coin St-Pierre, l’institution occupait une bâtisse construire pour elle, et, durant près d’un siècle, elle forma un grand nombre d’ouvriers, spécialisés dans les arts, manufactures et métiers. La bibliothèque comptait 4,500 volumes de toutes sciences, des journaux et des revues en grand nombre. Avec la « Mercantile Library Association », on peut dire que le « Mechanics Institute », a rendu les plus signalés services aux carrières économiques du commerce, de l’industrie, de la finance.

Dans le domaine strictement scientifique, les Anglais avaient de plus fondé la « Natural History Society », en 1827. D’abord installée dans la petite rue St-Jacques, la Société d’histoire naturelle, se construisit, en 1858, un bel immeuble de 45 pieds de profondeur par 90 pieds de façade au coin des rues Université et Cathcart. On y avait aménagé des salles de lecture et d’études, une bibliothèque et un musée d’histoire naturelle. On y ajouta plus tard des cabinets de minéralogie, de botanique, de zoologie et d’ornithologie. Cette société indépendante exista jusqu’en 1910, alors que ses collections passèrent dans les diverses branches de l’Université McGill.

L’Institut avait connu une certaine renommée. Ainsi en 1857, l’American Association for the Advancement of Science » y tenait un congrès d’études, qui dura huit jours. Les congressistes furent fort impressionnés de la situation et des progrès de notre ville, et déclarèrent que Montréal deviendrait sûrement l’une des plus grandes villes d’Amérique.
Enfin, en 1860, l’évêque anglican F. Fulford, avec l’aide de citoyens riches et amis de l’art, organisait notre première école des arts sous le nom d’Art Association of Montréal. On y enseignait le dessin, la peinture, et l’on exposait les travaux des élèves. Tel fut le commencement du mouvement artistique à Montréal.

D’autres associations techniques ou littéraires s’étaient formées, grâce à l’initiative éclairée et prévoyante de citoyens favorisés de la fortune. Nous en connaissons peu l’histoire, à vrai dire; mais leurs noms en marquent assez le caractère d’ordre économique. Mentionnons particulièrement « The Society of Agriculture », « The Society for the Support of Industry », « The Central Society of Éducation », « The Medical Institute », la « Société d’Horticulture ».

Ces diverses institutions, pour parfaire l’éducation de la jeunesse et développer chez les citoyens le culte de la science et de l’art, étaient dues à l’initiative des Anglais hommes d’affaires; marchands, industriels, financiers, ou hommes d’église.

Dans tous ces organismes préparatoires à la vie économique, quelle part revenait au groupe français, qui formait alors au moins les neuf dixièmes de la population urbaine ? Nous ne connaissons aucune organisation du même genre de caractère français.

On peut dire que le système éducatif anglais, de l’école primaire à l’Université, se complétait de bibliothèques publiques et d’institutions techniques, scientifiques et littéraires depuis longtemps déjà, quand le nôtre date de quelques années à peine.

L’Institut canadien

Les Canadiens de l’époque ont cependant à leur actif la création de l’Institut canadien, fondé en 1844.

C’est l’une des plus sérieuses tentatives de grouper, pour les mettre en valeur, les puissances spirituelles du groupe français.

Après l’échec plus apparent que réel du soulèvement de 1837-38 et les réactions politiques du régime de l’Union, il s’imposait une sorte de refonte des énergies nationales, jetées dans le désarroi par les troubles de naguère et la politique d’étouffement de la pensée française par les classes dirigeantes. L’Institut canadien venait donc à son heure pour continuer le mouvement de résistance à l’absorption et reprendre l’œuvre de renaissance nationale.

L’Institut canadien était un centre d’études, où se donnaient rendez-vous les meilleures têtes de la société française. Dix ans après sa fondation, l’œuvre avait pris une telle expansion que l’on dût construire un édifice de quatre étages pour abriter salles de lecture et de conférences, cabinets d’études et bibliothèque, bien montée en ouvrages de philosophie, de sciences sociales et de littérature. La bâtisse, sise sur la rue Notre-Dame, coûta $22,000. et cette somme fut entièrement souscrite par les membres, tant anglais que français. La bibliothèque comptait 7,500 volumes; la salle de lecture contenait 75 journaux et périodiques français.

À la demande de Napoléon III, le gouvernement de France avait envoyé pour $2,700 de livres et des centaines d’œuvre d’art de toutes sortes.

En 1857, l’Institut comptait 700 membres actifs et l’œuvre paraissait bien lancée, quand la débâcle se produisit en 1869.

L’Institut, qui recevait de France ses livres, ses journaux, ses revues, ne pouvait manquer de verser quelque peu dans les idées du libéralisme français alors si répandu en France. Dorion, Laflamme, Doutre, Fabre, Laberge, Papin entre autres donnaient dans ces idées avancées et devinrent bientôt suspects à l’autorité ecclésiastique.

Il en résulta bientôt une scission entre les membres et une condamnation par l’évêque de Montréal. Ce fut la fin du rêve. La bibliothèque et les archives passèrent à l’Institut Fraser et les membres se dispersèrent. Jamais mouvement intellectuel de cette envergure n’a été repris depuis lors.

Dans le domaine de l’histoire, que Garneau venait de mettre en relief par son classique ouvrage « Histoire du Canada », Jacques Viger, premier maire de la ville et chercheur infatigable, eut l’heureuse inspiration de fonder la Société historique de Montréal en 1858. Très active au début, la Société a publié des mémoires, comprenant surtout des études historiques sur Montréal et le Canada.

Après quelques années d’inertie, elle a repris ses activités depuis 1915 et continue la publication de ses mémoires, formant aujourd’hui douze volumes in-octavo de documentation inédits.

La Société des Antiquaires et Numismates, fondée depuis 1862, a elle aussi publié longtemps une revue d’histoire et de numismatique. Mais depuis quelques années elle se contente de réunions mensuelles, où des travaux sont soumis à l’attention et à la critique des membres. Cette société bilingue a depuis 1929 la garde du vieux Château de Ramezay, dont la collection de monnaies est la plus riche au Canada.

(Camille Bertrand, Histoire de Montréal, 1942).

Escaliers de Montréal. Photo de Histoire-du-Quebec.ca.
Escaliers de Montréal. Photo de Histoire-du-Quebec.ca.

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