L’essor du commerce et de l’industrie du bois
En 1806, le blocus continental de Napoléon prive le Royaume-Uni du bois qu’elle importe du Nord de l’Europe. La métropole se tourne alors vers ses colonies d’Amérique du Nord pour s’approvisionner. Des tarifs préférentiels sont établis pour développer le commerce du bois en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et au Bas-Canada. Les forêts de ces provinces sont riches en pin blanc et en chêne, deux espèces essentielles pour construire les navires marchands et militaires dont le Royaume-Uni à besoin.
L’exploitation des forêts
Pour répondre aux besoins de la métropole, plusieurs riches marchands britanniques décident d’investir des capitaux au Bas-Canada pour y développer une industrie forestière. Le gouvernement colonial leur offre des concessions d’abord près de Québec de Montréal puis en Outaouais, en Mauricie et au Saguenay. Les marchands y installent des chantiers forestières et y construisent des scieries.
La main d’œuvre des chantiers forestiers au Bas-Canada est surtout composée de Canadiens, mais aussi d’immigrants irlandais. Les bûcherons doivent quitter leurs terres et leurs familles de novembre à février, car la coupe du bois s’effectue en hiver.
De mai à septembre, les draveurs et les cageux s’occupent du transport du bois sur les rivières pour approvisionner les scieries, les chantiers maritimes et les ports de Trois-Rivières et de Québec.
L’importance de l’économie du bois au Bas-Canada
Une importante industrie de transformation du bois se développe alors au Bas-Canada. Les scieries et les chantiers maritimes emploient dorénavant une forte main d’œuvre composée de divers artisans, d’équarrisseurs, de scieurs, de charpentiers, de menuisiers et de tonneliers.
Dans les petits scieries, les ouvrières produisent des planches de bois surtout pour les besoins de la colonie. Les grands scieries produisent, quant à elles, de grandes pièces de bois et de douves pour répondre aux besoins des chantiers maritimes de la province et à ceux de la métropole. Des dizaines de chantiers maritimes s’installent le long du fleuve Saint-Laurent.
Dès le début des années 1800, le bois remplace les fourrures comme principal produit d’exportation du Bas-Canada. La ville de Québec, avec son port, ses scieries et ces chantiers maritimes, est au cœur de ce commerce. En 1810, le bois constitue près de 75% des exportations du Bas-Canada. Entre 1800 et 1840, les exportations de bois font augmenter de façon très importante le trafic maritime sur le Saint-Laurent.
Le développement de l’industrie forestière permet à la bourgeoisie d’affaire, en majorité anglophone, d’être de plus en plus influente au Bas-Canada. Entre 1817 et 1818, des marchands britanniques fondent la Banque de Montréal, puis la Banque de Québec, afin de mieux gérer les capitaux en provenance du Royaume-Uni et de financer leurs activités industrielles dans les deux Canadas. La banque de Montréal émet même même son propre papier-monnaie pour faciliter les échanges commerciaux.
Notes
Capitaux : Sommes d’argent employés pour développer une entreprise.
Concession : Territoire cédé à une personne, ou à une entreprise pour en exploiter les ressources.
Draveur : Personne qui guide Les billes de bois sur les cours d’eau.
Cageux : Personne qui conduit une embarcation formée par des billes et de bois reliés les unes aux autres.
Équarisseur : Ouvrier qui taille à la hache une billes de bois pour lui donner une forme carrée.
Tonnelier : Ouvrier qui fabrique des tonneaux.
Douve : Planche de bois longue et courbe utilisée dans la fabrication de tonneaux.

Source du texte : Le Québec en deux temps. Par Virginie Krysztofiak, Paul Ste-Marie, Raymond Duchesne, Geneviève Goulet. Éditions Pearson, 1989.
Voir aussi :
