Identité propre des Canadiens

Le Canada n’est pas un pays sans identité propre

Message du nouvel an du général Vanier

OTTAWA. Dans son message du nouvel an, le gouverneur général du Canada. M. Georges-P. Vanier, invite les Canadiens à entretenir et à respecter l’identité canadienne. « J’entends parfois dire que le Canada est un pays sans personnalité, sans identité propre », écrit le représentant de la reine dans son message. « Chose assez curieuse, c’est une opinion qui a cours uniquement au Canada…

Jamais à l’étranger. J’ai représenté notre pays outre-mer pendant plus de 30 ans et je peux vous assurer qu’il n’existe pas d’identité nationale mieux reconnue, ni mieux respectée, que l’identité canadienne. »

« La réputation que nous avons acquise par notre compréhension sans parti pris est toujours une source de prestige pour ceux qui ont la bonne, fortune de représenter le Canada. Quand on cherche quelqu’un pour faire partie d’un comité international, le Canadien est toujours en demande. Je peux vous affirmer que dans le monde, on est convaincu qu’il existe chez nous une solidarité nationale. En fait, nous possédons une identité qui constitue en quelque sorte un passe-partout. »

M. Vanier ajoute qu’en temps de guerre également le Canada a su s’affirmer et se faire « une réputation enviable parmi les peuples libres ».

« Au cours de deux guerres mondiales, notre pays a réussi à mobiliser un million et demi d’hommes et de femmes. Si vous voulez mettre en doute l’identité canadienne, venez avec moi a Ypres. à Courcelette, à Passchendaele, à Dieppe, à Ortona et à tant d’autres champs de bataille. Cent dix mille des nôtres y ont donné leur vie pour défendre la liberté et les droits de l’homme. Croyez-vous qu’ils auraient con­ senti à faire le suprême sacrifice s’ils n’avaient été qu’un groupe anonyme d’individus sans nationalité? »

L’unité, voilà ce qui importe

« Je répète que l’identité canadienne existe. Nous devons l’entretenir et la respecter. Nous devons chercher à atteindre dans notre vie nationale ces qualités des nations. Ayons les uns pour les autres des sentiments de confiance, et de compréhension, une affection fraternelle sans quoi nous ne pouvons réaliser l’unité dans le pays ».

N’insistons pas toujours pour savoir qui a raison mais plutôt où est la vérité, quelle ligne de conduite est juste équitable, quel point il faut prendre en vue du bien commun. C’est seulement en abordant les problèmes de cette façon que nous mériterons l’estime que partout on nous témoigne. C’est en faisant honneur à la réputation du Canada à l’étranger que nous répondrons à la confiance dont le monde nous honore. J’en ai assez d’entendre dire autour de moi et de lire que nous sommes un peuple qui s’en va à la dérive sans savoir où.

Oui, nous avons une personnalité: il est temps que nous commencions à vivre dans l’idéal qu’elle comporte. »

Le gouverneur général signale aussi dans son message que de récentes statistiques indiquent que le Canada aurait, le niveau de vie le plus élevé au monde. Il invite les Canadiens à remercier Dieu pour ces bienfaits et à conserver le sens du labeur de nos ancêtres qui « défrichèrent le pays a la sueur de leur front avec une volonté invincible ».

« L’opulence de notre société peut faire de nous des maîtres aussi bien qu des serviteurs. Elle peut faire de nous des esclaves de la médiocrité, sans but dans la vie. ou, ranimant en nous la flamme de l’amour et de la charité, elle peut nous enrichir non seulement sur le plan matériel, mais sur ceux du cœur, de l’esprit et de l’âme ».

« L’opulence impose de lourdes responsabilités chez nous et à l’échelle de l’humanité, surtout, à l’égard des personnes moins fortunées qui sont dans la misère, qui ont faim. Prenons la résolution de nous orienter désormais dans notre labeur selon les principes dont nos ancêtres furent le vivant exemple et ravivons en nous le flambeau d’un idéal qui rendra notre vie féconde et riche de sens. »

M. Vanier conclut que cette opulence donne une sorte de « suffisance qui se traduit par un autre mot : apathie ».

« Si nous voulons lutter contre cette tendance à l’apathie, c’est par notre jeunesse qu’il faut commencer. Plus de la moitié des Canadiens n’ont pas encore 22 ans. Il importe plus que jamais pour nous, leurs ainés, de leur donner une solide orientation dans la voie de l’ordre, du travail et de la discipline et d’assurer ainsi l’avenir du Canada. »

Il rend hommage aux mouvements scout, guide, 4-H, corps de cadets, patros et aux autres organisations « d’une valeur inestimable pour former les jeunes ».

« Ces œuvres méritent notre appui à tous, jeunes et vieux. Tous les jeunes se doivent eux-mêmes, comme à leur pays, de participer à l’un ou à l’autre de ces groupements. S’ils négligent de le faire, ils risquent de ne jamais réaliser la plénitude de leurs possibilités.

« À tous les Canadiens je dis : Haut les cœurs. Réglons nos vies de façon à réaliser la destinée prodigieuse à laquelle Dieu nous appelle. Allons de l’avant dans un esprit de fraternité, de justice et d’unité. »

La levée du Jour da l’An

Plus d’un millier de personnes ont offert leurs vœux au gouverneur général, M. Georges Vanier à sa traditionnelle levée du Jour de l’An dans l’enceinte du sénat au Parlement.

Le général Vanier se tenait sur une estrade au pied du trône. Il a reçu tout d’abord les vœux du premier ministre, M. Lester B. Pearson, du juge-en-chef de la Cour suprême, M. Robert Taschereau, et ceux de M. A. H. J. Lovink, ambassadeur des Pays-Bas et doyen du corps diplomatique. Ils ont été suivis par des membres du cabinet, le chef de l’opposition, M. John Diefenbaker, des députés, des diplomates, des juges, des ecclésiastiques, de hauts fonctionnaires, des citoyens d’Ottawa et des touristes. Après un repos d’une vingtaine de minutes, le vice-roi a ensuite donné la main à des hommes et à des femmes membres des forces armées. En tout, M. Vanier a rencontré 1,012 personnes dont 545 civils et diplomates.

Aux personnes venues souhaiter la bonne année au gouverneur général, on a ensuite servi du café, des sandwiches et un punch chaud au rhum dans la salle du comité parlementaire des chemins de fer, la plus grande salle pour de telles réceptions au Parlement.

Le maire Don Reid d’Ottawa était présent à la réception et a plus tard offert la sienne propre à l’hôtel-de-ville. Les chefs religieux, dont l’archevêque de la capitale, Mgr Joseph-Marie Lemieux et le prélat anglican, le Révérend E. S. Reed, ont également organisé leurs réceptions au cours de l’ après-midi.

(C’est arrivé le 2 janvier 1966).

Une vieille église au Québec. Photo de Histoire du Québec.ca.
Une vieille église au Québec. Photo de Histoire du Québec.ca.

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