Hiver en Nouvelle-France

Du cidre à la livre ! ou l’hiver en Nouvelle-France

Hiver en Nouvelle-France. — (de notre correspondant régulier) — Habituellement, l’hiver, à Paris, ne présente pas trop d’inconvénients. Il n’en est pas de même en Nouvelle-France. Si nous ne parvenons pas à nous habituer aux neiges et à la froidure, il se peut que le sort de cette nouvelle colonie soit compromis. Lors de l’hivernement à l’île Sainte-Croix, en 1604, les froids furent si violents que toutes les boissons gelèrent, sauf le vin d’Espagne. On fut même obligé de distribuer le cidre à la livre. Ce qui ne s’était pas encore vu, à Paris, du moins.

Cartier se plaignit de son premier hivernement. A l’intérieur des navires, la glace avait une épaisseur de quatre doigts sur les murs. Bon nombre moururent du scorbut. Quant à l’hivernement dans l’île Sainte-Croix, il compte parmi les plus rudes. La neige fit son apparition le 6 octobre. Le 3 décembre, d’abondantes glaces descendaient de quelques rivières. Il tomba, au cours des longs mois d’hiver, plus de 4 pieds de neige, d’une neige qui ne disparut qu’à la fin d’avril. Pendant les six mois que dura cet hiver, on dut se contenter de boire de la neige fondue, vu que les glaces empêchaient les habitants de se rendre sur la terre ferme.

Mais, les hivers se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Car, celui de 1605-06, passé à Port-Royal, fut plus court et les neiges, furent moins abondantes. Les premières neiges ne tombèrent que vers le 20 décembre. Par contre, les coups de vent furent nombreux. Le 20 février 1606, quantité d’arbres furent déracinés.

L’hiver 1606-07 fut différent des deux précédents. Peu de neige, mais beaucoup de pluie. Le 28 octobre, la neige fit son apparition. À la Toussaint, deux pouces de glace recouvraient les cours d’eau. Puis, ce furent les pluies. Certains peuvent penser que cela fut plus agréable. Au contraire, une grande famine sévit chez les Indiens; ils ne pouvaient plus chasser l’élan qui, habituellement, se prend dans la neige. Le 10 mai, il neigea même toute la nuit.

L’hiver dernier, les gelées commencèrent le 3 octobre, de sorte que les feuilles se mirent à tomber vers le 15 du même mois.

Si l’on fait exception de la tempête qui débuta le 5 février de l’année courante et qui dura plus de deux jours, les rigueurs du bonhomme furent moins inhospitalières.

Il peut arriver que certains sauvages se promènent sur la neige dans le costume le plus rudimentaire. Mais il faudra attendre certes assez longtemps pour que les Européens puissent faire de même.

Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.

Voir aussi :

Le vent souffle, la pluie tombe, le soleil brille. La forêt est verte. Source de l'image : histoire.recitus.qc.cq.
Le vent souffle, la pluie tombe, le soleil brille. La forêt est verte. Source de l’image : histoire.recitus.qc.cq.

Laisser un commentaire