Histoire religieuse de Québec

Histoire religieuse de la ville de Québec depuis sa fondation jusqu’au XXe siècle

L’histoire religieuse de Québec, berceau de la Nouvelle-France, est une épopée écrite avec sang avec le sang des martyrs et le dévouement d’une phalange de hérauts de la foi chrétienne. Les premiers prêtres catholiques à débarquer sur nos bords ont dû défier les rigueurs du climat canadien et la férocité des indigènes. La traversée sur les frêles esquifs de l’époque était une aventure excessivement per eux que seuls de véritables héros pouvaient entreprendre Et les conditions de vie dans la colonie naissante n’étaient acceptables que par des preux disposes à s’oublier totalement.

Avant même la fondation de Québec, des missionnaires catholiques vinrent au Canada. Un prêtre hiverna à Québec avec Jacques Cartier en 1535. On signale aussi dans les relations de Champlain qu’un autre missionnaire, M. l’abbé Aubry, s’égara en forêt lors du voyage du fondateur de Québec en Acadie en i année 1604 On avait perdu tout espoir de le retrouver quand après trois semaines d absence, il revint en chaloupe dans un lamentable état. Le malheureux prêtre avait erré longtemps dans la foret très dense, vivant d’oseille et de fruits sauvages. Complètement épuisé, il aperçut la mer un jour et se blottit contre un rocher perdu, résigné à la mort. Heureusement, il roussit par des signaux à attirer I attention de I équipage d’une chaloupe en tournée d exploration qui le recueillit. Cet incident entre plusieurs autres donnent une idée des périls des fatigues et des privations de toutes sorte qu’on dû affronter les pionniers de la foi en Nouvelle-France.

Ce n’est qu’en 1615 toutefois, c’est-à-dire sept ans après la fondation de Québec, que des missionnaires vinrent au Canada pour s’y fixer de façon permanente Le 24 avril 1615, quatre religieux Récollets s’embarquaient à Honfleur sur le Saint-Etienne, un vaisseau de trois cents tonneaux. Ils foulèrent le sol canadien, après une traversée exceptionnellement facile, le 25 mai, jour de saint François d’Assise, l’illustre fondateur de leur ordre.

Debuts pénibles

Ces premiers apôtres de l’évangélisation en Nouvelle-France furent les Pères Denis Jamay, Jean d’Olbeau et Joseph Le Caron. Le Frère du Plessis les accompagnait. Tous quatre étaient des religieux réputés par leurs vertus et leur zèle apostolique. Leur venue au Canada était due à l’esprit de foi et aux démarches de Samuel de Champlain, le fondateur de Québec, qui obtint à cette fin le concours de généreux bienfaiteurs. Un mois plus tard, soit exactement le » Juin 1615, le Père d’Olbeau célébrait les Saints Mystères dans une humble chapelle construite au pied de la côte de la Montagne de Québec par les soins des religieux et la coopération active du fondateur de la colonie.

Les religieux connurent bien des vicissitudes de la part de la secte des reformés qui étaient nombreux dans la colonie française. Ils furent en
butte aussi à l’hostilité des huguenots qui détenaient des postes stratégiques par suite d’une évidente tolérance du roi Henri IV. Les complexités des dialectes particuliers des multiples tribus indiennes furent une autre entrave à l’œuvre d’évangélisation des missionnaires.

Les épreuves physiques furent terribles et souvent au-dessus des forces humaines. Pour atteindre les sauvages, les missionnaires devaient ramer des journées entières durant l’été, faire de longs portageset subir les morsures cruelles des mouches. Pendant l’hiver, les courses en raquettes par des froids qui touchaient fréquemment 25 et 30 degrés mettaient
en lumière leur héroïque zèle.

On soupçonne aussi quel supplice pouvait être pour ces religieux, dans leurs randonnées apostoliques, de partager les mets dégoûtants des sauvages dont la malpropreté était véritablement sans égale.

Tâche gigantesque

Les quatre premiers missionnaires furent bientôt rejoints par six autres dont trois prêtres Récollets. Ceux-ci étaient les RR. Peres Guillaume Poulain, Georges Le Baillif et Paul Huot. Les Frères Modeste Guinea, Pacifique du Plessis et Bonaventure les accompagnaient. Ces religieux avaient chargé des intérêts spirituels des Français du Canada. Ils avaient aussi la tâche d’évangéliser les tribus indiennes depuis Tadoussac e les régions septentrionales avoisinantes jusqu’aux Grands Lacs. C’était un champ d’action disproportionné.

Arrivée des Jésuites

En 1625, les Récollets firent appel aux Jésuites dans l’espoir qu’avec le concours de celte congrégation plus puissante, il serait possible de fonder
un séminaire à Québec. Trois illustres fils de saint Ignace, les Pères Charles Lallemant, Ennemond Massé et Jean de Brebéuf, furent désignés pour
travailler avec les Récollets à la conquête des Ames en Nouvelle-France. Leur concours devait contribuer puissamment au mouvement apostolique enterre canadienne Les Jésuites acceptèrent l’hospitalité des Récollets en leur couvent de Saint-Charles, en attendait la construction de leur propre maison de l’autre côté de la rivière Saint-Charles, près de l’embouchure de la petite rivière Lairet.

Martyrs de la foi

Grâce à l’arrivée de renforts missionnaires, des religieux ne tardèrent pas A s’enfoncer dans la forêt pour s’établir au milieu des peuplades indigènes et
propager les lumières du catholicisme. Mais la sorcellerie florissait chez les sauvages.

Aussi, craignant pour leur influence, les jongleurs furent-ils des adversaires acharnés des missionnaires. Ils leur suscitèrent maints embûches qui entrainèrent même une mort atroce pour certains de ces messagers céleste aux mains des barbares enfants des bois. Le sang des martyrs devaient toutefois féconder l’apostolat missionnaire au Canada et favoriser une floraison de conversions.

Mgr de Laval

L’Église de Québec a définitivement pris vie avec l’arrivée de Monseigneur François de Montmorency Laval, en 1659.

Le premier évêque de la Nouvelle-France avait été sacré évêque de Pétrée l’année précédente. c’est-a-dire, il y a trois siècles cette armée. Sous l’influence du souffle apostolique de ce dynamique pasteur, la vie religieuse allait connaître un puissant élan au Canada, Les récollets avaient assuré le service du culte à Québec de 1615 jusqu’à la prise de la colonie par les frères Kirke, en 1629. Les Jésuites vinrent prendre la relève après la restitution de Québec à la France.

On trouve dans les registres de Notre-Dame de Québec des actes dressés par ces pasteurs célèbres au nombre desquels figurent le Père Gabriel Lallemant. martyr élevé aux honneurs des autels.

Prêtres séculiers

Les fonctions curiales A Notre-Dame furent confiées à des prêtres séculiers après l’arrivée de Mgr de Laval, des l’automne de 1659 Le premier curé de Notre-Dame fut l’abbé Torcapel qui retournait toutefois en France l’année suivante. L’abbé Henri de Bernières lui succéda. C’est sous le pastoral de ce dernier que la paroisse Notre-Dame fut érigée canoniquement en 1664.

Mgr de Laval fonda son Grand Séminaire en 1663 et le Petit Séminaire suivit en 1668. Le vénérable prélat avait la consolation de conférer le sacerdoce au premier prêtre canadien en 1665. Il s’agissait de l’abbé Germain Morin, fils de Noël Morin et de Hélène Des Portes. Le deuxième Canadien à recevoir l’onction sacerdotale fut l’abbé Charles-Amador Martin, en 1671. Il était le fils d’Abraham Martin, un valeureux pionnier, et de Marguerite Langlois. Ces deux premier prêtres canadiens, des cousins, furent tous deux appelés plus tard a siéger au chapitre de Québec érigé en 1684.

Un grand deuil

Le vénérable Monseigneur de Laval, chargé de nombreuses années de rudes labeurs, donna sa démission le 24 Janvier 1688. Il devait s’éteindre pieusement en mai 1708. Ce fut un deuil général pour la Nouvelle-France qui perdait en lui un pasteur rempli de sollicitude et de sagesse. Le fondateur de l’Église canadienne fut d’abord inhumé dans la crypte de sa cathédrale. Ses restes furent solennellement transportés plus tard dans la crypte de la chapelle du séminaire de Québec ou ils reposent encore.

Son successeur fut Mgr de Saint-Vallier qui présida avec une grande sagesse aussi aux destinées de l’Église de la Nouvelle-France jusqu’en décembre 1727. Mgr de Mornay assuma sa charge. Mais il résigna sans venir au Canada. Mgr Dosquet fut élu à sa succession par Rome, mais ne pouvant s’accommoder du climat, il retourna en France. Mgr de Lauberivière mourut douze jours après son arrivée au Canada pour prendre possession du siège épiscopal. Mgr de Pontbriand fut le dernier évêque de Québec sous la domination française. Chassé par le siège de Québec en 1759. il se réfugia chez les Sulpiciens de Montréal ou il mourut le 8 Juin 1760.

Après la destruction de la cathédrale par les envahisseurs, les offices paroissiaux eurent lieu en la chapelle de Dames Ursulines jusqu’en 1764. Ils furent ensuite célébrés en la chapelle du séminaire de Québec dont Mgr Briand fit sa cathédrale l’année de son arrivée en 1766. La nouvelle basilique reconstruite devint la cathédrale de Mgr Briand le 16 mars 1774.

Le rôle du clergé

Après la conquête, le clergé canadien a joué un rôle au-dessus de tous les éloges, digne même de l’héroïsme des pionniers de la foi chez nous. Des piètres apôtres, doublés de patriotes aussi fervents que prudents, relevèrent les courages et. suscitèrent les saines initiatives pour le maintien de la foi et de la langue. Dans leurs tentatives d’assimilation, les conquérants se heurtèrent à un mur inexpugnable dressé par la volonté ferme de survivre d un peuple fier de ses origines et attaché a son patrimoine ancestral par toutes les fibres de son cœur.

Les clochers

Il est juste de dire au crédit du clergé de chez nous que c’est à sa vaillance et à la sage orientation qu’il a su donner à nos pères dans les heures tragiques de notre histoire que nous devons d’être restes ce que nous sommes. Malgré toutes sortes d’entraves, la vie religieuse a continué è rayonner chez nous, les clochers se sont multipliés à un rythme vigoureux, comme autant de
phares lumineux, pour guider la marche de notre peuple vers ses destinées. Les dissensions s’atténuèrent avec les années et les plaies se cicatrisèrent peu a peu Le fait français est aujourd’hui reconnu à travers le pays et nos compatriotes de langue anglaise apprécient la culture française comme un enrichissement de la civilisation canadienne.

Riche floraison

La paroisse – mère de Notre-Dame de Québec a donné naissance à de nombreuses filles. L’Église de Québec affirme aussi sa vitalité dans le flot de missionnaires qu’elle ne cesse de fournir a tous les champs apostolique^ du globe. Des émules du vénérable Monseigneur de Laval continuent d’orienter l’efficacité de son action au service des âmes avec le même dévouement et une égale prudence, ils favorisent un épanouissement toujours, plus grandiose de l’œuvre de Samuel de Champlain, notre immortel fondateur.

(Journal Le Soleil, juillet 1958).

Histoire religieuse de Québec
La ville de Québec. Photo d’Anatoly Vorobyev.

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