Le fusionnement des deux races : Le souhait du nouveau procureur – général du Canada
Dans des « Considérations » sur les difficultés survenues dans la Province de Québec, Francis Masères, le nouveau procureur-général du Canada, déclare notamment : « Il s’agit de maintenir dans la paix et l’harmonie et de fusionner, pour ainsi dire en une seule deux races qui pratiquent actuellement des religions différentes, parlent des langues qui leur sont réciproquement étrangères et sont par leurs instincts portées à préférer des lois différentes. «
Il fait remarquer que la masse des habitants de la dite Province se compose de deux groupes fort différents. D’une part, les Français originaires de la vieille France ou les Canadiens nés dans la colonie, ne parlant que le français, forment une population évaluée à quatre-vingt-dix mille âmes, ou à dix mille chefs de famille; d’autre part, le reste des habitants se compose de natifs de la Grande-Bretagne ou d’Irlande ou des possession britanniques d’Amérique du Nord pour un total d’environ six cents âmes.
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« Néanmoins, affirme Masères, si la province est administrée de manière à donner satisfaction aux habitants, ce nombre (de 600) s’accroîtra chaque jour par l’arrivée de nouveaux colons qui y viendront dans le dessein de se livrer au commerce et à l’agriculture, en sorte qu’avec le temps il pourra devenir égal, même supérieur à celui de la population française. »
Plus loin dans son étude, Masères précise que « si des mesures opportunes sont adoptées », « la fusion des deux races ou l’absorption de la race française par la race anglaise au point de vue de la langue, des affections, de la religion et des lois: résultats si désirables qui s’obtiendront avec une ou deux générations peut-être… »
Outre cette question des deux races qui lui paraît primordiale, Masères s’arrête aussi aux problèmes posés par la religion, la justice, les revenus et la formation d’une Chambre d’Assemblée.
Il constate que les Canadiens sont farouchement attachés au Pape « et regardent tous les protestants avec un oeil de haine ». Ils affirment qu’ils devraient seuls avoir accès aux postes, tandis que les Anglais s’y refusent en s’appuyant sur les lois de la Grande-Bretagne qui n’admettent aucune tolérance envers le catholicisme, surtout à cause de cette juridiction de la papauté. Il serait donc souhaitable que seule la religion anglicane soit autorisée dans la Province, bien que, pour le maintien de l’ordre, on puisse tolérer le catholicisme un certain temps.
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Sur la question des lois, Masères est d’avis que « la validité immédiate de l’ensemble des lois de la Grande-Bretagne d’un bout à l’autre de la Province conquise ne peut s’admettre « et il en conclut qu’aucune des lois de la G.-B. n’est valide ipso facto dans la province conquise, en vertu de la conquête ou de la cession, sans une introduction positive par une autorité compétente; et cette autorité compétente semble pour les raisons déjà mentionnées, être le parlement de la Grande-Bretagne seul. »
Quant aux revenus, ils ont considérablement baissé. Surtout par suite de la disparition du commerce des vins français. Ce droit produisait à lui seul la somme de 8,000 louis. Alors que le revenu total, à la fin de la période française, était de 13,000. Il faudra donc créer de nouvelles taxes ou faire appel directement au Parlement britannique. En effet il n’est pas question de favoriser spécialement l’entrée des vins d’Espagne et du Portugal, « parce que les Canadiens ne les aiment pas et n’en boiront pas. »
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Enfin, Masères croit qu’il serait prématuré de former une Chambre d’assemblée. D’autant plus que la majorité de la population, soit les Canadiens, n’en réclame pas. D’ailleurs, on exclurait ceux-ci probablement à cause du Serment du Test. Alors, l’Assemblée deviendrait entre les mains de « six cents aventuriers anglais ». Ce sera donc « un instrument de domination sur les 90,000 Français ». Il ne conviendrait pas non plus de les laisser siéger et obtenir à cause de leur nombre un pouvoir trop considérable si peu de temps après la conquête. Tout cela alors qu’ils ignorent encore l’anglais et qu’on les amenrait à discuter en français. « Cela tendrait à maintenir leur langue, à entretenir leurs préjugés. Aussi à enraciner leur affection à l’égard de leurs maîtres d’autrefois… »
Francis Masères, ce Britannique dont l’aïeul était un calviniste français, explique encore qu »il est à présumer que, pendant quelques années, les Canadiens n’appuieront pas les mesures prises en vue d’introduire graduellement la religion protestante. Tout comme l’usage de la langue anglaise et l’esprit des lois britanniques. »
(Source du texte : Boréal Express).
