Les fonctions de l’intendant de la Nouvelle-France

Les fonctions de l’intendant… Cette partie de la monarchie française deviendra quelque chose de grand

Jean Talon part, Talon est parti…

Les fonctions de l’intendant de la Nouvelle-France… Jean Talon est né à Châlons-sur-Marne, en Champagne, vers 1625. Il fit ses études classiques à Paris, au collège de Clermont dirigé par les Pères Jésuites. Son apprentissage dans l’administration civile et militaire commença dans les Flandres. Intendant d’armée sous les ordres de Turenne, il est nommé commissaire de Quesnoy, dans le Hainaut, le 6 septembre 1654.

L’intendance du Hainaut, dont il obtenait l’administration en 1655, comprenait dix prévôtés. Situé à la frontière des Pays-Bas, le Hainaut occupe une position stratégique importante. Il y exerça les mêmes fonctions jusqu’en 1665. Il reçut, de plus, sous sa juridiction l’intendance voisine d’Artois, et fut chargé d’établir les frontières entre la France et les Flandres.

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Avant de quitter la métropole, l’intendant prend soin de se documenter sur la Nouvelle-France. Il profite “tant qu’il peut” de la période des préparatifs de voyage. Il fait connaissance avec un certain nombre de coloniaux qui étaient de passage à La Rochelle. Ces rencontres lui fournissent autant d’occasions de s’instruire sur les ressources naturelles et les conditions de vie de la Nouvelle-France. Il se renseigne sur la géographie physique de la colonie et s’intéresse particulièrement à la position-clé de l’île du Cap-Breton et de l’Acadie où il projette de faire escale “pour reconnaître les havres et la bonté des terres qu’on dit être meilleurs qu’à Québec parce qu’elles sont plus au sud”.

De fait, il s’embarque sur le navire Saint-Sébastien, le 24 mai 1665, et atteint Québec après avoir été cent dix-sept jours sur mer. Il loua aussitôt la maison de Ruette d’Auteuil qui, exclu du Conseil souverain par Mesy en septembre 1664, s’était retiré sur son domaine de Monceaux, à Sillery. Talon conserva cette demeure, sise sur la côte de la Montagne, durant son double séjour en Nouvelle-France.

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Pour marquer un autre aspect de son caractère, rappelons cette anecdote que conservent les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec : “Et dès le jour que Monsieur Talon descendit à terre, il se fit conduire icy, à l’Hôtel-Dieu de Québec sans suite et fort simplement mis. Il demanda la Mère Supérieure sans dire qui il était; elle vint avec la Mère Marie de la Nativité. Il les salua de la part de M. l’intendant, feignant d’être son valet de chambre et les assura que M. Talon était très disposé à leur faire tout le bien qui dépendrait de lui ».

Depuis longtemps, et à plusieurs reprises, Talon avait demandé son rappel. Le climat rigoureux du Canada, disait-il, l’affectait grandement. Dès novembre 1666, il écrivit au Ministre: “ma santé est ici fort souvent attaquée”.

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Quelques jours plus tard, il revenait à la charge, dans une nouvelle lettre, avec une finesse remarquable :

“Quand le Roy me commanda de passer en Canada, écrivait-il, Sa Majesté me fit l’honneur de me dire quelle ne m’y laisserait que deux ans, mon congé ne peut venir avant ce terme expiré. Je vous supplie très humblement, Monseigneur, L’avoir la bonté de me l’obtenir. Je ne le demanderais pas si je me connaissais assez de génie et de talent pour bien m’acquitter de l’emploi que vous m’aviez fait la grâce de me procurer, et policer un état naissant sans un secours comme est celui que je reçois de Monsieur de Tracy. Si cependant Sa Majesté croit que je lui sois util, je n’ay pas d’autres volontés que la sienne et la vôtre; commandez et quoi qu’infirme j’obéirai, faisant un sacrifice entier de ma personne à son service et à votre satisfaction.

Je sais que je ne sers pas ici au gré de tout le monde et c’est ce qui, joint à mon indisposition, me fait demander mon congé au Roy (…)

Si je voulais laisser l’Église sur le pied d’autorité que je l’ay trouvée, j’aurais moins de peine et plus d’approbation.” Cependant on était trop satisfait de l’intendant pour en priver si tôt la colonie et Colbert lui fit savoir que Sa Majesté désirait qu’il y demeure encore “une troisième année pour fortifier & affermir dans le pays les différents établissements auxquels (il avait) donné une si bonne disposition.”

En 1669, Talon quittait le pays pour être temporairement remplacé par Claude de Bouteroue, seigneur d’Aubigny, dont il dira: “quoi qu’il n’ait pas l’action que demande le Canada, il a pour les emplois d’un moindre détail beaucoup de bonnes et de belles qualités”.

L’année suivante, Talon était de retour pour un nouveau mandat qui devait durer deux ans. En mai dernier, il recevait son rappel du roi.

Les fonctions d’intendant

Talon possédait juridiction dans les domaines de la justice, de la police et des finances. En plus de constituer un tribunal sans appel dans la colonie, le roi l’a chargé de la justice seigneuriale. L’amirauté et la sénéchaussée relevaient de sa surveillance. Ses pouvoirs s’étendaient à toute la vie économique du pays. Il administrait les fonds, préparait les budgets et organisait l’industrie.

Par police générale, il faut entendre l’administration intérieure. Ainsi la politique sociale et démographique, l’activité agricole — ce qui implique le fonctionnement du système seigneurial — ressortissent à la juridiction de Talon.

Cependant le gouverneur et l’intendant détiennent des pouvoirs conjoints relatifs au peuplement, à l’agriculture et au commerce. Ainsi la concession des terres en fiefs relève des deux fonctionnaires. Des juridictions concomitantes, au sujet des affaires militaires, donnent lieu à des conflits. Le gouverneur décide de la politique militaire à suivre alors que l’intendant en établit le budget; le premier donne des présents aux nations indiennes et le second règle les frais. Le gouverneur préside au Conseil souverain, mais c’est l’intendant qui prononce les arrêts et les ordonnances. Des chicanes sur des questions d’autorité et de préséance éclateront, comme chacun le sait, entre Courcelle et Talon.

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En somme, les pouvoirs de l’intendant sont presque indéfiniment extensibles: ordre public, administration en général, litiges entre seigneurs et censitaires, voirie, droit civil, matières ecclésiastiques de l’ordre temporel comme la construction ou la réparation des hôpitaux, presbytères et églises.

Le gouverneur conserve donc la politique, la guerre, la diplomatie ou les relations extérieures avec les Indiens, les colonies voisines, et, pour une part, la concession des terres. Il porte les titres de gouverneur et lieutenant général en Canada, Isle de Terre-neuve et autres pays de l’Amérique septentrionale.

Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.

Voir aussi :

Les fonctions de l'intendant de la Nouvelle-France
Illustration : Jean Talon, portrait de l’époque, par Frère Luc, image libre de droit.

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