Finances de la Nouvelle-France : La traite des fourrures

La traite des fourrures : Mettre un terme à l’exploitation

La traite des fourrures : Où en sont les finances de la colonie et des coloniaux eux-mêmes ? Voilà une question que nous avons posée à quelques-uns des représentants de l’aristocratie économique : MM. Le Gardeur, Le Neuf, Godefroy, Jucherot, etc…

Les réponses de ces spécialistes de la traite nous permettent de résumer ainsi la situation. Actuellement, n’importe qui peut participer à la traite en échangeant de la pacotille avec les Indiens qui apportent leurs pelleteries dans la colonie. Ces fourrures doivent être ensuite remises aux agents de la Compagnie des Cent-Associés qui détient le monopole de la vente sur le marché européen. Il est à noter que la Compagnie s’engage en retour à défrayer les dépenses de l’administration de la colonie.

En général, la Compagnie paye deux livres la livre pesant de castor; ce qui signifie que les profits du colon seront d’autant plus considérables que l’indien sera peu exigeant. Jusqu’à présent, celui-ci accepte de troquer des pièces magnifiques contre une simple aiguille ou un inutile grelot.

La Compagnie, de son côté, revend le castor à un prix moyen d’une pistole (dix livres) la livre pesant. Supposons le cas suivant.

*

Cinquante livres pesant de castor vendues aux magasins de la Compagnie à Québec permettent au colon de toucher cent livres. La marchandise troquée peut être évaluée à environ dix livres, ce qui laisse un bénéfice de 90 livres. Par ailleurs, la Compagnie touche cinq cents livres pour la même quantité de castor sur le marché européen. Déduisons les cent livres payées au colon, cinquante livres pour les frais de transport et d’entreposage. Il reste un profit de 350 livres.

On pourrait finalement déduire “les charges du pays”, mais à la façon dont la Compagnie s’en acquitte, ça ne semble pas nécessaire…

En somme, le gros des bénéfices provenant du commerce du castor passe directement dans la métropole.

Les colons se partagent les 20 ou 25% qui sont restés dans la colonie. Cette situation est tout-à-fait intolérable pour l’aristocratie coloniale.

Dans les milieux bien informés, on prétend que les notables de la Nouvelle-France manoeuvrent présentement pour s’approprier les droits des Cent-Associés.

En effet ceux-ci, malgré leur situation extrêmement avantageuse, sont dans de sérieuses difficultés à la suite des pertes subies en 1629 et dans de récents procès.

Au pays des iroquois : rareté extrême des fourrures

On affirme de plus en plus que le territoire habité par les Iroquois a presque épuisé toutes ses ressources en fourrures et que ces derniers en sont réduits à venir faire des ravages chez les alliés des Français.

Un de nos reporters a été chargé de mener une enquête sur cette question. Selon lui, la rumeur serait vraiment fondée. A preuve cette lettre de Van Rensselaer du 29 mai 1640 adressée à Kieft, gouverneur de la Nouvelle-Hollande :

« Je ne peux revenir de ma surprise au sujet des changements que l’on dit s’être produits dans le commerce des fourrures à Fort Orange, d’où, pendant quinze années successives, cinq à six mille peaux sont venues chaque année; les fourrures ne manquent pas; en conséquence, ce sont les marchandises qui doivent manquer; ou ce résultat doit provenir du fait que Crol vend la marchandise trop cher et que les Anglais, sur la rivière Fresh, en établissant des relations avec les Mohicans qui vivent deux lieues en aval du Fort Orange, et par leur entremise, avec les Agniers, nous enlèvent tout par les routes de terre.

*

Que mes gens aient ruiné le commerce des fourrures, ne peut être vrai d’aucune façon; ils peuvent avoir offert des prix plus élevés, et, ainsi, être la cause d’une augmentation de prix pour les fourrures; mais cette surenchère n’aurait pas pour résultat une dérivation du flot des fourrures; elle ne pourrait être la cause que d’une offre plus grande. En autant que je peux m’en assurer maintenant, le point difficile n’est pas dans le prix, mais bien dans la quantité des pelleteries, ce qui me paraît un grand paradoxe que je ne peux comprendre ».

Autrement dit, alors qu’il y a surenchère, c’est-à-dire hausse des prix, on reçoit moins de fourrures. Il est donc normal de conclure que le gibier est décimé. Notre reporter fait remarquer que cette dépêche de Van Rensselaer suit nécessairement de quelques mois la rareté des fourrures, ce qui permet de faire un étrange rapprochement avec les premières attaques iroquoises contre les convois de pelleteries en provenance de Huronie.

La situation des Agniers est dramatique. Ou bien ils obtiennent par tous les moyens des fourrures hors de leurs territoires. Ou bien ils acceptent de rétrograder vers leur civilisation primitive, en laissant leurs ennemis recevoir à flot les marchandises européennes.

Une autre lettre de Van Rensselaer, datée cette fois du 6 juin 1641. Il l’a adressée à Toussaint Muyssart indique clairement quelle option sera suggérée aux Iroquois. « Je n’ai pas perdu l’espérance, si Dieu me prête quelques années de plus, de dériver vers la colonie une grande partie des fourrures des Indiens qui font maintenant la traite avec les Français au Canada… »

Ah ! si on pouvait enfin cesser de se chicaner pour des vétilles ici, conclut Van Rensselaer.

À compléter la lecture :

Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.

Fourrures et Indiens
Fourrures et indiens. Image libre de droit.

Laisser un commentaire