Fermentation anglo-américaine

Fermentation anglo-américaine

À la suite de plusieurs assemblées, où l’on discute griefs et plans d’action, un comité de citoyens est formé pour combattre l’Acte de Québec et entraîner les Cana diens dans le mouvement de la rébellion. Toute cette agi tation n’aboutit d’abord qu’à jeter dans le malaise la population française, sans parvenir à la soulever contre l’autorité établie.

En février 1775, Carleton pouvait encore écrire en toute vérité que les Canadiens étaient pleinement satisfaits de la nouvelle constitution, que la haute classe était tout disposée à prendre du service dans les cadres réguliers de l’armée, mais répugnait à commander à de simples mi lices. « Il ne faut pas songer, disait-il, à mettre en cam pagne la milice rurale, car ce serait donner une apparence de vérité aux dires des séditieux, qui prétendent qu’on veut encore les gouverner avec le même despotisme d’au trefois. » Il proposait plutôt de lever deux bataillons de volontaires pour donner de l’emploi à la petite noblesse, qui en aurait que plus d’influence sur le peuple qui com mençait à s’agiter.

Dans le même temps le Congrès des Etats, réuni à Philadelphie, confia à la province du Massachusetts la tâche de mener en Canada campagne de propagande séditieuse.

Sous prétexte d’attirer les Canadiens dans la lutte pour l’indépendance, on manœuvrait plutôt pour immobiliser sur place les forces anglaises, en agitant partout la menace d’un soulèvement populaire; et l’intrigue, la discorde, le chantage s’installèrent à Montréal.

Au mois d’avril 1775, on signale l’arrivée d’un nommé Woolsey, accompagné d’émissaires secrets du Congrès.

Ils ont des entrevues mystérieuses avec des commerçants de Montréal, à Lachine. Un nommé Brown, de la Nou velle-Angleterre, rassemble dans une taverne de la ville quelques agitateurs zélés, tels que Thomas Walker, John Blake, James Price, Wm. Heywood, Geo. Measam. Le but de la réunion est de former un comité révolutionnaire; mais, en dépit des harangues enflammées de Brown et de Walker, rien ne peut se conclure. Brown et ses compagnons continuent leur campagne d’agitation et menacent de tout passer par le fer et le feu si les Canadiens osent prendre les armes pour l’Angleterre. Sollicitations et menaces laissèrent indifférente la population française.

Le premier mai 1775, il se produisit un incident, peu grave en soi, mais auquel les militaires donnèrent une importance exagérée. Durant la nuit, le buste du roi George, sur la place de la haute ville, avait été barbouillé de noir et un collier de pommes de terre avait été passé au cou de sa majesté, avec cet écriteau; Voilà le Pape du Canada et le sot Anglais. On soupçonna quelques Anglais mécontents d’avoir fait le coup, et une récompense fut offerte par les chefs militaires, une autre par le gouverneur pour la découverte des coupables. Cette drôlerie déplacée, irrespectueuse, fut pourtant l’occasion de querelles entre les partisans du roi et ceux du Congrès. Furent mêlés à cette affaire de chicane de rue M. de Bellestre, un nommé Franks, le juif Salomon et M. Le Pailleur. L’affaire n’eut pas d’autre suite qu’une passagère effervescence popu lacière.

Pour appuyer par des actes la propagande séditieuse des agents du Congrès, les rebelles américains envoyèrent par le Richelieu un détachement de provinciaux, com mandés par un ancien jockey, du Connecticut, nommé Benedict Arnold. Tombant à l’improviste sur le fort de St-Jean, Arnold s’empare d’un vaisseau du roi, de bateaux de transport et de munitions de toutes sortes. Le sergent et les dix soldats de la garnison furent faits prisonniers et amenés captifs. Après son mauvais coup, Arnold (Arnold, ne trouvant pas dans la révolution américaine de quoi satisfaire ses ambitions, repassa dans le parti des loyalistes et retourna en Angleterre. Vers 1798, s’intitulant général B. Arnold, et, se récla mant de son titre de colonel dans l’ancienne légion d’Amérique, réclame et obtient 12,200 acres des terres de la couronne en Canada, pour lui même, sa femme et ses cinq enfants. — Archives canad. Série Q, vol. 283, p. 341).

Arnold, au ieu de poursuivre son avantage, retourna à Ticondéroga (Carillon), laissant un autre aventurier de New-York, Ethan Allen, à la tête de 300 hommes, marauder dans les parages de Montréal.

Allen, qui avait des intelligences dans la place, adressa une lettre à « Morrison et autres marchands de Montréal, amis de la cause », leur demandant des provisions, des munitions et des boissons pour ses hommes, installés à St-Jean. En réponse, il devait recevoir la visite du major Preston avec un détachement de la garnison de Montréal, composé de cent hommes et de jeunes volontaires sous le commandement de MacKay. Un marchand, Joseph Bindon, ami de la cause, ayant averti Allen de la venue prochaine de Preston, envoyé pour reprendre le fort, le chef rebelle se hâta de déguerpir et s’enfuit rejoindre Arnold, retiré à la Pointe-à-la-Chevelure.

Floresta Lumina
Floresta Lumina, Québec. Photo de S. Bergmanis.

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