Histoire du Québec

Évolution des prix au XIXe siècle

L’évolution de l’activité et des prix en France au XIXe siècle

L’économie française connaît au XIXe siècle une croissance lente mais régulière de son produit national, gênée par l’instabilité des prix industriels qui s’orientent à la baisse en longue période.

La production nationale

La mesure du produit national au XIXe siècle pose un problème majeur en raison de la rareté et de l’hétérogénéité des données quantitatives : il n’existe pas encore à cette époque de statistiques systématiques.

Malgré les difficultés, les estimations faites au XXe siècle par divers historiens de l’économie (tels J. Marczewski, A. Sauvy or M. Levy-Leboyer) permettent de dégager une vie d’ensemble convergente.

Ainsi, le produit national brut est environ égal à 9 milliards de francs courants en 1820, 12 milliards en 1840, 18 en 1860, 22 en 1880, 26 en 1900 et 32 milliards en 1910. En terme de taux de croissance annuel, on pourrait distinguer grossièrement cinq périodes :

  1. Une phase d’augmentation sensible de la production durant les années 1820 – 1840, appuyée sur une relative prospérité agricole et sur un essor de l’industrie (mais à partir d’un niveau de départ très bas, et d’une ampleur discutée par certains historiens).
  2. Un ralentissement vers le milieu du siècle, dans le contexte de difficultés rencontrées par les autres pays et culminant en 1848.
  3. Une reprise durant le Second Empire, reposant en partie sur la politique de grands travaux, la formation du système bancaire, et favorisée par une remontée des prix.
  4. Une croissance plus lente et cahoteuse autour des années 1870 – 1890, alors que sévit dans le monde industrialisé une dépression qui ne cesse qu’au milieu des années 1890
  5. Une reprise très sensible de la croissance reposant sur une industrialisation rapide, à partir de la fin des années 1890, période qui voit la part de l’agriculture définitivement dépassé par celle de l’industrie.

Taux de croissance de la production (1820 – 1913 – en moyennes annuelles)

Période 1820 – 1940 – Produit agricole 1,2% – Produit non agricole – 1,7% – Produit intérieur brut – 1,5%.

1840 – 1850 – -1,2% – 1,9% – 0,2%.

1850 – 1870 – 4,7% – 2,6% – 3,3%.

1870 — 1890 — 0,0% – 0,9% – 0,5%.

1890 — 1900 – 0,1% – 2,2% – 1,7%.

1900 – 1913 – 3,1% – 4,0% – 3,7%.

(Les taux de croissance élevés des périodes 1850 – 1870 et 1900 – 1913 s’expliquent en partie par la hausse des prix qui connaissent ces années.

Source : D’après M. Lévy-Leboyer et F. Bourguignon, « L’économie française au XIXe siècle », Economica, 1985, p. 318 – 327.

L’évolution des prix

Les prix connaissent une évolution cyclique permettant de distinguer plusieurs sous-périodes très nettes de la fin du XVIIIe siècle à la Première Guerre mondiale : hausse du milieu du XVIIIe siècle à 1815; baisse de 1815 à 1848; hausse de 1896 à 1914.

On peut néanmoins observer des fluctuations plus courtes à l’intérieur de ces sous-périodes.

Il convent d’autre part de distinguer l’évolution des prix industriels de celle des prix agricoles : alors que les premiers connaissent en France comme dans les autres grands pays en voie d’industrialisation une tendance séculaire à la baisse, les seconds sont dans l’ensemble plus élevés durant la seconde moitié du siècle contrairement à ce qui se passe en Angleterre ou aux États-Unis. Cela s’explique à la fois par l’absence de progrès technique dans l’agriculture française et par le retour plus précoce du protectionnisme agricole (relèvement des droits sur le bétail en 1881, sur le blé en 1885, avant les « tarifs Méline » de 1892).

Prix et activité

Si certains historiens considèrent que les fluctuations de l’activité sont au XIXe siècle indépendantes de celles des prix, on ne peut qu’observer une corrélation d’ensemble entre les phrases de croissance et de hausse des prix, d’une part, celles de ralentissement et de baisse des prix d’autre part.

Certes la reprise de l’activité peut intervenir en période de baisse des prix (provenant de l’introduction de nouvelles techniques industrielles abaissant les coûts unitaires pour lutter contre la concurrence); mais la croissance ne peut se poursuivre si les prix continuent à baisser : une baisse prolongée est en effet l’expression d’une surproduction de marchandises par rapport à la demande solvable, et affecte la rentabilité du capital.

Il est ainsi notable que le dynamisme des premières années du Second Empire coïncide avec une remontée des prix moyens du produit physique total et d’un certain nombre de prix industriels, en particulier durant les années 1850 – 55. Il est également remarquable que le ralentissement de la croissance soit très marqué durant la phase de baisse des prix des années 1873 – 96, et que la reprise soit par contre manifeste, quand les prix remontent tout à la fin du siècle et au début des années 1900. Cette hausse peut s’expliquer par une plus grande rigidité salariale qui accroît les coûts, mais aussi la demande intérieure.

Aussi pourrait-on dire avec Gaston Imbert que la hausse des prix correspond à une période de taux de croissance qui augmente et la baisse des prix à celle d’un taux de croissance qui diminue.

Les jardins de Versailles. Photo par Megan Jorgensen.

Comme je fais payer à l’avance, chaque soir c’est la même discussion : ils trouvent trop cher de payer le prix d’une chambre pour dormir à la belle étoile. (Henri Charrière, Banco, Robert Laffont, 1972). Les jardins de Versailles. Photo par Megan Jorgensen.