L’enracinement sur la Côte-du-Sud

L’enracinement sur la Côte-du-Sud : 1720 – 1790

L’enracinement correspond à un stade où les populations ne présentent plus le caractère de précarité des premières années de leur formation. L’importance des effectifs et l’ancienneté des établissements apportent une certaine stabilité aux diverses communautés rurales de la Côte-du-Sud et l’évaluation de la population dans de cette phase intermédiaire du peuplement et est davantage tributaire des éléments internes de la démographie.

En fait, les caractéristiques du peuplement colonisateur disparaissent avec l’accroissement de la population et les années. Autour des années 1720, la Côte-du-Sud, dans son ensemble, s’engage résolument dans la phase de l’enracinement.

Une démographie plus régulière

L’enracinement se caractérise en particulier par une croissance démographique plus régulière que celle des premières décennie du peuplement. Cette régularité, moins spectaculaire certes, représente tout de même un fort rythme d’augmentation des effectifs régionaux. Ainsi, la population double à trois reprises entre 1720 et 1790 soit à tous les 20 ou 25 ans en moyenne. Il s’agit d’une croissance remarquable puisque, à cette époque, on considère qu’il faut ordinairement entre 25 et 30 années pour obtenir le doublement des effectifs. La Côte-du-Sud connaît donc une croissance démographique plus rapide que le reste de la vallée du Saint-Laurent.

Cette vigueur de la démographie régionale se traduit conséquemment par l’augmentation de la place occupée par la population de la Côte-du-Sud par rapport au total de la population canadienne de l’époque. Alors qu’en 1720 moins d’un Canadien sur neuf réside sur la Côte-du-Sud, 70 ans plus tard cette proportion s’établit à un sur huit. La région ne cesse de gagner de l’importance sur le plan démographique.

Une partie de cette vigueur provient de la constance de l’accroissement naturel dans la région. D’une part, la natalité reste à des niveaux élevés, tandis que la mortalité atteint rarement des sommets inquiétants. Par exemple, pour la période 1730-1765, le nombre annuel moyen de baptêmes dépasse légèrement 400 (407.7), tandis que le nombre moyen de sépultures se situe à près de 180 (177.9). C’est de dire que chaque année, en moyenne, il se dégage un excédent de plus de 200 individus simplement par l’accroissement naturel. En comparaison de données globales pour le Canada, ces surplus sont sensiblement plus importants, en proportion, sur la Côte-du-Sud.

Malgré ces surplus, le région connaît elle aussi de mauvaises années où la mortalité fauche plus qu’elle ne devrait. Certaines années, comme en 1749 et entre 1756 et 1760, le bilan est nettement moins favorable. Toutefois, en dehors de la conjoncture militaire, on est étonné de voir la région résister à d’autres menaces, comme les disettes qui, malgré la gravité reconnue de celle de 1737 par exemple, ne semblent pas avoir causé de mortalité excessive.

Vers l’atteinte d’un équilibre

L’enracinement correspond également à la régularisation des structures mêmes de la population régionale, corrigeant en cela certaines carences ou déséquilibres existant lors des premières décennies de peuplement. Cela se vérifie en particulier par la proportion grandissante des personnes plus âgées dans la composition de la population. Pourtant surtout par un meilleur équilibre entre les effectifs des deux sexes.

Le ratio des 140 hommes par 100 femmes des 1681 tombe à 110 en 1739, puis s’établit à 101 en 1765 et à 102, 25 ans plus tard. L’équilibre quasi parfait atteint au milieu de dix-huitième siècle traduit l’influence normalisante de la natalité en ce domaine.

Source du texte :Histoire de la Côte-du-Sud. Sous la direction de Alain Laberge. Martine Côte, Diane Saint-Pierre, Jacques Saint-Pierre, Yves Hebert. 1993. Extrait.

Maison Edgar Poiret en 1926. D'esprit français comme plusieurs habitations de Beaumont. Rosaire Saint-Pierre l'a restauré. Photo de Thadée Lebel. Image libre de droit.
Maison Edgar Poiret en 1926. D’esprit français comme plusieurs habitations de Beaumont. Rosaire Saint-Pierre l’a restauré. Photo de Thadée Lebel. Image libre de droit.

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