Droit de vote pour les femmes

Droit de vote pour les femmes au Québec

Le 22 juin 1940, se termine, à Québec, la première session de la 21e Législature. Parmi les projets de lois qui reçoivent la sanction royale, se trouve la « loi accordant aux femmes le droit de vote et d’éligibilité ». Le 20 février précédent, le discours du Trône annonçait, parmi les mesures à être présentées au cours de la session, l’institution du suffrage féminin.

Lors de la campagne électorale provinciale de 1939, raconte Jean-Guy Genest, Thérèse Casgrain, de la Ligue des droits des femmes, et Idola Saint-Jean, de l’Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec, prêtèrent leur concours aux libéraux. Godbout, qui cherchait des alliés, promit à plusieurs reprises d’accorder le droit de vote aux femmes.

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Après son écrasante victoire, loin de se défiler, il réitéra sa promesse en plusieurs occasions et inscrivit cette mesure dans le discours du Trône dès la session de 1940.

La première réaction d’importance à cette annonce, pourtant bien attendue, vient de l’extérieur de l’Assemblée législative. Le 2 mars 1940, l’archevêque de Québec, Rodrigue Villeneuve, dénonce officiellement le projet dans un communiqué :

Pour reprendre à de nombreuses instances et mettre fin à diverses opinions qu’on nos prête, à propos du projet de loi accordant aux femmes le droit de vote, aux élections provinciales, nous croyons devoir dire notre sentiment.

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Nous ne sommes pas favorables au suffrage politique féminin.

  1. Parce qu’il va à l’encontre de l’unité et de la hiérarchie familiale.
  2. Parce que son exercice expose la femme à toutes sortes de passions et à toutes les aventures de l’électoralisme.
  3. Parce que, en fait, il nous apparaît que la très grande majorité des femmes de la province ne le désire pas.
  4. Parce que les réformes sociales, économiques, hygiéniques, etc., que l’on avance pour préconiser le droit de suffrage chez les femmes, peuvent être aussi bien obtenues, grâce à l’alliance des organisations féminines en marge de la politique.

Nous croyons exprimer ici le sentiment commun des évêques de la province.

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Maurice Duplessis chef de l’Union nationale et de l’Opposition officielle, dénonce lui aussi le projet de loi. Selon lui, « le Bill du suffrage féminin augmente les dangers de suppositions de personnes. Notamment, les dangers pour la tenue régulière des élections. Car, si les femmes ne vont pas voter, ne voit-on pas tout le parti qui les entrepreneurs sans sculpture peuvent en tirer ? »

Godbout ne branchera pas. Pour bien souligner l’importance qu’il accorde à cette mesure, il la présente lui-même. Il prononcera un discours habile. Celui-ci, selon Jean-Guy Genest mérite dépassait à l’histoire.

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 » J’étais honnête autrefois en tenant l’attitude que j’avais, honnête dans ma conscience, et je ne pense pas avoir changé quant à cela. Ce sont les circonstances qui ont changé. Le problème ce pose aujourd’hui sous un jour différent. Les conditions dans lesquelles nous vivons font de la femme l’égale de l’homme. Elle a les mêmes devoirs et les mêmes obligations que l’homme. Pourquoi alors lui refuser les mêmes droits, surtout quand bien des questions dont nous avons à décider relèvent plus dès la commère que de la nôtre.

On a peur que la femme soit soustraite à ses devoirs particuliers. C’est la vie moderne qui l’a sortie du foyer. En fait, 100 000 femmes québécoises gagnent actuellement leur vie et celle de leurs proches. Les femmes jouent dans notre vie économique une influence qui n’est pas loin d’être prépondérante.

Elles détiennent en fait plus de 50% des économies dans les banques et 75% du capital investi dans les assurances. Elles ont à défendre leur foyer, leurs enfants et leurs biens comme les hommes. Au point de vue économique, pourquoi leur refuser le droit des vote.

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Notre société a besoins des femmes. Dans la discussion des questions publiques, la femme mettra un patriotisme aussi généraux, une largeur de vues pour le moins égale, une vision plus lointaine de l’avenir que l’homme. Et c’est pour assurer à nos institutions ce facteur de stabilité et d’ordre que je réclame pour les femmes de ma province le droit des vote et d’éligibilité. Je ne vois pas pourquoi nous priverions plus longtemps la société de ses avantages réels.

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Je souhaite le maintien de ce qui peuvent sauver notre société, la famille. La femme est l’ange gardien de la famille. Elle scrute toutes les question en fonction de la famille dont elle a la charge. À ce point de vue, elle est un facteur de force et de stabilité. C’est pourquoi la Chambre devrait voter le projet de loi à l’unanimité.

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Si nous comparons le niveau d’intellectuel de l’homme et de la femme, je pense bien que celui de la femme est plus élevé. Les femmes de notre province sont en général plus instruites que les hommes, par conséquent mieux préparées à juger nos problèmes sociaux.

Je réclame donc le droit de vote pour la femme afin d’élever le niveau de nos discussions politiques, pour assurer plus d’ordre et de dignité dans nos assemblées. Pour que les générations futures soient mieux préparées que nous à leurs tâches.

C’est comme hommage à nos mères canadiennes, à nos campagnes, à nos sœurs, à nos filles. Surtout comme hommage à nos mères qui ont toujours travaillé à notre avenir avec une intelligence et un dévouement admirable. C’est pour ouvrir les horizons nouveaux à tous les citoyens de la province, c’est pour donner aux femmes de nouvelles occasions de servir leur province que je réclame pour elles droit de vote et d’éligibilité.

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Je veux donner le droit de vote et d’éligibilité. Aussi, je veux donner de droit de vote à celles qui travaillent de tout leur cœur à la solution de nos problèmes. Je veux élargir leur champ d’action. De plus, je veux que la génération montante puisse voter. Je veux donner le droit de vote aux jeunes filles qui, du sein de nos associations des bienfaisance et de charité, se dévouent de tout leur cœur pour nous tous. Je demande que nous enlevions tout entrave à l’influence bienfaisante de la femme dans notre société.

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Le 11 avril 1940, par un vote 67 voix contre 9, l’Assemblée législative adopte le projet de loi en deuxième lecture. Les opposants espèrent alors que les conseillers législatifs bloqueront le projet. Le conseiller libéral François-Philippe Brais présente le projet à ses confrères en répondant à un certain nombre d’objections :

Il en est, cependant, que redoutent le suffrage féminin sous prétexte que ce peut être une source de désunion au sein des foyers. Les faits nous fournissent une réponse concluante. Depuis 22 ans, les femmes de notre province ont droit de vote dans l’arène fédérale. Les questions qui ont surgi dans ce domaine ont donné lieu à des luttes plus tourmentées celles que nous pourrons avoir. Au moins, je l’espère, dans l’arène québécoise. Où voit-on qu’un droit si légitime accordé à la femme ait eu les résultats qui l’on appréhende ?

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Le jour où il ne restera plus aux époux que les opinions politiques comme terrain de chicane, je crois que nous avons atteint l’âge d’or dans les relations matrimoniales. L’heure est donc venue d’accorder aux femmes de notre province un droit indiscutable, un droit que possèdent déjà les femmes dans les huit autres provinces.

Par un vote de 13 voix contre 5, le Conseil législatif ratifie la décision prise par la chambre intérieure.

Les Québécoises iront pour la première fois aux urnes lors des élections provinciales du 8 août 1944. Le nombre total d’électeurs en inscrits est alors de 1 864 692, alors qu’aux élections précédentes, soit celles du 5 octobre 1939, la liste électorale ne comportait que 753 310 noms.

(Extrait de Histoire du Québec par Jacques Lacoursière. Éditions Septentrion, 1997. tome 4).

Voir aussi :

Droit de vote pour les femmes
Illustration : La femme doit voter ! Photographie de l’époque, libre de droits (dans le domaine public).

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