Dernières années de la Nouvelle-France

Dernières années du régime français au Canada

D. Par qui M. de la Jonquière fut-il remplacé ?

R. Par le marquis Duquesne de Menneville, sous le titre de gouverneur – général du Canada, de la Louisiane, du Cap-Breton, de l’île Saint-Jean, et de leurs dépendances. Aussitôt qu’il eut pris la conduite du gouvernement de la colonie, il s’appliqua à discipliner les troupes et les milices, persuadé que la paix ne pouvait durer longtemps ; car les colons de la Virginie, ayant franchi lus monts Appalaches, s’étaient avancés à l’ouest, et se fortifiaient sur les bords de la rivière Monongahela. M. de Contrecœur, qui commandait au fort Duquesne, crut que son devoir l’obligeait à s’opposer à l’entreprise des Anglais, c’est pourquoi il assembla ses troupes, et investit le fort Necessity. Les Anglais n’attendirent pas l’attaque, ils se hâtèrent de capituler, et se rendirent prisonniers de guerre. Cette affaire eut lieu au commencement de juin 1753.

D. Une fit le général Braddock en 1754 ?

R. Il voulut reprendre le fort Necessity, et se mit en marche à la tête de 2,200 hommes. M. de Contrecœur, qui commandait toujours au fort Duquesne, envoya contre lui 900 hommes pour l’attaquer à un défilé où il devait passer à trois lieues de son fort. Braddock s’avança sans méfiance et sans précaution, jusqu’à l’endroit ou l es Français étaient en embuscade. Ceux-ci ayant fait une décharge de leur mousqueterie sur les Anglais, ces derniers furent frappés d’une espèce de terreur panique, et se mirent à fuir dans le plus grand désordre. Braddock parvint à en rallier un certain nombre, e t alla avec e u x à la charge une seconde fois j mais il fut blessé mortellement, et les soldats, décourages par la perte de leur chef, se mirent à fuir en désordre et pêle-mêle. La perte des Anglais monta à environ 700 hommes, parmi lesquels il y avait plusieurs officiers de mérite. Toute leur artillerie, leurs munitions et leurs bagages tombèrent entre les mains des Français, ainsi que les plans et les instructions du commandant.

D. Que firent les gouvernements français et anglais, voulant soutenir leurs colonies respectives ?

R. Ils mirent chacun une flotte en mer, au printemps de 1754. Los deux escadres arriveront presque en même temps sur les bancs de Terre-Neuve, et, fort heureusement pour l’amiral français, les brouillards qui règnent dans cas parages donnèrent à toute sa flotte le moyen do s’échapper, à l’exception de deux vaisseaux qui furent pris par l’escadre anglaise, sur lesquels étaient huit compagnies de troupes et un grand nombre d’officiers du génie.

D. Quel fut le successeur du marquis Duquesne dans le gouvernement général du Canada?

R. Ce fut le marquis de Vaudreuil, gouverneur de la Louisiane. Les provisions de ce dernier, datées du 1er janvier 1755, furent enregistres à Québec, le 13 juillet de la même année.

D. Que tirent les colonies anglaises après la défaite du général Braddock ?

R. Elles résolurent de s’emparer des forts Carillon et de la Pointe à la Chevelure. Lo baron Dieskau fut envoyé à ce dernier poste avec 3,000 hommes de troupes ; mais, en ayant laissé la moitié au fort Frédéric, il s’avança tans artillerie avec 1,500 hommes à la rencontre de l’ennemi ; il délit d’abord la garde avancée de douze cents hommes, et arriva, en la poursuivant, à la vue des retranchements des Allais, les soldats français combattirent avec un ordre et une bravoure qui tirent croire que, si leur commandant n’avait pas fait la faute de laisser la moitié de son monde a la Pointe à la Calière, il aurait remporté une victoire éclatante, au lieu d’essuyer une défaite signalée après avoir perdu près de 800 hommes. Là bataille se livra le 8 septembre 1755, près du lac Georges, et dura depuis midi jusqu’à quatre heures.

D. Quelle victoires les Français remportèrent-ils l’année suivante ?

R. Ils remportèrent une célèbre victoire à Oswégo, commandés par le marquis de Montcalm. Le colonel Mercer, qui y commandait, ayant été tué, la garnison, forte de plus do 1,200 hommes, demanda à capituler ; ce qui lui fut accordé. Les Français démolirent les forts Ontario et Oswégo, et s’emparèrent de sept bâtiments, de 10 à 18 canons, 200 bateaux, plusieurs pièces d’artillerie, et une grande quantité de provisions de bouche et d’effets militaires. Les étendards pris aux Anglais furent suspendus, comme des trophées, dans loi églises do Québec, de Montréal et des Trois-Rivières. La perte des Anglais fut de 150 hommes tués ou blessés, et celle des Français de quarante.

D. Quelle victoire les Français remportèrent-ils en 1757?

R. Ils s’emparèrent du fort Georges, à l’extrémité du lac Saint Sacrement. La garnison anglaise se défendit avec bravoure, mais, au bout de quatre jours, ayant perdu tout espoir d’être secourue, et voyant ses munitions presque épuisées, le commandant demanda à capituler.

D. Que firent les Anglais en Tannée 1758 ?

R. Ils mirent en mer une flotte composée de 2 vaisseaux de ligne et de 18 frégates, portant 16,00 hommes de troupes aguerries, pour s’emparer de Louisbourg. La garnison française qui devait défendre la place n’était que d’environ 3,000 hommes. Malgré ces désavantages, les assiégés se déterminèrent à la plus opiniâtre résistance. Madame de Drucourt, continuellement sur les remparts, la bourse à la main, tirant, elle-même des coups de canon par jour, semblait imputer au gouverneur, son époux, la gloire de ses fonctions. Rien ne décourageait les assiégés, et ce ne fut qu’à la veille d’un assaut impossible à soutenir, qu’on parla de se rendre. Dans la capitulation furent comprises l’île du Cap-Breton et celle de Saint-Jean. Vers le même temps, les Anglais s’emparèrent aussi des forts de Frontenac et Duquesne.

D. Qu’est-ce qui dédommagea les Français de la perte de Louisbourg, du Cap-Breton, etc?

R. Ce fut la victoire qu’ils remportèrent à Carillon sur les Anglais, le 8 juillet 1758. Les troupes anglaises au nombre de 20,000 hommes, étaient commandées par le général Abercrombie, quoique le marquis de Montcalm n’eût que 4,000 hommes à lui opposer, il n’hésita cependant point d’engager le combat. Les Anglais se précipitèrent alors vers les retranchements des Français avec la fureur la plus aveugle ; inutilement on les foudroyait du haut du parapet, alors qu’ils puissent se défendre ; inutilement, ils tombaient enfilés, dans les tronçons au travers desquels leur fougue les avait emportés. Le général Abercrombie, voyant qu’il n’y avait pour lui aucuns espérance de succès, prit le parti d’ordonner la retraite. La perte des Français fut d’environ 500 hommes tués ou blessés, celle dès Anglais monta à 5,000 hommes. Après cet échec, ces derniers prirent la résolution de chasser entièrement les Français du Canada.

D. Qu’arriva-t-il ou commencement de l’année 1759 ?

R. Le gouverneur-général fit faire le recensement de tous les -hommes en état de « porter les armes dans la colonie, qui se trouva de 15,229 miliciens. Le 27 juin suivant, une flotte anglaise, destinée à s’emparer de Québec, débarqua à l’île d’Orléans. Les Anglais passèrent tout le mois d’août à canonner la ville, mais , n’ayant eu aucun succès, le général Wolfe, voyant la saison avancée, et désespérant de pouvoir forcer les Français, résolut d’essayer de combattre le marquis de Montcalm dans une situation moins avantageuse. Dans la nuit du 12 au 13 septembre, il fit débarquer ses troupes à Vance du Foulon, et les rangea en bataille dans les plaines appelées les hauteurs d’Abraham. Le général Montcalm l’ayant appris, sortit immédiatement do la ville et s’avança en ordre de bataille pour le combattre : la général Wolfe l’attendit de pied ferme, et connue tous deux désiraient d’en venir aux mains, la bataille commença aussitôt ; tous deux y perdirent la vie. La victoire resta aux Anglais ; les Français rentrèrent dans la ville, et les Anglais, restés maîtres du champ de bataille, s’y fortifier.

D. Où l’année française se retira-t-elle après la perte de la bataille de Québec ?

R. Elle traversa la ville et la rivière Saint-Charles, et elle rentra dans le camp de Beauport. Le gouverneur-général assembla un conseil de guerre, pour aviser aux moyens qu’il convenait de prendre dans les circonstances où l’on se trouvait. Il lit avertir M. de Ramsay, commandant à Québec, que l’armée française était en marche pour le secourir. Elle était déjà à Lorette, lorsque M. de Bougainville, qui commandait l’avant-garde, apprit en traversant la rivière Saint-Charles, que, par une précipitation inconcevable, le commandant de Québec avait capitulé, malgré les espérances certaines d’un secours prochain, et avant même qu’il y eût une seule batterie de dressée contre la place. Cet événement rendait inexécutable le dessein qu’on avait formé d’attaquer les Anglais, et il fallut rebrousser chemin. Le gros de l’armée se rendit à Jacques-Cartier où l’on commença à travailler à la construction d’un fort. On y laissa des troupes suffisantes et l’on alla s’occuper à Montréal des moyens d’en effacer la honte.

D. Que fit le gouverneur-général au printemps de 1760?

R. Il réunit tout ce qui lui restait de troupes, et donna le commandement de cette armée, composée de 6,000 hommes, au chevalier de Lévis, qui la fit marcher sur Québec, dans le dessein de s’en emparer. Étant arrivé à Sainte-Foi, il rencontra l’armée du général Murray forte de 4,000 combattants; l’action s’engagea aussitôt; les Français et les Anglais y montrèrent une bravoure et une ardeur à peu près égales. Les premiers perdirent 800 hommes, et les derniers de 12 à 1,500 ; mais la victoire resta aux Français qui s’avancèrent jusqu’au pied des murs de Québec et y dressèrent des batteries, dans l’intention d en faire le siège. Ils la bombardèrent cinq jours sans aucun succès, depuis le 10 matin jusqu’au 15. Ce même jour, le général français fut averti que deux gros vaisseaux, qui paraissaient être anglais, venaient d’arriver entre l’île d’Orléans et la Pointe-Lévis. Le 21, le chevalier de Lévis, désespérant de voir arriver prochainement des secours de France, leva le siège, et se retira à Montréal auprès du gouverneur-général.

D. Que fit le gouverneur après la levée du siège de Québec ?

R. Il fit ériger de nouvelles fortifications à Montréal et l’on arma en guerre quelques-uns des vaisseaux qui étaient dans le port. Cependant la flotte de Murray était arrivée le 25 août, à quatre lieues au-dessous de Montréal, et portait 3,000 hommes de troupes; le général Amherst débarqua à Lachine avec 10,000 hommes. Toutes les troupes françaises rentrèrent alors dans la ville et ne montaient guère qu’à 3,000 hommes, non compris 500 qu’il y avait sur l’île Sainte-Hélène. Le gouverneur-général, voyant L’impossibilité de résister avec d’au faibles ressources, tint une assemblée dans la nuit du 6 au 7 septembre. On lut un mémoire sur l’état de la colonie et un projet de capitulation. Elle fut proposée, le 7 au matin, au général Amherst, qui accorda presque tout, excepté les honneurs demandés par les troupes françaises, voulant quelles missent bas les armes, livrassent leurs drapeaux et ne servissent pas durant la guerre.

D. Que firent les troupes françaises après que la capitulation fut signée de part et d’autre ?

R. Elles mirent bas les armes, et furent conduite en France aux dépens de l’Angleterre, ainsi que tous les employés du gouvernement. Par le traité de paix du 10 février 1763, la France céda à l’Angleterre le Canada et ses dépendances. D’un autre coté, Sa Majesté Britannique confirme et assure a aux habitants du Canada le libre exercice du culte catholique, ainsi que les autres articles de la capitulation de Montréal. Ainsi passa de la domination de la France à celle de l’Angleterre, une colonie d’un siècle et demi d’existence, une région aussi vaste que l’Europe, et cela, par la faute des administrateurs de la métropole, et plus encore de ses employés dans la colonie.

Dernières années de la Nouvelle-France
Québec en hiver. Cul-de-sac. Photo d’Histoire du Québec.ca.

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