La dernière bataille de Dollard des Ormeaux : Tout le récit de la bataille de Long-Sault en mai 1660
C’est le 19 avril 1660 que Dollard et ses compagnons sont partis pour l’Outaouais. Il semble que c’est Dollard des Ormeaux lui-même qui ait eu l’idée de l’expédition. Ignorant la présence d’une forte armée onontaguée dans cette région, Dollard avait décidé quelques amis à l’accompagner dans une expédition destinée à surprendre des groupes isolés de chasseurs revenant avec leurs prises d’hiver. Peut-être aussi voulait-on prévenir des attaques contre le convoi
d’Outaouais que Radisson et des Groseilliers devaient conduire au Saint-Laurent, cette année.
Après avoir communié comme le font tous ceux d’entre nous qui marchent à l’ennemi, après s’être engagés par serment à ne pas demander quartier, les compagnons partirent en canot pour l’Outaouais. Ils décidèrent de s’embusquer au pied du Long-Sault. À cet endroit, les petites bandes iroquoises devaient nécessairement mettre pied è terre ou encore sauter le rapide en suivant la rive, un canot après l’autre. Le Long-Sault, tous les voyageurs de l’Outaouais le savent, est l’endroit indiqué pour une embuscade. C’est le 1er mai que Dollard et ses hommes mettent pied à terre au Long-Sault. Le même jour quatre Algonquins et quarante Hurons dirigés par les chefs Metiwimeg et Onontaha viennent se joindre aux Français.
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Dès le lendemain un premier groupe d’Iroquois faisait son apparition. Il s’agissait de deux canots portant quinze Onontagués. Ceux-ci s’engagèrent dans les rapides le long de la rive tel que Dollard l’avait prévu. Les Français les attaquèrent immédiatement à l’arquebuse. Malheureusement ils ne réussirent à en abattre que treize. Les deux autres purent s’enfuir. Malgré la fuite de ces deux ennemis, qui devaient éventer l’embuscade, les Français et leurs alliés décidèrent de rester sur place. Ils attendaient donc d’autres partis de chasse qui suivraient ce premier groupe.
Quelle ne fut pas leur surprise, le lendemain, de voir apparaître « en belle ordonnance », une flottille. Celle-ci portait donc deux cents Onontagués prêts à la guerre. Dollard et ses compagnons se réfugièrent à la hâte dans un fortin délabré. Le laissèrent là l’année précédente des chasseurs algonquins. On sait la suite, le récit en a été fait dans toute la colonie depuis quelques mois. Les Français repoussent attaques sur attaques pendant cinq jours.
Ayant abandonné leurs vivres sur la rive de l’Outaouais, ne pouvant se nourrir que d’un peu de farine qu’ils mêlent avec de l’eau boueuse qui coule d’une pauvre source à l’intérieur du fortin, les Français souffrent terriblement de la faim, de la soif et de l’insomnie.
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Le huitième jour du siège, ils voient apparaître une armée de cinq cents Agniers. Ceux-ci, partis de l’embouchure du Richelieu, viennent prêter main forte aux Onontagués.
Terrassés par la peur, trente Hurons sautent la palissade et se rendent à l’ennemi. Ayant appris par les Hurons transfuges les piètres conditions dans lesquelles se trouvent les défenseurs du fortin, les troupes iroquoises se jettent à l’assaut. Pour éloigner cette masse hurlante, Dollard décide de jeter parmi eux un baril plein de poudre. Une branche d’arbre le fait retomber dans le fort où, en explosant il aveugle les défenseurs. Les Iroquois s’emparent des meurtrières, arrachent les pieux, pénètrent dans l’enceinte, massacrent tout ce qui s’y trouve, malgré la lutte farouche que Dollard et quelques survivants opposent aux envahisseurs.
Il ne reste bientôt plus que quatre Hurons et cinq Français que les Onontagués, les Agniers, et les Onneyouts se partagent.
Les Iroquois brûlent immédiatement quatre des cinq Français tandis que l’autre mourra, un peu plus tard, dans la forêt, après s’être enfui.
Non satisfaits, les guerriers des Cinq Nations brûlent aussi sept des Hurons transfuges qui s’étaient rendus avant la bataille et amènent les autres prisonniers à leur bourgade. Voilà dans toute sa simplicité le récit du plus important fait d’armes que notre pays ait connu depuis sa fondation il y a cinquante-deux ans.
À compléter la lecture :
Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.
