Histoire du Québec

Le dernier gouverneur

Le dernier gouverneur de Montréal et son oeuvre

À M. de Beaucours succéda, comme gouverneur de Montréal, le baron de Longueuil, nommé en 1749. Il resta en fonctions jusqu’en 1755. À la mort de M. de La Jonquière, il fut gouverneur général intérimaire. Le roi refusa de lui confier ce poste important, malgré sa demande formelle. Duquesne étant arrivé en 1752, le baron dut reprendre le chemin de son gouvernement particulier. Il mourut le 17 janvier 1755.

Pierre de Rigaud de Vaudreuil, frère du gouverneur général, ne fut nommé qu’au mois de mai 1757. Le roi hésita longtemps à lui confier cette charge, parce qu’il lui manquait (( une certaine étendue de talents et de lumières que la nature ne donne pas à tout le monde et que la meilleure volonté ne saurait procurer. (Lettre du Président du Conseil de Marine, 12 avril 1756. («Rapport concernant les Archives canadiennes,» 1905, vol. I, 6e partie, p. 222.)(18) J.-B.-A. Ferland: «Histoire du Canada,» vol. 11, p. 547.

Pierre François de Rigaud, comte de Vaudreuil, ne passait pas, dit-on, pour être spirituel; mais il était brave, bon, affable et capable de tout entreprendre pour le service du roi.f18) En 1756, il eut le commandement de l’avant-garde de l’armée de Montcalm, qui attaqua le fort Chouaguen, où les Anglais faisaient de grands préparatifs de guerre aux frontières de l’ouest. L’armée française arrivée sur les lieux, les officiers français étaient
d’avis de ne pas exposer l’artillerie et de la laisser à l’arrière. (( M. de Rigaud et les officiers canadiens, plus au fait des nécessités du pays, ont soutenu avec vigueur l’opinion contraire, et qu’il fallait frapper au plus vite.(Lettre de Vaudreuil au Ministre, 1er septembre 1756. — Édouard Richard: «Rapport sur les Archives de France,» 1899, p. 161.)

Leur avis prévalut, les batteries furent montées et ouvrirent le feu, alors que les Canadiens et les sauvages de M. de Rigaud traversaient le gué et se jetaient dans les bois avoisinant le fort pour couper toute communication avec le fort George (William-Henry). Le 14 août au matin, le drapeau blanc faisait cesser la canonnade et 1 600 hommes des régiments Peppered, Shirley et Schuyler se rendirent prisonniers.

Plus de 150 Anglais étaient tombés durant le siège. Artillerie, munitions, armes de toutes sortes, provisions en abondance furent le butin de cette importante journée. ((« Articles de capitulation accordés à John Littlehales par M. de Montcalm,» 14 août 1756. — Edouard Richard: «Rapport sur les Archives de France,» 1899. d. 161.)

Chassés de Chouaguen, les Anglais reprirent leurs préparatifs de campagne au fort George. On résolut de détruire ce nouveau centre militaire, où s’élaboraient les plans pour faire notre conquête. On chargea M. de Rigaud de Vaudreuil d’une première expédition composée de 300 soldats de la marine, 600 Canadiens et 400 sauvages. Le chevalier de Longueuil commandait en second la petite armée. Arrivé le 19 mars 1757 devant la forteresse du lac St-Sacrement, on constata que la place était mieux défendue qu’on ne le croyait. Le dégel ajoutant aux difficultés de l’entreprise, on renonça à faire le siège du fort. On se contenta de brûler 300 bateaux de transport, trois barques, des hangars remplis de vivres, dix-sept maisons et un moulin à scie. (« Relation de ta Campagne sur le lac St-Sacrement,» 4 mai 1757. — Archives de la Marine: «Collection Moreau St-Méry,» vol. XIII, F, folio 25.)

M. de Lévis écrivit au ministre qu’il aurait été heureux de commander l’expédition conduite par M. de Rigaud, mais qu’il n’aurait pu faire mieux que lui. (Lettre de Lévis au ministre, 24 avril, 1757. — Archives de la Marine, “Collection Moreau-Saint-Méry”, volume XIII, F. folio 23.

À son retour, M. de Rigaud de Vaudreuil fut nommé gouverneur de Montréal. Il l’avait bien gagné. Depuis 1754, on constate que les gens de Montréal sont largement représentés dans les entreprises militaires de l’ouest. Les officiers qui s’y distinguent sont presque tous de notre district et l’on est porté à croire qu’il en est ainsi de nos miliciens. Nous savons du moins qu’en 1755, Bréard, commissaire de la marine, envoya à Montréal 300 hommes du gouvernement de Québec et 50 de celui des Trois-Rivières pour faire les récoltes. Tous ceux du gouvernement de Montréal en état de marcher, avaient été commandés pour aller protéger le fort Saint-Frédéric (Combat de la Monongahéla, lettre de Bréard au Ministre, 13 août 1755. — Joseph Marmette: «Rapport sur les Archives de France,» 1887, p. CLXIX.)

La campagne de 1758 amena des succès à l’ouest et des revers à l’est. Au-dessus du glorieux champ de bataille de Carillon éclata le coup de foudre de Louisbourg. Les derniers échos du Te Deum se confondirent avec la sombre élégie qu’apportait jusqu’à nous la marée montante du Saint-Laurent.

Le soleil couchant. Photo de Histoire du Québec.ca.
Le soleil couchant. Photo de Histoire du Québec.ca.