Décès des hommes politiques

Décès des hommes politiques au XIXe siècle

(texte tiré du livre Histoire de Montréal, écrit et publié en 1942 par l’historien Camille Bertrand)

Sur la fin du régime de l’Union et le commencement du système fédéral, la ville de Montréal vit disparaître plusieurs de ses citoyens éminents, qui avaient fait sa gloire dans l’arène politique et sociale.

Denis-Benjamin Viger mourut en 1858. L’histoire n’a pas encore, et il faut le regretter, rendu pleine justice à ce patriote éclairé et sincère. Qu’on nous permette de répéter ici ce que nous avons dit ailleurs de l’œuvre réelle de celui que l’on a injustement qualifié d’opportuniste politique, quand il saisit tout simplement le moment opportun de mettre dans les statuts plusieurs de nos libertés politiques, alors que d’autres, fatigués de la lutte, lui abandonnaient le pouvoir.

Les contemporains de Viger ne lui ont pas pardonné d’être entré dans le cabinet Draper-Viger, à la sortie de Lafontaine… Quoi qu’il en soit la langue française reconnue officiellement, le pardon accordé aux chefs de 1837, la loi municipale démocratique, la loi de l’instruction publique, le contrôle absolu du parlement sur les subsides, voilà autant d’actes d’une importance capitale, qui sont à la base même de nos libertés constitutionnelles, que nous devons de fait et en dernier ressort à la législation du ministère Draper-Viger. » (Bertrand et Desrosiers: Histoire du Canada, 4e édition).

En 1864, le 26 février, sir Hyppolite Lafontaine, le grand défenseur des droits du français en ce pays, et devenu juge en chef du Bas-Canada, entrait à son tour dans la cité des morts du Mont-Royal. Lafontaine avait eu une carrière politique et sociale toute de conviction et de sincérité. Pour lui, l’histoire a été prodigue de justice et de gloire.

En 1873, 20 mai, sir Georges-Etienne Cartier mourait à Londres. Ramené au pays, Cartier fut exposé en chapelle ardente au palais de justice et ses funérailles à Notre-Dame donnèrent lieu à un déploiement extraordinaire de cérémonies funèbres officielles. Durant le service, les trompettes d’argent se mêlèrent aux chants liturgiques et un catafalque, construit pour la circonstance, reçut la dépouille mortelle, sous un luminaire féerique. (3 Bertrand et Desrosiers: Histoire du Canada, 4e édition. (Nous tenons tous ces détails d’un témoin oculaire, qui nous les racontait à l’occasion des funérailles nationales d’Honoré Mercier). Depuis, on a élevé sur le versant du Mont-Royal, au coût de 3200,000, la gigantesque colonne de la confédération canadienne, où est adossée la statue de Cartier. Mais l’histoire va-t-elle ratifier entièrement, sans réserve, toute cette splendeur du souvenir ?…

Louis-Joseph Papineau, le grand tribun, était mort à Montebello le 23 septembre 1871. Line grande figure sur laquelle l’histoire n’a pas encore prononcé de jugement définitif. Ce n’est pas le lieu d’apprécier l’œuvre de Papineau; mais l’on constate qu’en ces temps d’incertitudes politiques et sociales, la figure du tribun apparaît comme en un fond de scène, où se fixe inconsciemment peut-être les regards de tous, et que certains courants d’opinion nationale remontent aux luttes parlementaires de 1820 à 1836 comme à leur source. Papineau est resté, à Montréal du moins, la personnification idéale de tous les mouvements nationalistes, sous quelque nom que l’on tente de les déguiser.

Viger, Lafontaine, Papineau, Cartier disparus, c’est presque une époque qui se clôt. Leur œuvre va-t-elle être reprise par d’autres avec autant d’ardeur, de persistance et de succès ? Plusieurs doutaient que les chefs politiques montréalais disparus auraient de longtemps des successeurs de leur valeur. Parmi les jeunes, aucun nom ne semblait s’imposer au choix du public. Mais, quand les vrais chefs manquent, on a recours aux « congrès des compétences de second ordre » pour coordonner les énergies individuelles en vue de l’action collective. Et pourtant tous les congrès ne vaudront jamais une seule tête bien faite pour l’œuvre nationale. Nos inquiétudes présentes, que des centaines d’organisations contradictoires augmentent chaque jour, nous montrent assez que cette tête-là, la Providence tarde beaucoup à la faire lever parmi nous.

Voir aussi :

Fleurs en hiver
Fleurs en hiver. Photo de Histoire-du-Quebec.ca.

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