Condamné aux galères

Offense, sentence, potence : Condamné aux galères pour avoir outragé un crucifix

Condamné aux galères : François-Charles Havard de Beaufort, dit l’Avocat, soldat de la compagnie de la Fresnière, en garnison à Montréal, a été condamné à trois ans de galères pour avoir outragé un crucifix, le jeudi 28 juin de l’année dernière.

Un cordonnier du faubourg Saint-Joseph s’étant fait voler la somme de trois cents livres, il fit appel aux services de Beaufort, qui avait déjà fait retrouver une bague perdue.

Pour la somme de vingt livres, l’apprenti-sorcier s’engageait à faire apparaître dans un miroir le visage du coupable.

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La cérémonie se déroula devant plusieurs invités. Parmi ces derniers se trouvait la jeune Suzanne Decelle-Dudos qui nous a raconté les détails de la cérémonie. Lorsqu’elle arriva avec sa mère à la demeure de Charles Robidoux, le cordonnier, elle aperçut Havard qui, avec un livre à la main, était assis près d’une table où, sur une serviette, on avait posé deux chandelles allumées et placé, au milieu, un miroir renversé.

Il y avait sur la table, en plus des objets précités, une petite fiole d’huile d’olive et trois paquets de poudre blanche, jaune et noire. Après chaque verset que lisait le magicien dans un petit livre intitulé « Extraits des propres paroles de Jésus-Christ, dans les quatre évangiles, les actes des Apôtres et de l’Apocalypse », il prenait une pincée de chaque poudre qu’il répandait sur le dossier du miroir. Puis, il infusait avec quelques gouttes d’huile qu’il répandait dessus.

Une fois ces cérémonies terminées, Havard demanda un crucifix. Lanoue, un voisin, revint avec un crucifix en bois qu’on plaça la face renversée sur le dossier du miroir.

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Le pseudo-sorcier recommença alors la lecture de versets. Il répandit huile et poudre sur trois coins du crucifix et au milieu. Il ordonna ensuite d’éteindre les chandelles. La tête baissée, il souleva quelques fois le miroir, en tenant le haut du crucifix entre ses mains et en marmottant en latin quelques paroles. On fit à nouveau de la lumière et Havard essaya de tracer avec un des bras du crucifix trois raies sur le linteau de la cheminée. Mais, comme les trois marques n’étaient pas assez apparentes, il les refit avec un morceau de charbon.

Il invita ensuite les assistants à venir toucher à une des marques et il s’engageait à dire qui avait posé le geste.

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Dès le lendemain de la cérémonie, toute la ville était au courant de la séance de sorcellerie. Beaufort, Lanoue et Robidoux furent incarcérés. Après avoir entendu tous les témoins, le lieutenant général Monrepos prononça, le 30 août, la sentence suivante :

Beaufort, condamné à une peine de cinq ans comme galérien. Il fera amende honorable, en chemise, la corde au cou, tenant en ses mains une torche de cire ardente du poids de deux livres, devant la porte principale de l’entrée de l’église paroissiale et ce, un jour de marché, au devant de laquelle porte, il sera amené et conduit par l’exécuteur de la haute Justice, ayant un écriteau devant et derrière portant ces mots : « Profanateur des choses saintes ». Il devait, en outre, déclarer à haute voix qu’il avait, témérairement et imprudemment, profané les paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Robidoux et Lanoue furent condamnés à être chassés de notre ville pour les trois prochaines années. Les accusés ont fait appel au Conseil Supérieur. Ensuite, ils ont obtenu une diminution de peine. En effet, Beaufort ne sera aux galères que pour trois ans. Quant aux deux autres, on a amoindri également leur peine.

Une galère. Illustration tirée de Histoire de France, cours élémentaire, Ernest Lavisse, Armand Colin, 1913, page 128 de l'édition Heath de 1919. Image du domaine public.
Une galère. Illustration tirée de Histoire de France, cours élémentaire, Ernest Lavisse, Armand Colin, 1913, page 128 de l’édition Heath de 1919. Image du domaine public.

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