Plongez, M. Bourassa, dans la civilisation du loisir
C’est devenu presque un cliché que de dire : nous sommes entrés dans la civilisation du loisir.
Les hommes publics, qui sont les premiers à vanter les mérites dé cette nouvelle ère des loisirs, semblent les derniers à agir pour respecter vraiment cette société nouvelle. »
Ainsi, au Québec, parce que chaque politicien veut garder ses prérogatives et refuse de se départir d’une partie de son royaume, il existe quelque 150 lois présentement administrées par une vingtaine de ministères, lois qui touchent directement ou indirectement à la jeunesse, aux loisirs et aux sports. Quel bel exemple de planification ! Le gouvernement, dirigé par quelque équipe que ce soit, peut bien se gargariser de grands mots. Le mot « planification » en est un qui fait bien dans le décor. Allez-y voir dans la réalité quotidienne.
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Un autre exemple. Depuis sa création il y a trois ans, le Haut Commissariat à la Jeunesse, aux Loisirs et aux Sports en est à son quatrième « voyage » dans les ministères. Au départ, il relevait directement du conseil exécutif. Ensuite donc du ministère du Tourisme, après, du ministère des Communications. Maintenant, c’est du ministère de l’Éducation. Et demain ? C’est encore l’éparpillement. Et pourtant ! Pour une rare fois, tous les milieux sportifs sont d’accord sur un point : il faut un ministère des Sports ou, avec un nom différent, un organisme qui aura les pouvoirs et les juridictions nécessaires sur tout ce qui s’appelle., « jeunesse », « loisirs » et « sports » au Québec.
La Confédération des Sports du Québec, la Confédération des Loisirs du Québec, les quatre partis politiques représentés à Quebec — y compris les membres du parti au pouvoir – les conseils régionaux et autres organismes locaux de loisirs sont unanimes :
Que faut-il de plus ? Une contestation dans la rue ? La démission de Gilles Houde. adjoint parlementaire du ministre de l’Éducation ‘et responsable du Haut Commissariat, qui tient mordicus à son projet ? Quoi encore ?
Civilisation de loisir
Le premier ministre Bourassa, avec ses 38 ans, aime répéter que son conseil des ministres est le plus jeune jamais formé au Québec. Le chef du gouvernement québécois se flatte de connaître les problèmes de la jeunesse, de la consulter. de répondre à ses désirs.
À quand l’annonce de la création d’un véritable ministère des Sports, un super-ministère qui pourrait englober peut-être Tourisme, Chasse et Pêche et les multiples aspects qui relèvent des autres ministères jusqu’à une partie dé l’équipement municipal et scolaire pour fins, récréatives ?
Il ne manque certainement pas d’études, de mémoires ou de statistiques pour prendre la décision. Ca fait près d’un quart de siècle que les dossiers s’accumulent sur le sujet.
Un premier pas en deux points vient d’être accompli: l’étude du futur statut juridique du Haut Commissariat et la preparation d une loi-cadre des loisirs et sports.
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M. Bourassa est un homme de stratégie. Il est prêt alors a faire de grandes choses pour maintenir ou améliorer son « image publique ». Ainsi, il aurait une occasion toute spéciale de faire le grand saut souhaité par les organismes de loisirs.
Beaucoup plus que lors du pageant libéral du 29 avril dernier au Colisée de Québec avec l’annonce du projet de la Baie James, M. Bourassa serait applaudi à tout rompre si, le 14 août, à Rivière-du-Loup. il annonçait la création d’un super-ministère des Sports, à l’occasion de l’ouverture des Jeux du Québec devant les 3.000 athlètes des différentes régions pour la grande confrontation provinciale.
M Bourassa est un bon nageur. En fait, il aurait une merveilleuse occasion d’évîter quand même de plonger en eau trouble.
Claude MASSON. Texte paru dans le journal La Presse, le 2 août 1971.
Illustration : Premier ministre du Québec Robert Bourassa. Image libre de droit. Source de l’image : journal La Presse.
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