Chronique criminelle du mois de janvier 1930

Les vols à l’étalage au temps des fêtes

Une femme du Vermont qui jura, mais un peu tard, de ne plus voler à Montréal – Le triste cas d’une mère abandonnée par son mari – Elle comparaît en cour avec son bébé dans les bras – Clémence du juge

«Je ne peux absolument pas aller en prison, votre Honneur», disait hier matin, au juge Enright une dame anglaise de St-Albans, accusée d’avoir, en compagnie d’une autre dame de ses amies, volé différents articles exposées en vente chez T. Eaton. – Curieux épisode de la lutte contre l’alcool

Le juge Enright a fait une verte semonce aux deux coupables, des dames dépassant la cinquantaine, leur disant que les vols à l’étalage sévissaient à l’état d’épidémie à Montréal et que les détectives devaient arrêter non seulement les voleuses de la Métropole, mais encore celles qui nous viennent des autres villes.

«Nous avons été trop cléments dans le passé, à dit le juge, et les gens de la campagne, les dames surtout, en sont venues à croire qu’il suffit de se rendre à Montréal pour voler dans les grands magasins et s’en tirer avec une sentence suspendue lorsqu’on a le malheur de se faire prendre.

«Votre cas, madame, est particulièrement grave, car vous avez volé non seulement une robe, mais encore une sacoche, des bas, des foulards, c’est-à-dire autant d’articles qu’il vous était possible d’en prendre sans laisser voir à tout le monde que vous veniez de voler.»

«Vous me dites que votre fille est malade chez vous, vous auriez dû y penser avant, ce qui vous aurait probablement évité de commettre ce vol qui vous vaudra une semaine de détention, à vous et à votre compagne, à la prison de la rue Fullum».

«Je ne peux absolument pas y aller, monsieur le juge, protesta plusieurs fois de suite la dame presqu’en larmes ».

N’empêche qu’elle a pris le chemin de la prison, jurant mais un peu tard…

Un cas lamentable

Le juge Enright a eu à trancher un cas assez embarrassant cette semaine alors qu’une dame Campbell, désertée par son mari, a comparu sous l’accusation d’avoir commis un vol à l’étalage. Elle avait dans ses bras un charmant bébé d’une couple d’années qui gazouillait, sans se soucier le moins du monde de la majesté du tribunal.

Le juge a pris en considération le fait que la coupable était seule depuis l’abandon de son mari pour user de clémence à son égard. Il lui à conseillé de prendre des mesures pour faire appréhender son époux et lui à donné une sentence suspendue à condition qu’elle ne recommence plus. Mme Campbell a promis et le bébé a souri au juge sans comprendre qu’il venait d’agir avec beaucoup de clémence à l’égard de sa mère.

La saoulade des «coastguardmen »

On découvre que les francs-tireurs du gouvernement fédéral, attaquant les rum-runners, auraient volé la boisson saisie sur le «Flor del Mar» et l’auraient absorbée. Les soulards arrêtés en masse.

New London — Tandis qu’on commence une enquête sur le meurtre de trois hommes à bord du navire “Black Duck”, par les représentants de ls prohibition, faisant la surveillance des côtes dans des navires patrouilles, une autre a été commencée au sujet du vol de la boisson saisie sur le “Flor del Mar”, un autre navire amené à la base par les cotres samedi soir.

Ce “Flor del Mar” avait à bord 4,000 caisses de boisson et il paraît que les francs-tireurs du gouvernement qui ont saisi cette boisson en ont volé une partie et se sont enivrés de la plus belle façon. Par suite d’une bataille à tout casser entre marins et garde-côtes dans une maison de pension de New London, on à arrêté les garde-côtes qui devront passer en cour martiale. Il appert qu’on à donné de mauvaises notes à plusieurs autres de ces messieurs pour s’être promenés en état d’ivresse sur le quai de la base navale à la suite de la noce en question.

Le public à New London et ailleurs a l’impression que les garde-côtes administrent sévèrement la prohibition aux autres mais n’en usent pas beaucoup pour eux-mêmes. Cette fois, ils ont encore donné raison à M. Borah.

Le capitaine Chalker, à présent que l’alarme est donnée, a ordonné de faire des recherches à bord des cotres qui reviennent de leurs expéditions et même de fouiller les employés de la prohibition à leur débarquement.

On semble croire que cette saoulade des héroïques vengeurs d’une loi ignorée, aura un effet déplorable sur l’affaire du “Black Duck”, en ce qui regarde le côté fédéral de la question.

(5 janvier 1930, l’hebdomadaire Le Petit Journal).

Années folles
Vitrine des années folles. Photographie de Histoire-du-Quebec.ca.

Laisser un commentaire