Chronique criminelle de Montréal en mai 1930

Chronique criminelle d’un mois, c’est arrivé à Montréal et dans les environs en mai 1930

Un Roumain se fait voler $1,460 à la veille de s’embarquer pour aller voir les siens en Roumanie

Jeudi soir dernier un Roumain, John Ezuerniccanu, restaurateur de Windsor, Ontario, arrivait à Montréal en route pour la Roumanie, où allait visiter ses parents. Il portait un montant de $1,460 en argent dans une ceinture.

À bord du train il rencontra un ami d’occasion, Willie Fixeman, qui l’amena dans un café de la rue Sainte-Catherine, près de la rue Saint-Laurent. À cet endroit les deux hommes rencontrèrent une fille du nom de Flore, connue de Fixeman, qui partit avec le Roumain. Ils se rendirent dans une chambre de la rue Saint-Laurent et 1a jeune fille donna un verre de boisson à son compagnon. Cette boisson contenait des drogues et le Roumain perdit conscience de tout. Quand il s’éveilla, plus tard, il était seul et n’avait plus un sou.

Il porta plainte et Fixeman était arrêté, samedi matin, par les sergents détectives Rapin et Bertrand, sous une accusation de conspiration. Il subira son enquête le 21 et passera trois jours à la Sûreté.

Le célèbre pickpocket Goldberg pris avec l’argent en poche

Un pickpocket bien connu a été pour la seconde fois dans une semaine vendredi soir, Cette fois, cependant, les détectives ont pu se procurer les preuves tangibles contre le prisonnier. Les détectives Pagé et Roy étaient à surveiller la foule qui prenait les tramways, à l’angle des rues Saint-Denis et Sainte-Catherine vers 6 heures 15, quand ils reconnurent Ben Goldberg et décidèrent de le surveiller. Ils virent l’individu placer ses mains dans les poches d’un jeune homme. Goldberg fut immédiatement placé sous arrêt, mais quand il reconnut les détectives, il porta vivement la mais à sa bouche.

Les offciers, connaissant leur homme, le forcèrent à leur remettre ce qu’il avait dans sa bouche. C’était un chèque qu’il venait d’enlever à sa victime. Il était tout déchiré et mâché. Le tout a été conservé comme preuve.

La victime, M. Gatien, revenait de son travail et avait un montant de $17 dans ses poches. Cette somme fut retrouvée dans les poches de Goldberg, de même que’un montant de $78. Goldberg avait également une correspondance de tramway dans ses poches.

Fait intéressant, cette correspondance avait été émise sur tramway Sainte-Catherine, venant de l’ouest vers onze heures 30 et à la même heure, une plainte de voler une personne avait été enregistrée dans l’ouest de la rue Sainte-Catherine.

Goldberg avait été arrêté à dimanche dernier par les détectives Blanchette et Nantel, alors qu’il était en compagnie de Charles Gues et Harry Dunn, sur la place d’Armes. Il était en liberté provisoire moyennant deux cautionnement de $950 chacun.

Goldberg a comparu devant le juge en chef Perreault, ce matin et subira son enquête le 21. Le juge a refusé tout cautionnement cette fois-ci.

Un voleur jouait au généreux

Tiré à quatre épingles, il faisait le Beau Breummel et distribuait à droite et à gauche les marchandies de ses patrons

Comment le gardien d’un magasin de la rue Sainte-Catherine ouest a, pendant huit mois, fait le Beau Brummel au dépens de ses patrons et a été découvert à la suite d’une enquête faite la semaine dernière par la James Broderick Détective Service.

Depuis très longtemps, le gérant du magasin S. Fournier, rue Sainte-Catherine ouest, remarquait que deux ou trois fois par semaine, de nombreux objets manquaient à l’étalage du magasin. On fit enquête, mais ce fut peine perdue. On ne put parvenir à découvrir l’habile voleur.

Cependant, la semaine dernière, les vols commis dans le magasin s’élevaient à la jolie somme de près de $500 et on décida de retenir les services de l’agence privée.

Mardi, en ouvrant une caisse de chandails de laine, on découvrit que la caisse avait déjà été ouverte et qu’il manquait un des chandails. Les détectives commencèrent donc leur enquête et le même soir ils dévouvraient le chandail volé chez le gardien du magasin, un nommé E. Sauvé, qui vivait seul. On ne l’arrêta pas immédiatement et l’enquête fut continuée.

Les détectives découvrèrent que tous les soirs, Sauvé changeait de vêtements. Il se vêtait d’un habit de prix, portait le lorgnon et la canne et, muni d’une petite valise, se rendait dans différentes maisons de désordre ou dans les « blind-pigs ». À ces endroits il était connu comme un voyageur de commerce dans les hardes.

Probablement, pour obtenir les faveurs des gens de ces maisons, Suavé distribuait gratuitenent à droite et à gauche, les objets volés durant le jour dans le magasin : des chemises, des bas pour hommes et femmes, des sous-vêtements et nombre d’autres objets. Naturellement, chaque fois que le voyageur arrivait, c’était une fête dans la maison.

Cependant, mercredi et jeudi, les réjouissances se changèrent en lamentations quand, au lieu du voyageur, deux détectives se présentèrent dans tous ces endroits et exigèrent qu’on leur remit tous les cadeaux qui avaient été donnés par le bon samaritain nouveau genre. Plusieurs des amies de Sauvé voulurent refuser d’accéder la demande des détectives, mais tous durent se résoudre et remettre le bien volé.

Sauvé a comparu devant le juge Cusson et admit sa culpabilité. Il recevra sa sentence le 5 mai.

L’accusé avait déjà eu un démêlé avec la justice, mais à la demande de son patron qui se chargea de la surveiller, l’on s’était montré clément à son égard. Il n’a cependant pas su en profiter.

Est-on en face d’un meurtre ?

Granby, 3 mai 1930. La population entière de la ville de Granby est au comble de excitation aujourd’hui et l’on se demande si un meurtre atroce n’a pas été commis mystérieusement, qu’un grand hasard vient de révéler.

Voici les faits: le nouveau locataire d’une maison sitée dans la banlieue de la ville, M. Armand Lapierre, nettoyait la cave de sa nouvelle résidence, lorsqu’il découvrit brusquement, au milieu d’un tas de déchets, un crâne humain. Tout d’abord. M. Lapierre n’attribua pas trop d’importance à sa macabre découverte et se contenta d’enterrer le crâne dans son jardin. Ceci se passait vers le lundi de Pâques.

Mais après avoir réfléchi, il fit part de son aventure su chef de police Lapierre, qui est son parent.

Constations surprenantes

Celui-ci remit immédiatement le crâne su Dr. G. W. Runnells, Coroner du district de Bedford. Un examen préliminaire révéla que c’était là un crâne de femme, morte depuis environ deux ans. La matière grise du cerveau adhérait encore au crâne par endroits. Un simple frottement révéla sous la saleté des os blancs et délicats.

L’on se souvint immédiatement, par le rapport de l’huissier St-Martin, qui est virtuellement le représentant du Bureau Provincial des Détectives, que deux femmes avaient disparu mystérieusement de Granby, il y a deux ou trois ans, sans laisser de traces. L’une d’elles était mariée et l’autre était une jeune fille.

Est-ce un meurtre?

L’opinion semble prétendre que ce crâne est probablement celui de le femme mariée et qui disparut mystérieusement. Elle avait plusieurs admirateurs. Celui qui était considéré comme le favori est parti de Granby. Le jour de la disparition de cette femme, quelques personnes remarquèrent qu’elle avait pleuré. Elle était bien mise comme si elle se préparait à un voyage. On ne l’a jamais revue.

On fera des fouilles

Les recherches de la police feront peut-être découvrir quelque horrible assassinat. La sinistre trouvaille faite per M. Lapierre nous rappelle que le Dr. Crippen, assassin de sa femme, il y a une vingtaine d’années, ne fut démasqué que par la découverte d’un petit morceau d’ossement enterré dans sa cave. C’était tout ce qui restait du cadavre qu’il avait fait disparaître.

police de montréal
Voiture de la police vers 1920. Photo de l’époque.

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