Assimilation des Amérindiens : L’intendant Jean Talon, sous l’impulsion de Colbert, a cherché à faire instruire les Indiens dans les mœurs françaises et a favorisé les alliances franco-indiennes.
On semble se dire en France à quoi bon vider notre pays de ses hommes valides quand l’Amérique offre un réservoir considérable d’hommes solides et « habitués ». Pour les coloniaux, cette politique est chimérique et ne peut entraîner que désillusion. Ce n’est pas, du moins ce n’était pas encore récemment, l’opinion de Colbert.
Dès le 5 avril 1666, l’intendant recommandait de civiliser les Algonquins et les Hurons et de les engager à venir vivre dans les établissements français. Comme les missionnaires ne s’étaient guère préoccupés jusqu’à ce jour d’enseigner la langue française aux Indiens, Talon crut nécessaire d’intervenir pour leur demander de mener parallèlement les oeuvres d’évangélisation et de francisation.
« Les Pères Jésuites auxquels j’ai fait un espèce de reproche, écrivait-il en octobre 67, civilement néanmoins, de n’avoir pas jusqu’ici donné l’application qu’ils devaient à la politesse du naturel des sauvages, et à la culture de leurs mœurs, m’ont promis qu’ils travailleraient à changer ces Barbares en toutes leurs parties, à commencer par la langue ».
De son côté, le roi alloue aux Indiennes un montant de 150 livres afin d’encourager le métissage. Toutefois la stérilité des sauvagesses cause un obstacle que l’intendant pourrait chercher à détruire au moyen d’une mesure législative. Le Canada, écrit Talon, est « fécond en hommes français naturels, les femmes y portant presque tous les ans…
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Il n’en est pas de même des sauvages dont les femmes sont assez stériles, soit que le grand travail auquel elles sont obligées retarde leur portée, soit qu’elles nourrissent trop longtemps leurs enfants de leur lait, mais cet obstacle à la prompte formation de la colonie peut être surmonté par quelque règlement de police ».
Pourtant, malgré tous les efforts de l’intendant, les résultats sont très modestes. Depuis le début du gouvernement royal, nous ne connaissons pas cinq unions franco-indiennes à avoir réussi.
Au Séminaire de Québec : les Sauvages résistent peu
L’expérience tentée actuellement par Mgr de Laval de franciser les petits Indiens s’avère peu probante. Sur les six « fils des bois » inscrits comme élèves, lors de l’ouverture du petit séminaire, le 9 octobre 1668, il n’en reste qu’un : Joseph Dok8chiandes. Tous les autres n’ont pu subir aussi longtemps la vie à la française. Pourtant, les professeurs du séminaire essaient de trouver des divertissements de plein air, comme par exemple la pêche au Sault Montmorency. Le préfet, M. Soumande, accompagne habituellement les enfants.
Les tentatives de francisation sont nombreuses présentement. Les résultats sont bien peu encourageants. Peut-être, Louis XIV changera-t-il sa politique vis-à-vis des Indiens.
Au séminaire, pour les six Sauvages du début, il y avait sept petits Français. Dans une lettre de Colbert à Mgr de Laval, en date du 5 avril 1667, le ministre lui proposait de veiller à l’éducation de tous les enfants de la Nouvelle-France :
« Permettez-moi, Monsieur, de vous supplier, quoique vous fassiez l’une de vos plus importantes occupations de bien faire élever les enfants, d’en user toujours à leur égard avec la même bonté que vous avez fait jusqu’ici, parce qu’il est certain que c’est le meilleur moyen de bien policer la colonie et d’y former des gens capables de servir Dieu et le prince, dans toutes les professions différentes où ils se trouveront engagés pendant le cours de leur vie ».
Nous avons l’impression que Mgr de Laval a plus que répondu aux espérances de Colbert, au moins pour les écoliers français qui se font de plus en plus nombreux. Quant aux Indiens, il faudra se résigner à les laisser à leur vie nomade et indisciplinée.
Lettre d’une mère angoissée : Mon fils veut épouser une sauvagesse
Mon fils de 18 ans courtise assidûment depuis quelques semaines une jeune sauvagesse de race huronne. Les parents de la jeune fille sont installés non loin de Québec dans une des “résidences” organisées à leur intention par les Pères jésuites.
La jeune huronne a 15 ans, elle semble assez bien éduquée étant données les circonstances dans lesquelles elle a été élevée. Malgré tout, nous hésitons, mon mari et moi, à en faire notre bru. Ces mariages entre personnes de races différentes nous semblent dangereux à plusieurs points de vue. Nous ne voudrions pas laisser notre fils se lancer dans une aventure qui le rendra malheureux. Nous attendons vos conseils.
Mère angoissée.
Réponse
Chère mère angoissée,
Le problème que vous me soumettez se rencontre assez fréquemment de nos jours. Les autorités gouvernementales encouragent de toutes les façons les mariages des blancs avec les indiennes. On va même jusqu’à accorder des gratifications à ceux qui se lancent dans ces aventures matrimoniales.
La politique a plusieurs raisons d’agir ainsi. On veut tout d’abord parer par là à la pénurie de femmes où se trouve la colonie. L’installation chez nous de plusieurs officiers et soldats du régiment de Carignan a donné à la population mâle un surplus d’individus qui inquiète les autorités pressées de voir ces hommes fonder des foyers. De plus le roi de France et ses conseillers croient le temps venu de franciser le plus rapidement possible les indiens qui occupent les territoires français. Le meilleur moyen d’y parvenir, à leurs yeux, est encore de favoriser les mariages inter-raciaux.
Il faut cependant concéder que ce genre d’unions n’est pas sans dangers. La différence de coutumes, de moeurs, est parfois tellement grande qu’elle rend pratiquement impossible une vie matrimoniale harmonieuse entre les époux.
Sans vous déconseiller carrément le mariage de votre fils avec sa jeune indienne, je vous conseille donc une grande prudence. Il faudra à votre fils et à sa femme une forte dose de patience, de compréhension et de renoncement s’ils veulent que leur foyer soit solidement établi et heureux.
Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.
