Histoire du Québec

Charles V et Louis XI

Charles V et Louis XI

Charles V

Le temps du redressement

Surnommé à juste titre Le Sage, Charles V (1364 – 1380) réorganise les finances et l’armée du royaume avant d’entreprendre la reconquête des territoires contrôlés par l’Angleterre.

Charles V hérite donc en 1364 d’un royaume amputé, et de conflits internes non réglés : la guerre a repris en Bretagne, où s’opposent depuis 1341 les prétendants à l’héritage du duc Jean III : Jean IV, soutenu par les Anglais, et Charles le Mauvais lève des troupes en Navarre, en Bretagne et en Normandie, s’allie aux Anglais et se prépare à la guerre. Charles V réussit à rétablir la situation : grâce à Bertrand du Guesclin, les Français l’emportent à Cocherel (mai 1364), et la paix est signée avec Charles le Mauvais qui perd Mantes et Meulan; puis, par le Traité de Guérande (avril 1365), Jean IV est reconnu duc de Bretagne contre hommage au roi de France.

La reconquête

Charles V continue à faire état de ses qualités de réalisme et de fin politique à propos de la reconquête de l’Aquitaine, qui reste son objectif final : il sait attendre, élaborer une patiente stratégie, et profiter des difficultés qui rencontrent les Anglais à prendre effectivement en main cette région.

Laissant les compagnies anglaises dévaster les campagnes en de longs raids destructeurs, il réorganise les finances du royaume, met sur pied une véritable armée de professionnels de la guerre, et entreprend la reprise progressive, ville par ville, des provinces du Sud-Ouest. En 1369, le Rouergue, le Quercy et une partie du Périgord et de l’Agenais sont réoccupés ; en 1370, les armées françaises, que Du Guesclin, libéré, avait rejointes, progressent en Limousin et en Poitou, prennent Moissac, Agen, Aiguillon, Sarlat, malgré des contre-attaques meurtrières des Anglais en Limousin et en Île-de-France.

En 1372, l’offensive française reprend de plus belle : Poitiers, Saintes, Angoulème, La Rochelle sont prises, alors que la flotte de guerre anglaise est coulée au large de l’Aunis. L’année suivante les Anglais tentent une action en Bretagne, où du Guesclin va se distinguer, et la guerre atteint également la Picardie, l’Artois et le Vermandois alors que les Français continuent leur progression autour de Bordeaux. Les belligérants épuisés finissent par signer une trêve à Bruges le 1er juillet 1375. Cette trêve va être reconduite, d’autant plus facilement que les principaux protagonistes vont disparaître en peu de temps : le Prince Noir meurt en 1376, Édouard III en 1377, Charles V et du Guesclin en 1380. La guerre avec l’Angleterre ne reprendra qu’en 1413.

Bertrand du Guesclin (1320 – 1380)

Après avoir réglé la question bretonne et soumis Charles le Mauvais, Charles V envoie du Guesclin et les « grandes compagnies » de mercenaires sont emplois. Ces compagnies vivent de pillage et de rançons, mais elles sont envoyées à combattre en Espagne Pierre le Cruel, roi de Castille, soutenu par l’armée du Prince Noir. Les troupes du Guesclin sont écrasées à Najera (avril 1367). Du Guesclin lui-même est fait prisonnier, (mais les provinces françaises respirent plus librement).

Du Guesclin est finalement libéré contre le paiement d’une forte rançon, et, devenu connétable, il participe à la reconquête de l’Aquitaine et de la Bretagne.

Charles V, sculpture ancienne. Image libre de droits.

Charles V, sculpture ancienne. Image libre de droits.

Louis XI

Un roi anti-féodal

Louis XI (1461 – 1483) mène une politique pacifique qui favorise l’essor économique, tout en matant les révoltes des derniers grands seigneurs féodaux.

La fin du règne de Charles VII a été marqué par la victoire définitive sur les armées anglaises, et par l’affermissement du pouvoir royal, face à la noblesse et au clergé. Quand son fils Louis XI lui succède en 1461, les grands du royaume n’ont pourtant pas abdiqué toute prétention à maintenir leur autonomie territoriale et à contester l’autorité du roi de France. Après avoir été du côté des comploteurs, lors de la Praguerie, fomentée par les grands féodaux, Louis XI doit maintenir leur faire face.

La maison de Bourgogne

En 1465 se forme la Ligue du Bien Public, qui réunit le duc Charles de Berry (frère du roi), le duc de Bourbon, le duc de Bretagne et le fils du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire. La bataille de Montlhéry (1465) ne fait ni vainqueur ni vaincu, et le danger persiste : Louis XI négocie et cède de nombreux avantages politiques et territoriaux. Il cherche aussitôt à les remettre en cause, en jouant habilement sur les divisions entre les grands et sur l’absence de solidarité objective entre eux.

En 1467, il négocie avec Charles le Téméraire, nouveau duc de Bourgogne; en 1468, il bat le duc de Bretagne, mais se laisse retenir prisonnier à Péronne par Charles le Téméraire; celui-ci ne libère le roi qu’après l’avoir humilié en l’emmenant en Flandre assister à l’écrasement de ses partisans et en lui extorquant de nouveaux privilèges, que Louis XI conteste dès sa libération. Devant le désir d’expansion territoriale du duc de Bourgogne, qui cherche à reconstituer l’ancienne Lotharingie, en réunissant à la Bourgogne et à la Flandre la Picardie, l’Artois, la Lorraine, l’Alsace, la Champagne et une partie de la Suisse, Louis XI a l’habilité de ne pas s’affronter directement; il lui fait la guerre par l’intermédiaire de ceux que la politique bourguignonne menace. Après des années de campagnes incertaines, de sièges meurtriers et de dures répressions contre ceux qui lui résistent, l’armée bourguignonne est harcelée de toutes parts, et écrasée par les Suisses en 1476, puis par le duc de Lorraine, près de Nancy, bataille où Charles le Téméraire trouve la mort (janvier 1477). Louis XI en profite pour annexer le duché de Bourgogne et la Picardie, mais doit laisser la France-Comté et l’Artois à la fille du Téméraire, Marie, mariée à Maximilien de Habsbourg (traité d’Arras, 1482).

Enrichir le royaume

Louis XI a aussi compris que la prospérité d’une nation repose sur la paix et l’essor de son commerce : il améliore les voies de communication et l’infrastructure portuaire, cherche à réanimer les foires et à supprimer les péages intérieurs; il s’efforce d’attirer les marchands étrangers, et d’ouvrir le marché anglais aux producteurs français en établissant un régime de libre échange entre les deux pays; il tente de créer une industrie de la soie à Lyon, puis à Tours et de développer la production minière.

Toutes ces tentatives ne sont pas couronnées de succès, et nécessitent des moyens financiers qui augmentent la pression fiscale, notamment sur les villes, à qui l’on demande des « aides extraordinaires », qui tendent vite à devenir ordinaires. C’est pourquoi la politique de Louis XI n’a pas toujours été populaire, et contribue à laisser de lui l’image déformée d’un roi autoritaire, fourbe, cynique et avare.

En réalité, Louis XI est l’un des rares souverains à avoir cherché systématiquement à éviter l’aventure militaire, en tentant de régler pacifiquement les conflits intérieurs et extérieurs, et à avoir mené une politique économique lucide et cohérente de développement de la production et des échanges. Il est vrai qu’il bénéficie d’une conjoncture favorable qui est celle de la phase de reprise que nous avons évoquée plus haut, et qui est aussi celle d’un essor intellectuel.

Louis XI semble bien avoir été en avance sur son temps, car à sa mort, en 1483, les difficultés politiques et le vieux démon de conquête vont réapparaître.

Louis XI le Pacifique

Louis XI sait aussi éviter la reprise de la guerre avec l’Angleterre, quand le roi Édouard IV débarque en France en 1475. Il lève une armée et se porte au-devant de lui, mais réussit à convaincre les Anglais de se retirer sans combats, et s’engage à verser une rente viagère au roi d’Angleterre. Louis XI préfère supporter le prix de la paix que celui de la guerre, et économiser le sang de son armée, d’autant plus qu’il risque alors une jonction entre Anglais et Bourguignons.

Philippe de Commynes

D’abord au service de Charles le Téméraire, Commynes est impressionné par la personnalité de Louis XI qu’il rejoint en 1472. Il devient conseiller du roi et est nommé Sénéchal du Poitou, avant de servir Charles VIII et Louis XII. Il rédige des Mémoires, écrits dans un style très moderne, permettant de mieux connaître Louis XI et son époque.

Les débuts de l’imprimerie

Durant le règne de Louis XI, deux professeurs de la Sorbonne, Jean Heynlin et Guillaume Fichet ont fait venir trois ouvriers allemands qui mettent sur pied la première imprimerie parisienne (Gutenberg avait commencé ses expériences à Strasbourg vers 1436, puis à Mayence en 1450).

Bataille de Montlhéry, 1465 : près la fin de la guerre de Cent-Ans, la France connaîtra jusqu’à la Fronde du milieu du XVIIe siècle, de nombreux soulèvements armés provenant des grands féodaux qui acceptent mal l’affermissement du pouvoir royal Miniature pour la Chronique de Monstrelet, Bibliothèque nationale, Paris. 

Bataille de Montlhéry, 1465 : Après la fin de la guerre de Cent-Ans, la France connaîtra jusqu’à la Fronde du milieu du XVIIe siècle, de nombreux soulèvements armés provenant des grands féodaux qui acceptent mal l’affermissement du pouvoir royal Miniature pour la Chronique de Monstrelet, Bibliothèque nationale, Paris.